Edito : Déconstruire les préjugés au Mali

La plateforme de blogging Benbere a tenu, ce vendredi 16 novembre au Mémorial Modibo KEITA, une conférence débat sur le thème de la déconstruction des préjugés entre tous les jeunes du      Mali (du nord au sud en passant par le centre).

Des associations communautaires et des jeunes leaders de tout acabit, au profil différent, ont pris part    au débat avec enthousiasme et conviction en la force de l’échange. L’objectif était visiblement de crever l’abcès entre les communautés.

C’est dire que les débats étaient francs et directs avec à la clé de fortes recommandations pour reléguer au second plan les préjugés préjudiciables à la cohésion et à l’unité nationale. Le fond du débat interpelle quand l’on sait que les préjugés ont, par définition, « la peau dure ». L’initiative sera confrontée à une   réalité malienne qui veut que notre conscience collective se nourrit de préjugés sans connotation                  négative.

En effet, l’une de nos fiertés au Mali est et reste le concept de Sinankuya (cousinage à plaisanterie) qui dans son expression s’appuie essentiellement sur une catégorisation acceptée de tous des peuples et     des ethnies. Le Peul est lié à l’élevage et à la malice, le Dogon lui respire la droiture, le soninké est un     voyageur, le malinké est présenté comme rustre et adepte d’arachide, l’arabe est ce commerçant                 adorateur de thé, le tamasheq est ce poète qui manie à la perfection la science de l’oisiveté.

Ces descriptifs ne reflètent en rien la vérité intrinsèque de chaque peul, dogon, soninké ou malinké.            Cependant, ils permettent à chaque malien, de par le patronyme de son interlocuteur de s’introduire à       lui et à son histoire. Ce socle culturel de notre pays souffre malheureusement aujourd’hui                                  d’interprétation négative et tendancielle. De par la guerre imposée à notre pays, ces préjugés prennent    la forme d’argument repoussoir de l’autre.

Si le nord n’est pas développé, c’est bien parce que les Touaregs sont des paresseux. Si encore                     l’insécurité persiste au centre, c’est bien parce que les peuls sont des fanatiques de la religion. Il n’en       est rien dans les faits certes mais les médias nous le font croire. A quel dessein ? Nous avons, chacun    dans son cadre, une mission cruciale de déconstruction des préjugés à mener. Notre école est indexée. Nos médias sont indexés et enfin nos associations communautaires sont indexées. La déconstruction       passe par la volonté de tous et de chacun de vivre en harmonie avec l’autre. Notre culture doit rester le   fondement premier de cette cohésion. Elle seule rendra aux préjugés leur caractère sympathique dans    notre contexte et dans nos réalités. Détruire les préjugés néfastes, c’est construire une Nation.

Y.KEBE

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