Mouvement mutualiste ou la protection sociale au Mali : Des efforts sont fournis et les attentes pour relever les défis sont énormes

Il est noble de rappeler que la protection sociale, consacrée par la Déclaration universelle des droits de l’homme fait partie des Droits fondamentaux. Dans ce sens, les différentes Constitutions du Mali qui se sont succédées depuis l’indépendance ont reconnu la protection sociale comme un droit reconnu à tout citoyen. En concrétisant cette idéologie constitutionnelle, le Gouvernement a mis en œuvre dans le cadre de sa Déclaration de politique nationale de protection sociale adoptée en 2002 qui a permis d’atteindre des résultats satisfaisants.

Parmi lesquels on peut citer, l’institutionnalisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) et du Régime d’assistance médicale (RAMED) en 2009; la mise en œuvre du Régime d’assurance maladie universelle (RAMU) qui sera effectif en 2018 prochain ; le renforcement des institutions de sécurité sociale ; le développement de la mutualité à travers la mise en œuvre de la Stratégie nationale d’extension de la Couverture maladie par les mutuelles de santé et le renforcement de la résilience des communautés à travers le développement des organisations de l’économie solidaire. Force de cela, il est à dire que malgré ces acquis, de nouveaux défis demeurent.

Par ailleurs, pour aisément bien comprendre, le mouvement mutualiste ou la politique nationale de protection sociale au Mali, il faut tout d’abord les définir explicitement. Ainsi, primo, selon la loi régissant la mutualité au Mali, elle définit les mutuelles comme suit : «Les mutuelles sont des groupements à but non lucratif qui, essentiellement au moyen des cotisations de  leurs membres, se proposent de mener, dans l’intérêt de ceux-ci et de leurs familles, une action de prévoyance, de solidarité et d’entraide ». Secundo, nous pouvons assimiler que la politique nationale de protection sociale est l’expression du droit de tout citoyen à une protection sociale consacrée par la constitution de la République du Mali. A ce point, elle traduit l’engagement de la République du Mali à assurer la meilleure protection possible de tous les citoyens contre les risques sociaux durant toute la vie. Et c’est dans cette logique que la protection sociale est fondée sur la solidarité et admet également des formes d’assurance individuelle.

En outre, les mutuelles assurent, notamment : la prévention des risques sociaux liés à la personne et à la réparation de leurs conséquences ; la protection de l’enfance de la famille, des personnes âgées ou handicapées ; le développement culturel, moral, intellectuel et physique de leurs membres et l’amélioration de leurs conditions de vie. En élucidant de cela, on peut dire que les mutuelles sont des groupements autonomes fondés sur les principes de solidarité et d’entraide.

Selon le rapport de la Stratégie nationale d’extension de la couverture maladie par les mutuelles de santé au Mali, on peut affirmer que malgré l’opérationnalisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) et du Régime d’assistance médicale (RAMED) près de 80% des maliens resteront sans aucune couverture médicale. Alors le principal défi au développement des mutuelles est l’élaboration de nouvelles stratégies et un repositionnement de l’Etat pour financer à hauteur de souhait le développement de la mutualité pour la couverture, à terme, des 80% de la population constituée essentiellement des secteurs agricole et informel. Et ces changements permettront au mouvement mutualiste actuellement très fragile de s’installer solidement pour le bonheur des adhérents et donneront plus de moyens au système de santé pour se consolider et assurer des soins de qualité.

En effet, lors d’un atelier de formation de l’ICP-Mali à l’endroit des hommes de media, le Conseiller technique du Ministère de la Solidarité, de l’action humanitaire, Amadou Diallo, a fait savoir que pour relever les défis majeurs qui attendent la question de couverture universelle, le Gouvernement a adopté en conseil des ministres du 12 octobre 2016 une nouvelle Politique nationale de protection sociale et son Plan d’actions 2016-2018. Il s’agit notamment, affirme-t-il, de l’opérationnalisation du Régime d’assurance maladie universelle ; de l’extension des régimes de pensions aux populations non couvertes ; de l’accès au revenu minimum par les enfants et familles très pauvres, à travers des programmes des filets sociaux afin d’assurer l’accès à l’alimentation, à l’éducation, et à tout autre bien et services sociaux de base, etc.

Il est alors crucial de se demander comment parvenir à couvrir les populations en protection sociale.

Afin de pouvoir répondre à cette question, le rapport susmentionné, nous indique que les ressources des mutuelles de santé proviendront prioritairement des cotisations de leurs membres. Cependant en vue d’impulser le développement des mutuelles de santé et généraliser la couverture du risque maladie au profit de la majorité des maliens, le Gouvernement apportera une contribution financière visant à remédier à la faible capacité contributive des populations des secteurs agricole et informel. Cette contribution de l’Etat sera assurée par un Fonds d’Appui aux mutuelles. Ainsi le financement des mutuelles de santé sera assuré au travers, d’une part, des cotisations des adhérents et, d’autre part, du fonds d’appui aux mutuelles de santé alimenté par l’Etat et les Partenaires techniques et financiers. L’octroi et les conditions d’utilisation du Fonds d’appui aux mutuelles sont précisés dans le document de convention MDSSPA- Mutualité signé entre l’Etat et les mutuelles. Elle précise entre autres les éléments de performance de la mutuelle (atteinte des objectifs quantitatifs et qualitatifs)  ainsi que les  engagements de l’Etat quant au processus de décaissement. A cet effet l’adoption de mesures innovantes sera préconisée afin de permettre de générer des ressources suffisantes pour alimenter le fonds d’appui aux mutuelles. Il s’agira, entre autres, de prélèvement (taxes) sur les appels de téléphones portables, d’institution d’une contribution supportable (exemple 100 francs) prélevée sur les tickets de voyage sur les circuits inter urbains.

Ces formules qui permettent de mobiliser des « ressources innovantes » sont en pratique dans certains pays africains (Ghana, Rwanda…) et constituent des mécanismes appréciables pour assurer le financement de la santé au profit des catégories non couvertes par l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) et le Régime d’Assistance Médicale (RAMED). Elles procèdent, ce faisant, du souci d’une juste répartition du fruit de la croissance et de l’équité entre les citoyens dans l’accès aux soins de santé. L’ensemble des dispositifs de financement des mutuelles devra être soutenu par la mise en place, d’une part, d’une politique de motivation des chargés de collecte des cotisations auprès des adhérents et de mesures de transparence et de communication sur la gestion des fonds, d’autre part.

En conclusion, le principal défi à relever dans le cadre de la promotion de la mutualité dans la santé reste la mise en œuvre d’une vaste campagne d’information et de sensibilisation sur la mutualité à échelle nationale. A ce niveau, nous pouvons assener que beaucoup a été fait car il y a un réseau de journalistes pour cette cause et il faut quand même les assister permanemment à travers des formations de mise en niveau pour relever les défis de la communication afin que la majorité de la population puisse adhérer et comprendre l’utilité des mutualités et de la protection sociale.

Seydou Karamoko KONE

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