Gourma Rharouss : état de lieux suite à la crise frontalière Burkina – Mali 

Depuis le dernier trimestre de l’année 2017, les tensions armées restent très vives au Sahel Burkinabè, particulièrement vers la frontière avec le Mali. Elles opposent les forces de défenses et sécurité Burkinabè aux djihadistes. Elles occasionnent ainsi un afflux massif de population et du bétail en nombre important du Nord Burkina vers le Gourma malien. Cet afflux est particulièrement accentué en direction du cercle de Gourma Rharous dans la région de Tombouctou et de celui de Douentza dans la région de Mopti. Comme il se dit souvent que, lors que « le combat est engagé entre Deux éléphants, la paille qui s’écrase sous leurs pieds subit plus d’effets négatifs du combat que les protagonistes eux-mêmes ». Tel est le cas de cette population qui fuit les exactions dans cette zone de conflits. Cette population tout comme celle qu’elle trouve sur place dans le Gourma malien, sont pour la plupart peu proche des affaires des États respectifs et de leurs avantages. Elles sont l’écart de tout, et mènent une vie peu confortable. Elles se sentent cependant à l’aise dans cette vie lors qu’elles échappent aux caprices de certains agents de ces États. Ainsi, celles-ci sont victimes partout d’assassinats ciblés de la part de djihadistes qui les accusent d’être complices des États. Aussi, étant une proie facile, elles sont massacrées par les forces de défense et de sécurité qui les assimilent à tort ou raison aux djihadistes. Un premier traumatisme en lien avec cette situation s’installe chez celles-ci dans leur ensemble. A cela s’ajoutent d’autres faits encore troublants. Entre autre, pour la population réfugiée, le comment s’y prendre par rapport à la nouvelle zone méconnue et peut-être au climat peu adapté à son bétail, la scolarisation de ses enfants, la gestion efficace de la cohabitation incluant les aspects pressions sur les ressources naturelles et autre. Quant à la population hôte, le comment faire pour que les ressources naturelles déjà insuffisantes assurent les besoins à hauteur de souhait et éviter d’éventuelles transmissions des maladies humaines et animales emportées par les refugiés. Généralement, de telles situations sont défavorables à la valeur marchande du bétail constituant les moyens de subsistance de ces populations nomades. D’où l’exposition celles-ci par rapport à la vulnérabilité quant à l’insécurité alimentaire. Les voyants de tous de ces aspects peu luisants ci-dessus évoqués ne sont pas tous au rouge pour le moment. Cependant nous ne disposons d’aucune garantie quant à leur stabilité au stade actuel. Certains analystes estiment même que l’embrasement pourrait survenir d’un moment donné à l’autre. Pour cela, à défaut de prévenir qui serait l’une des mesures les mieux appropriées, il faut rester extrêmement vigilant pour intervenir en cas de besoin.

 Manifestation de la situation 

L’afflux de population réfugiée vers les grandes mares du Gourma malien notamment, des communes de Hombori, Gossi, Adiora et Inadiatafane demeure une réalité tangible. Courant Février dernier, dans le rayon d’environ 9 km par rapport au chef-lieu de la commune de Gossi, ASEDS avec HCR, ont recensé 428 ménages refugiés. Au-delà de ce rayon, l’équipe d’ASEDS seule a recensé 215 ménages dans la même commune. Dans la commune d’Adiora, elle a recensé 250 ménages, 115 dans celle d’Inadiatafane 120 autre ménages dans celle de Hombori. Soit au total 1128 ménages pour le moment. C’est sûr que le nombre est supérieur à ce qui vient d’être communiqué.

Par rapport à la santé humaine, la coqueluche et la rougeole sont les deux(2) épidémies pour le moment signalées dans la zone. Également, 30 personnes atteintes de la tuberculose sont identifiées parmi la population réfugiée. En ce qui concerne la santé animale, rien à signaler jusqu’ici.

La sécuritaire quant elle, des incidents sporadiques sont signalés avec une tendance vers l’accalmie ce dernier temps. Cependant phénomène reste un phénomène avec des changements souvent brusques.

Pour ce qui concerne les pressions sur les ressources naturelles, notamment l’eau et les pâturages, elles s’accentuent entre fin avril et début juillet en général. Où nous sommes aujourd’hui, les pâturages sont alarmants entre la mare de Gossi et Burkina Faso. Entre Cette mare et le fleuve, les pâturages pourront supporter leurs charges actuelles pendant encore quelque temps. Cependant, les mouvements en masse des troupeaux en cours vers ce côté pourraient changer la donne. S’agissant de ressources en eau, elles se rétrécissent avec l’assèchement des mares temporaires et semi-pérennes. Ainsi les pressions augment au niveau des puits et puisards et sur les pâturages à leurs alentours ainsi qu’aux alentours des mares permanentes comme Gossi, Ebanguimalane, Agoufou et autre. Ce qui ne restera pas sans conséquences néfastes.

S’agissant de la sécurité alimentaire du groupe cible, avec la concentration du bétail et les conditions défavorables des ressources pastorales, la valeur marchande de bétail chute. Selon les exploitants du secteur dans la zone, le prix de bétail a atteint son niveau le plus bas depuis les cinq (5) dernières années et, particulièrement à Gossi, Adiora et Doro. Ceci étant, l’insécurité alimentaire est une situation attendue au niveau du groupe cible dont le bétail constitue ses moyens de subsistances.

Conséquences perceptibles ou attendues

¬ Précarité sanitaire, économique et alimentaire avec comme retombées négatives, les souffrances, le vol, le problème de cohabitation pacifique entre la population hôte et refugiée, les atteintes à la dignité humaine ;
¬ Risque de déficit alimentaire pour le bétail et l’insuffisance de ressources en eau pour les humains et leur bétail avec la désorganisation de l’équilibre existant et des conflits comme retombées négatives attendues ;
¬ Problème de scolarisation des enfants et jeunes réfugiés avec ce que cela peut avoir comme des retombées négatives à court, moyen et long termes sur ces personnes qui vivent dans une précarité complète.
Dès lors des mesures d’y faire face ou de prévention pouvant atténuer les différentes conséquences demeurent une nécessité.

Association pour la sauvegarde de l’environnement et le développement au Sahel (ASEDS), mars 2018

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