Centre du Mali : difficile cohabitation entre griots et djihadistes

En terre malienne du djihad, la musique comme toute autre forme de réjouissance est décrétée ‘’harem’’. Les griots et artistes issus principalement du centre du pays sont durement touchés par ce ‘’fatwa »qui a poussé plus d’un à l’exil.

L’ambiance des veillées nocturnes a cessé de résonner dans plusieurs contrées de la région de Mopti. Même les cérémonies coutumières, occasion de toutes les extravagances ont renoué avec la sobriété. Les griots animateurs culturels et gardiens des traditions sont les premières victimes du diktat idéologique et culturel auquel les populations notamment de Macina et du Seno sont subordonnées.

Que les griots soient dans le viseur de groupes djihadistes proches de Hamadoun Kouffa n’étonne guère puisque les passes d’armes entre celui qui dut d’abord sa popularité à ses chants poétiques avant de verser dans l’extrémisme et les griots est connu de tous dans la région.

Le cash entre Kouffa et la confrérie de griots et artistes avait atteint un seuil de virilité, quand celui-ci remit en cause un legs millénaire : la fonction sociale des griots. Le déluge de mots n’a pas tardé. Dans un refrain quasi national les incriminées ont dénoncé une menace régressive. Personne n’imaginait alors ce qui se profile à l’horizon : l’occupation de plusieurs zones par les djihadistes dans la foulée des agissements des rebelles touaregs. Depuis, les artistes et animateurs culturels vivant au gré des ambiances ont pliés bagages les uns à la suite des autres, souvent suite à des intimidations ou après un passage à tabac, suivi de saccage d’instruments musicaux.

Sambouldé, un virtuose de la lutte traditionnelle peule dans le gondo (cercle de Loto) a subi en plein spectacle la loi des extrémistes en 2017.Le vieillard se trouve depuis en Côte d’Ivoire, où, il s’est réfugié auprès de la communauté peule. Ces proches rencontrés à Bamako, dans la capitale malienne garde en mémoire ce qu’ils qualifient de ‘’crime’’ à l’encontre de la Culture. «Ses bourreaux l’on laissé pour mort. Ils ont détruit son instrument de musique et emporté sa moto», rappelle ce proche sous couvert de l’anonymat. Malgré les centaines de kilomètres de distance entre Bamako et le centre du Mali les langues se délient péniblement au sujet des djihadistes à cause de la psychose ambulante instaurée à coups de représailles, enlèvements et assassinats ciblés.

Au sein de l’association des griots traditionnels peuls, la question des djihadistes a valeur de tabou, alors que les dizaines de membres que compte le regroupement confient tous s’être exilés à Bamako pour échapper à l’extinction programmée de la Culture à travers leur persécution.

Le regroupement entend occuper la première ligne dans les actions en faveur de la paix au Mali, particulièrement dans les régions du centre. «Sans la paix, pas de griot, pas de culture au Mali», lance en cri de cœur, un leader de la coalition des artistes et griots de la région.

En attendant le retour de la paix, les griots survivent en errance dans les grandes villes à l’abri des djihadistes.

AB

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