Crise politique au Mali : comment sortir du labyrinthe ?

Au terme d’une élection présidentielle largement contestée, Ibrahim Boubacar Keita , alias «IBK» a été reconduit à la présidence du Mali pour un second et dernier quinquennat.Depuis ce «hold up électoral», l’opposition et une frange de la société civile malienne aux ordres du controversé chroniqueur, Mohamed Youssouf Bathily,non moins figure de proue  du très ambigu collectif pour la défense de la République (CDR) ne cessent de fredonner les slogans d’hostilité.Et chose inédite,le banc et l’arrière banc diasporique du pays font sien le combat pour la sauvegarde de la démocratie . Comment déjouer ce cataclysme politique? La stratégie de l’usure qu’oppose le pouvoir suffira-t-elle à désenfler la polémique? Faut-il acter une troisième transition ?

Pour un homme comme IBK, qui tient tant aux valeurs de son pays, la démonstration New-yorkaise en marge de la 73e Assemblée générale des Nations Unies est une crucifixion. Le chef de l’État malien y a été conspué par des dizaines de compatriotes qui disent ne pas le reconnaître comme leur Président.Le geste est symbolique quant on sait par ailleurs qu’une sagesse typiquement malienne recommande de taire toutes divergences devant ses hôtes. Etaler le singe sale hors de la famille, comme l’ont fait les expatriés maliens de New-York, (et surement demain les Maliens de France le feront avec plus de fracas) annonce le crépuscule d’une époque. L’époque d’une diaspora malienne soucieuse de mieux intégrer son pays d’accueil que par les turbulences politiques du bercail. Ces signaux vont bien  au-delà, et entachent la légitimité du Président Kéita.

‘‘La carotte ou le bâton’’

Au pays  non plus , tout n’est pas rose, même si on a pris « acte » de l’élection du Président, en l’occurrence le CDR de Mohamed Youssouf Bathily, dit Ras Bath,  la contestation bat son plein. Depuis la proclamation des résultats définitifs du second tour de la présidentielle par la Cour constitutionnelle, l’opposition rassemble régulièrement des milliers de contestateurs dans les rues de Bamako tout comme à l’intérieur et dans les diasporas. Elle réfléchit en ce moment à une meilleure stratégie de lutte à défaut d’une « franche » main tendue, selon de sources internes.

Dans sa première sortie post-électorale, le Président contesté par une dizaine de candidats sur les 24 qui ont concouru a tendu la main à son « cadet », Soumaila Cissé, finaliste malheureux du second tour du scrutin présidentiel ainsi qu’à tous ceux qui veulent que le pays avance. L’appel n’a pas encore rebondi puisque M Cissé, la cible primordiale du message, ironise cette avance. Lors de la dernière marche de contestation le chef de file de l’opposition malienne a dénoncé une contradiction entre la volonté d’apaisement politique, que veut faire  montre son ainé et les interpellations dans les rangs de l’opposition. Soumaila Cissé ne l’affirme pas, mais cela s’apparente à une politique de ‘la carotte ou le bâton’’, même si  jusque-là, le nouveau pouvoir mise sur le découragement progressif des marcheurs.

Même adossée à la société civile l’opposition a du mal à cacher la fissure qui l’orne. Les radicaux maintiennent toujours le mot d’ordre de l’illégitimité du Président Kéita, la partialité de la Cour constitutionnelle, la machine de fraude, et tutti quanti. Tandis que les modérés dont la révélation de la dernière compétition électorale, l’homme d’affaires Aliou Diallo, arrivé en troisième position lors de la présidentielle semble se tourner vers l’avenir. Dans une récente déclaration, le magma des mines à appeler à tourner la « page » de la présidentielle pour se projeter vers les législatives que ses compagnons d’infortunes menacent incessamment de boycotter. Les autres, notamment le Sadi de l’honorable Oumar Mariko qui considère qu’il n’y pas eu d’élection appellent de tous leurs vœux une transition politique pour rentre dans le giron de la démocratie.La coalition Cheik Modibo Diarra(CDM), qui regroupe le parti Yelema de l’ancien Premier Moussa Mara, le MODEM de Konimba Sidibé et le Rpdm de  l’astrophysicien Cheik Modibo Diarra se fait discret. Mais l’objectif de cette formation  était dès le départ les législatives.

Vers une troisième transition

Beaucoup d’analystes estiment  inévitable, une transition pour détendre l’atmosphère politique eu égard à la vague de contestation, mais  peu s’accordent    sur les moyens d’y parvenir. Au cas où cette hypothèse prendrait  forme, ce serait une troisième pour la paix depuis l’avènement de la démocratie. Un détail important, cette transition aura intervenu sans coup d’état militaire contrairement à celles de 1991 et 2012.Pour la démocratie également, c’est une  grande victoire et surtout un signal fort : désormais chaque dirigeant doit composer avec le peuple.

Dans un  pays à majorité analphabète, le revers de la médaille démocratique ne doit pas être occulté. Sans une éducation citoyenne, comme le suggérait le philosophe et ancien militant de l’adema, Issa Ndiaye, l’anarchie qui darde ses rayons aura raison des espoirs de démocratie.

L’urgence impose d’abord un large  consensus sur la tenue des élections en vue afin de prendre en compte les imperfections du processus électoral et le rendre fiable. Ceci est gage de transparence surtout de l’accalmie politique en attendant  de voir la crise cyclique derrière.

Aly Bocoum

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