Election présidentielle de 2018 : l’Adema face à son destin

Election présidentielle de 2018 : l’Adema face à son destin

A quelques encablures de la présidentielle de 2018, au Mali, tous les regards sont tournés vers l’Adema-PASJ. Le parti que d’autres classaient jadis dans les mêmes rayons que l’ANC de Nelson Mandela est tombé dans l’abime, et chaque rendez-vous électoral semble être décisif pour l’avenir de cette formation politique sérieusement infectée par des rivalités internes. Les abeilles uniront-elles leurs efforts pour une ruche saine ? Le pronostic vital du parti serait-il engagé dans la perspective des élections de 2018 ?

Le paradoxe apparent de l’Adema, c’est l’abeille qui lui sert d’emblème. L’hyménoptère, symbole d’union n’a jusqu’à présent pas servi de boussole aux militants de l’Adema à la quête de lendemains politiques meilleurs depuis le retrait de l’ancien président Alpha Oumar Konaré, seul faux-bourdon, à avoir reçu l’union fugace de la colonie.

A peine aux commandes, à l’issue d’une élection libre après 23 ans de régime kaki, et prometteuse d’une démocratie épanouie, les tares congénitales de ce qui n’était qu’une fusion de mouvements clandestins aux intérêts antagoniques s’invitent au bal des faux-bourdons auquel sont conviées les reines vierges. Des danses acrobatiques écloront des larves comme le MIRIA, le RPM, l’URD ou encore l’ASMA. De quoi amener plus d’un à appliquer la théorie darwinienne dans le microcosme politique malien post 91 : l’Adema est l’espèce primordiale !

Malgré sa décomposition grandissante, élection après élection, le parti de l’abeille continue toujours d’amuser la galerie lors des échéances présidentielles. Et depuis presque une éternité, la pomme de discorde reste statique : opter pour une candidature interne ou lancer son dévolu sur un « candidat-grenier ».

De l’avis de nombreux observateurs avertis de la scène politique malienne, 2018 est une période cruciale dans l’existence du parti de l’Alliance démocratique pour le Mali-parti africain pour la solidarité et la justice (Adema-pasj). Entre ses rivalités internes, sa proximité avec le pouvoir en place et sa volonté de faire peau neuve, le parti d’Alpha Oumar Konaré est aujourd’hui à ce tournant : se réunifier ou exploser.

« Le parti est menacé jusque dans ses fondements, observe Alexis Kalambry, directeur du quotidien Les Echos, proche de l’Adema. De sa capacité à amorcer et à négocier le virage en 2018 dépendra sa survie. » Le vice-président de la maison de la presse du Mali ajoute tout de même que cette situation, bien que cruciale, n’a rien de nouveau au sein de la famille Adema. Après Alpha Oumar Konaré, aucun candidat n’a su fédérer les ténors du parti. Une scission matérialisée par deux tendances : d’un côté ceux qui défendent le  principe de la conquête autonome du pouvoir par l’Adema, de l’autre, une ligue favorable au suivisme.

L’élection présidentielle prévue en juillet prochain offre une confirmation éclatante du malaise dans la ruche : les candidatures annoncées ou imaginaires de certains militants comme Moustapha Dicko, Kalfa Sanogo, le célèbre maire de Sikasso ou Dramane Dembélé, le candidat malheureux de l’élection présidentielle de 2013 qui a récemment dévoilé son ambition pour 2018 à travers une approche inédite au sein du parti.

A travers son livre programme « le nouveau pacte social solidaire », « Dra », comme l’appellent ses soutiens, veut souffler du neuf au projet de société de son parti. Mais l’élan de l’ancien ministre d’IBK risque d’être en butte à une digue intérieure composée d’une part de l’aile favorable au soutien à l’actuel président et qui brandit la violation des textes règlementaires du parti réservant au comité exécutif le choix du candidat ; d’autre part des proches de Dramane Dembélé qui, eux, prônent une candidature consensuelle en 2018 pour minimiser les fractures.

Le processus de désignation du porte étendard de l’Adema-Pasj devrait amplifier la fissure qui orne le parti depuis plus de dix ans. Et les primaires devant départager les différents prétendants risqueraient d’y contribuer favorablement. « Les primaires ont toujours porté du tort à l’Adema », ajoute Alexis Kalambry.

A moins de six mois de l’épreuve fatidique, plusieurs observateurs s’accordent sur le péril qui guette la ruche et restent sceptiques quant à la capacité des abeilles à organiser l’historique « remontada » : reconquérir le pouvoir après une décennie d’errements aux abords de Koulouba. L’équation est difficile, mais pas impossible, soupire un jeune du parti, armé d’une foi tenace en l’avenir de sa formation politique qu’il identifie à son pays, le Mali,  qui « peut tanguer mais ne saurait jamais chavirer. »

A.B

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