Festi hip hop : un espace pour recadrer le mouvement rap malien

Du 7 au 13 mai prochain, le Mali accueillera son tout premier festival Dénommé Festi hip-hop ou « Rapou Dogokoun », semaine du rap en bambara. Dédié au rap local, cet événement se déroulera à Dialakorodji, à quelques kilomètres de Bamako.

Depuis 2008, le rap malien fait face à des dérives, notamment dans les textes dégoulinant d’injures, les clashs virulents qui finissent par virer à une confrontation physique, comme ce fut le cas en 2014 entre Saïbou Coulibaly dit « Snipper » et le rappeur Mobjeck. L’épisode le plus récent est celui du jeune rappeur Ibrahim Diabaté dit « Iba Montana ». Il y a plus d’un mois, le maire de la commune IV, Adama Bérété, frappait d’interdiction le tournage des clips du jeune rappeur de 22 ans. Dans ses clips, apparaissent machettes, couteaux et des adolescents fumant du cannabis.

Pour les organisateurs de ce festival, l’urgence s’impose de remettre de l’ordre dans l’univers du rap malien : « Nous avons le devoir et la responsabilité morale de faire quelque chose », affirme « Doni Brasco », Kalifa Tangara de son vrai nom, directeur du festival. Il ajoute qu’en « tant qu’aînés, nous devons apporter des solutions pour améliorer le milieu et permettre l’évolution des acteurs qui l’animent. »

Tout au long du festival, des jeunes rappeurs bénéficieront de programmes pédagogiques axés sur les élections, la jeunesse et l’immigration clandestine. « Jeunesse et citoyenneté » sera un thème au cœur des discussions au cours de cette manifestation intergénérationnelle visant à redorer le blason du microcosme du rap malien.

Professionnalisation

 Le cadre sera mis à profit pour mieux outiller les jeunes rappeurs, qui seront formés à l’écriture des textes, à l’élaboration de la biographie, des pressbooks et des fiches techniques. Le choix de Dialakorodji n’est pas fortuit. « Cette localité est une banlieue où il y a beaucoup de jeunes, qui n’ont pas souvent les moyens de se déplacer pour assister aux manifestations au palais de la culture ou au palais des sports », explique le directeur du festival en ajoutant que cette occasion permettra de créer la connexion entre les jeunes du centre-ville et ceux de Dialakorodji.

Pour Ismaël Doukouré alias « Master Soumy », figure importante du mouvement rap et membre du comité d’organisation, le rap est le genre musical le plus écouté au Mali. Il déplore le fait qu’il n’y avait pas de festival qui lui était dédié. « L’idée est d’initier un cadre annuel où les acteurs du mouvement hip hop se retrouveront pour discuter et échanger afin de revaloriser le milieu », espère celui qui est connu notamment pour ses textes engagés. Des concerts et compétitions de rap égaieront cette première édition, qui devrait également encourager des featurings entre rappeurs.

Hamsetou Toure

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