Edito : Géopolitique et Rapports de forces

De la géopolitique internationale à la politique intérieure, les acteurs sont dans une relation constante de conflit. Lequel est motivé par des intérêts multiformes que le spectateur, qu’est le peuple, ne comprend pas toujours.

Depuis des siècles, la géopolitique mondiale a un décor connu de tous et un schéma presque similaire au fil des guerres et de la succession des acteurs. Un occident contre tous (à quelques exceptions près). Une Afrique dominée ou envahie par tous (sans exception). Une Asie et un Extrême-Orient craints de tous et donc souvent en proie à des tentatives de déstabilisation.

Face à ce plateau, qui ne semble pas vouloir changer malgré une évolution contextuelle certaine, l’Organisation des Nations Unies tente tant bien que mal de jouer un rôle de conciliateur à l’occasion de son assemblée générale qui monopolise l’agenda médiatique durant les dernières semaines du mois de septembre.

Pendant cette dizaine de jours, les dirigeants du monde entier se livrent à un drôle d’exercice où dans une minuterie bien angoissante, chacun livre au monde, justement, sa vision du monde. Nul besoin de préciser que les grands dirigeants des ”petits Etats africains” ont droit à la parole sans avoir réellement voix au chapitre. Le rapport de force s’établissant ici par médias interposés, seules les conclusions et les lectures des grands médias internationaux nous permettent de retenir la ou les visions du monde qui s’opposent à l’ONU. A ce jeu, sans surprise, nous avons l’américain Donald TRUMP, ami d’Israël, qui s’oppose farouchement à l’Iran, soutenu légèrement par le français Emmanuel MACRON. Nous avons un puissant chapitre sur le commerce international ou le moyen orient et son pétrole a eu son mot à dire. Ou la Chine s’est levé en défenseur du multilatéralisme contre le protectionnisme américain. Un autre volet des débats était sur l’environnement et cette fois, on a écouté, encore une fois Emmanuel MACRON défendre l’accord de Paris. Sur la page de la sécurité mondiale et donc du terrorisme, Benyamin Netanyahou, Premier ministre d’Israël, s’en est pris à l’Iran, l’accusant de ”poursuivre son programme nucléaire” et de soutenir le terrorisme. Hassan ROANI n’a pas manqué de riposter en accusant Washington d’avoir attenté à son pouvoir.

On pourra laisser les méninges gesticuler autant que possible dans les dédales des grands discours de l’ONU, on n’entendra pas la voix de l’Afrique. Pourquoi? Pour la simple et unique raison que l’Afrique, en tant que Continent ou par la voix d’un seul de ces pays, n’a pas encore les armes pour opposer une quelconque force sur cet échiquier des relations internationales. Cependant l’Afrique a été portée au cœur des débats par… le Président français, qui a expliqué au monde nos problèmes sécuritaires, les priorités de notre jeunesse qui migrent ”massivement”, notre besoin de scolarisation etc.

L’Afrique ne rentrera dans le cercle fermé du rapport de forces que quand elle réussira à être une puissance économique (les prévisions sont encourageantes mais pas pour tout de suite), une puissance militaire (il faudrait donc disposer d’une armée africaine véritable), une puissance politique (l’Union Africaine peine déjà à être indépendante). On pourra rétorquer que la Libye de Khadafi a été entendu à l’ONU ou encore que la Corée du Nord, même quand elle n’y est pas, se fait entendre à l’ONU. Pour le cas de notre Continent, il faudra être une menace pour la stabilité du monde. En d’autres termes, il ne reste plus à notre continent qu’à disposer de l’arme nucléaire.

Cette utopie nous ferait oublier presque le second pendant de cet édito qui concerne les rapports de forces internes.

Au Mali, le second mandat du Président IBK prend le chemin d’un quinquennat loin de tout repos. L’opposition, qui est la plus légitime, à établir un rapport de forces avec le pouvoir est en ordre (parfois désordonné) de bataille. Un coup médiatique a été porté au Président de la République lors de son voyage New-Yorkais où des citoyens maliens vivant aux Etats-Unis ont brandi des pancartes sur son trajet et tenté de le conspuer à sa sortie d’hôtel. Ce prolongement de la crise post-électorale donne le ton d’une gouvernance annoncée avec beaucoup de turbulences.     Avec l’opposition, le pouvoir en place a la maîtrise des éléments constitutifs du rapport de forces. Il s’agira essentiellement d’un combat médiatique pour convaincre l’opinion. Mais ce que l’Etat et le pouvoir maitrise moins, c’est l’ampleur des mouvements syndicaux. Ceux de la magistrature annonce les couleurs avec une grève illimitée aux répercussions certaines sur les populations et aux conséquences encore floues sur le pouvoir en place. Dans un communiqué déprécié de tous, les magistrats menacent de révélations fracassantes le gouvernement et en particulier le Ministre des finances, qui auparavant, avait demandé à ses services de geler les salaires des grévistes.  Pour le coup, ce rapport de forces établit sous le prisme de la menace, pour ne pas oser le mot ”chantage”, sera préjudiciable aux magistrats s’ils attendent un soutien de l’opinion.

Une récente annonce nous permet d’établir un dernier parallèle. Le quartier général de la force du G5Sahel, initialement basé à Sévaré (région de Mopti), est rapatrié à Bamako pour, semble t’il, mieux stabiliser la communication avec les troupes. Cette information nous fait croire que dans le rapport de forces avec les terroristes, l’attaque contre la force du G5Sahel du 29 juin dernier, a permis à ces derniers de prendre un avantage stratégique et psychologique.

Si nous le croyons alors le Général américain Otis GLEN aura eu raison quand il soutenait que : « le combattant qui l’emporte est celui qui gagne la campagne de l’information. Nous [USA, NDRL] en avons fait la démonstration au monde : l’information est la clef de la guerre moderne – stratégiquement, opérationnellement, tactiquement et techniquement. »

YK

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