Après 57 ans : Comment les Maliens perçoivent leur armée ?

En 1961, Modibo Keita, le premier président du Mali ordonnait le retrait des troupes françaises du territoire malien. A l’époque, estimait le président socialiste, aucun pays ne peut être souverain tant qu’une force étrangère est sur son sol. Ironie du sort, après 57 ans de souveraineté, l’armée française est présente depuis cinq ans sur le sol malien, et dans une zone inaccessible à l’armée. Nous avons recueilli les impressions de quelques citoyens maliens sur l’armée à l’occasion de ce 57ème anniversaire.

 

Mohamed Tamboura, leader associatif

L’armée malienne était considérée comme le sauveur de la sous-région. Et cela à travers ses exploits au Libéria, au Zaïre, en Algérie. De nos jours, le critère de recrutement au sein des forces armées et le népotisme des politiques font que la bravoure et la détermination se font rares dans les rangs de l’armée. Le militaire se retrouvant dans un bureau climatisé ne peut pas s’imaginer un jour au front. Faut-il noter que malgré toutes ces allégations et les intox de certains médias, l’armée malienne compte encore des militaires redoutables. Il me plait de vous citer en exemple M. Dahirou Dembélé, qui aurait donné le plan de guerre pour la récupération de trois régions du Mali. Aucune force étrangère n’a pu dire le contraire. Alors, nous devrons  équiper notre armée pour qu’elle fasse son devoir.

 

 

Aly Kola Koita, professeur de Droit

Nous souhaitons un joyeux anniversaire à l’armée malienne. Elle est l’unique bien précieux des Maliens malgré la crise sécuritaire et le terrorisme. L’armée malienne est présente sur tous les fronts et elle riposte loyalement. Nous sommes très fiers de nos militaires et nous les soutenons. Nous prions pour notre armée nuit et jour. Que Dieu le tout puissant les accompagne dans leurs missions de défense de la patrie.

 

 

Mamady Kaman Kanté, président des jeunes du parti MODEC

L’armée malienne, émanation des grands empires du Ghana, du Mali et Songhaï, a connu le passage glorieux des grands hommes intègres, compétents et courageux. De la colonisation à la souveraineté nationale et internationale, l’armée malienne a enregistré les actions salvatrices et salutaires. Malheureusement, depuis quelques décennies, cette vaillante armée assiste impuissamment au phénomène ravageur d’un complot international de certaines puissances avec comme principales conséquences néfastes la déliquescence de l’Etat, l’insécurité, le trafic sous toutes ses formes.

Bien que la signature des différents accords ait suscité beaucoup d’espoir et d’enthousiasme, la triste réalité est que sous l’influence dévastatrice de certaines puissances internationales, le peuple vole de déception en déception. Ce complot a entraîné une crise de confiance entre l’armée et le citoyen. Qu’à cela ne tienne, l’armée est entrain de rétablir sa fonction régalienne avec le sacrifice suprême. Aux ennemis de la patrie, nous dirons que « tant que les lions n’auront pas leur propre historien, les gloires de chasse appartiendront toujours aux chasseurs ».  Vive le Mali ! Vive l’armée malienne !

 

 

 

Bréhima Koné, enseignant au secondaire 

 A 57 ans de son existence, on peut dire que beaucoup a été fait mais il en reste autant à accomplir. Notamment en termes de crédibilité dans les recrutements, de formation adéquate qui répond aux défis sécuritaires de nos jours et de dotation des forces en matériels adéquats (logistiques, armements, munitions) qui répondent aux menaces actuelles. Il faudra, pour atteindre les objectifs d’une armée performante, plus de recrutements pour éviter les carences sécuritaires ou les endroits qui échappent à tout contrôle sécuritaire. Cela permettra aux forces armées de remplir leurs missions régaliennes. Que l’armée soit une armée républicaine et non pour défendre une institution ou une personne quelconque.

 

 

Fatoumata Keita, ménagère 

 Nous sommes fiers de notre armée, même si tout n’est pas rose. L’armée malienne a connu un moment difficile de son existence. Elle a fait ses preuves de vaillance dans plusieurs pays, mais elle a été malmenée dans la dernière décennie et cela est dû à l’absence de vision politique des dirigeants. Certains se retrouvent dans les rangs de l’armée sans autre vocation que de gagner leur vie. Dans ce cas de figure, la tâche devient ardue. Parce que pour bien faire quelque chose, il faut en avoir l’amour et l’engouement. Maintenant, nous demandons aux autorités de restructurer l’armée malienne pour redorer son blason pour l’intérêt de la nation. Parce qu’aucun pays ne peut exister sans pouvoir assurer sa propre défense.

 

 

Abdramane Diallo, Secrétaire à la Communication du PACP 

Aujourd’hui, cette armée est confrontée à une menace asymétrique à laquelle elle n’est pas préparée. Le Mali post 1991 a vu détricoter son outil de défense et le moral des troupes a été sapé par l’abandon de plusieurs de nos garnisons dans notre septentrion à la suite d’accords signés avec les rebelles touaregs. Il faut ajouter à cela un recrutement basé sur du népotisme et du clientélisme : c’est la désagrégation totale assurée. Ce qui a fait qu’elle n’a pu résister aux coups de boutoir de la rébellion, qui a reçu des renforts en hommes et armes venus de la Libye décadente de Kadhafi.

Depuis 2013, le gouvernement « IBK » tente tant bien que mal d’outiller nos Famas notamment à travers la « loi de programmation militaire » et le soutien en formation de nos amis de l’EUTM par le biais de la MINUSMA. Notre armée de l’air commence à avoir des ailes grâce au renouvellement de sa flotte.

Beaucoup a été fait pour l’achat de matériels et l’équipement de nos forces mais tant que nous n’améliorerons pas le renseignement, la qualité de la formation et un bon management adapté au contexte sécuritaire, les FAMAS n’iront pas loin! Vive une armée malienne forte et renforcée matériellement et psychologiquement !

Propos recueillis par Seydou Karamoko KONE

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