Gouvernement SBM : le quota des femmes en question

Après la démission surprise d’Abdoulaye Idrissa Maiga la semaine dernière, Soumeylou Boubèye Maiga, précédemment Secrétaire Général à la présidence, a été désigné cinquième Premier ministre du quinquennat du Président Ibrahim Boubacar Keita. La nouvelle équipe gouvernementale compte trente-six membres dont seulement neuf sont des femmes, soit une femme de plus que l’ancien gouvernement, et légèrement en dessous du nombre recommandé dans le cadre de la loi instituant des mesures de promotion du genre dans les fonctions nominatives et électives.

Opposition et société civile crient à la violation de cette disposition, le gouvernement, lui, affiche sa bonne volonté et se situe dans une démarche graduelle.

Au Mali, les femmes constituent plus de la moitié de la population. Malgré leur nombre et la place qu’elles occupent dans la société, elles sont sous représentées dans les instances de prise de décision.

Pour corriger cette incohérence et encourager la participation active des femmes à la consolidation de la démocratie et le respect de l’équité genre conformément aux ODD à l’horizon 2030, le gouvernement du Mali s’est engagé à travers la loi N°2015-052 du 18 décembre instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives, à inverser la faible tendance de représentation des femmes dans les sphères décisionnelles.

La loi, qui avait été votée par une écrasante majorité des députés, n’a pas manqué de susciter l’ire des conservateurs pour qui, toute amélioration de la condition de la femme est assimilée à une déchéance morale et mettrait fortement en cause le socle rigide du patriarcat.

Autre obstacle, pas des moindres, et qui présageait une application effective difficile de cette loi, le dictat des hommes religieux notamment musulmans, qui avaient lancé des « fatwas » à l’encontre des députés qui s’étaient prononcés en faveur du projet.

Sur le terrain politique également, la cohabitation avec les hommes politiques pompiers pyromanes n’est pas de tout repos, et la rivalité passe avant la loi. Mais, sur ces différents fronts, IBK a fait preuve de bonne volonté et même de générosité notamment à l’égard des femmes candidates aux communales passées.

Cependant, la bonne foi du président de la République est nuancée par le non-respect de la loi dont ses tractations personnelles ont permis l’adoption. Depuis l’adoption de la loi en 2015, pour ne parler que du gouvernement, le nombre de femmes n’a pas dépassé 25%. Alors que l’article premier de la loi sur le genre dispose qu’« à l’occasion des nominations dans les institutions de la République ou dans les différentes catégories des services publics au Mali, par décret, arrêté ou décision, la proportion des personnes de l’un ou de l’autre sexe ne doit pas être inférieure à 30%».

Le gouvernement actuel tout comme le précédent a fait fi de cette disposition, alimentant ainsi les critiques des partis de l’opposition, dont l’URD, qui dans son communiqué, a regretté la « marginalisation » des femmes dans la présente équipe où, elles ne sont que neuf sur un effectif de trente-six. « Une violation de l’article 1er de la loi n°2015-052 du 18 décembre 2015 portant mesures de promotion du genre dans les fonctions nominatives et électives », indique le communiqué de l’URD

Les organisations féminines devraient, elles aussi, battre le pavé dans les prochains jours pour exiger l’application de la loi genre, sur laquelle elles misent pour atténuer les souffrances que vivent leurs consœurs du fait de la marginalisation dans les prises de décisions leur concernant.

Du côté du gouvernement, l’on se dit en bonne voie avec  neuf femmes dans l’équipe actuelle contre sept dans le gouvernement Abdoulaye Idrissa Maiga. Pour certains spécialistes, le respect du quota ne s’imposera pas de lui-même, « il faut la pression des groupements féminins et la ligue de partenaires qui ont permis l’adoption de la loi. »

Aly Bocoum

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