Edito : Au nom de la solidarité

24 éditions après, l’initiative du mois de la solidarité réussit toujours, au moins, le pari de nous rappeler ce devoir envers l’autre et de nous inviter à plus d’humanité dans notre rapport à nos concitoyens.

 Malgré ces éditions, la solidarité ne s’est pourtant jamais portée aussi mal dans notre pays. Les politiques, le ministère dédié ou encore les actions inscrites dans ce mois d’octobre au nom de la solidarité ne semblent en rien réduire la distance de nos populations avec les valeurs ancestrales d’entraide, de respect, de courage… Rien dans les dons, les visites aux personnes âgées, les conférences ne semblent impacter notre relation, ou du moins notre absence de relation avec la notion de solidarité. De l’Etat aux citoyens, des efforts considérables sont faits, loin d’être perçus à leur juste valeur comme éléments constitutifs de la marque de solidarité des gouvernants envers les gouvernés, dans un pays, qui rappelons-le, se veut d’obédience socialiste.

La question de la solidarité transcende les frontières et ce début de mois d’octobre inspire plusieurs réflexions par l’actualité internationale et nationale. Il ne nous a pas échappé qu’au nom de la solidarité, le Rwanda a pu hisser Madame Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). L’Afrique a parlé d’une seule voix pour apporter son soutien au Rwanda qui présentait une candidate contre la sortante Michaëlle Jean. Il est facile de s’enthousiasmer devant cette union africaine qui fera dans ce contexte la force. Mais, les jeux troubles, les compromissions entre la France et le Rwanda qui ont conduit à ce scénario n’ont absolument rien à voir avec la solidarité. Les intérêts économiques, géostratégiques et politiques ont joué en la faveur d’une candidature unique obtenue par l’imposition sourde du parrain de la Francophonie. Les termes diplomatiques salueront la détermination de l’Afrique à parler d’une seule et unique voix mais l’histoire retiendra que cette Afrique était, contre son gré, ventriloque.

Les intérêts géostratégiques nourrissent le penchant de la solidarité internationale. Le monde s’émeut de la disparition (et peut être du meurtre) du journaliste dissident saoudien Jamal Khasshoggi mais la réaction des grandes capitales de notre communauté internationale hésitent à se prononcer sur cette affaire qui gêne au plus haut point l’Arabie Saoudite, accusée d’en être le premier acteur. De même, la solidarité politique internationale peine à trouver les mots pour qualifier la situation que vit Gaza depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Et sans les mots, les solutions s’étouffent.

Les contingences internationales expliquent sans doute ”l’absence de valeurs universelles génératrices de progrès par l’émergence individuelle et collective de nouvelles solidarités”, que décriait Michel Joli (Président de la Fédération Léo Lagrange Sud Ouest). Mais ces contingences ne devront en aucun cas servir de prétexte à la perversion de notre solidarité ancrée dans nos cultures et empreinte d’humanité.

Partant de là, il est incompréhensible, en ce mois de la solidarité, que notre pays soit encore en proie à une grève longue et préjudiciable des magistrats. Au nom de la solidarité, il est un devoir pour le Gouvernement de trouver les solutions consensuelles à cette situation. Au nom de cette même solidarité, il est une exigence pour les grévistes de mettre au dessus de leurs intérêts revendiqués, celui suprême des compatriotes qui sont les premières victimes de cet arrêt de travail qui, en l’état, semble sans issu.

Y.K

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