2018 : Finir l’année…sous l’orage d’une perte

Rien dans le levée du soleil, rien dans le chant du coq et rien dans l’air frais que nous humons, n’annonce un changement radical dans nos agendas, pourtant, l’atmosphère, dense, dans la capitale malienne et certainement dans les villes de l’intérieur, nous rappelle que nous vivons les dernières heures de 2018. Une année riche pour le Mali qui peut se soumettre à une analyse rétrospective pour s’éconduire et laisser place au nouvel an, avec ses espoirs.

Depuis les élections de 2013, les regards se sont vite portés sur 2018, qui a été longtemps annoncée comme un tournant, décisif peut être, de la sortie de crise, parce que marquée par la fin du premier mandant du Président élu Ibrahim Boubacar KEITA. Chemin faisant, 2018 a cristallisé les peurs, les doutes mais aussi les espoirs des populations.

Par un savant mélange des péripéties politiques, souvent politiciennes, et un registre concentrique des remaniements et réaménagements ministériels, les lignes ont bougé sur l’échiquier politique, donnant à attendre quelques semaines avant l’ouverture des campagnes pour comprendre les vraies forces protagonistes.

Des alliés solides d’hier, du parti au pouvoir, se sont retrouvés comme pilier de l’opposition républicaine. Des ennemis sur le terrain militaire ont pris position pour les ambitions d’un second mandat du Chef de l’Etat, S.E.M Ibrahim Boubacar KEITA. La société civile, en partie, n’a pas résisté à la tentation d’un ralliement politique avec l’improbable soutien de Rasbath à Soumaila Cissé et la déchirure des religieux dans la quête d’une désignation consensuelle.

La foultitude des associations et mouvements de soutien, créée avec une date d’expiration connue de tous, a aussi fait vivre l’année 2018 en alimentant le débat politique de concepts qui s’opposaient d’abord dans le texte. De « Boua ta bla » à « Boua ba bla », la période électorale a brillé par un manque de débats de fond sur les programmes de gouvernance.

La profession de foi a plus été au cœur de l’élection. En lui renouvelant sa confiance, le peuple malien a fait le pari de voir le Président IBK continuer sa mission mais avec l’exigence d’une rupture systémique et systématique. La promesse d’un mandat dédié à la jeunesse avec des nominations symptomatiques ont eu de quoi présenter la volonté de rompre avec hier.

Cependant, la question de la corruption et de la sécurité chancelante au centre et au nord du Mali jure parfois d’avec l’aspiration du peuple. Quand vous y ajoutez l’épisode de la « tension de trésorerie », démenti par le ministre de l’économie et des finances, vous avez des frustrations qui ont marqué l’année 2018.

Pour ce qui concerne le bilan sécuritaire, les efforts de stabilisation de la situation, par une action proactive du Premier ministre, sont à saluer même si les capacités de nuisance des terroristes continuent d’inquiéter le Mali et ses partenaires du G5 Sahel.

Cette force frappée en plein cœur avant que son commandement n’échappe au Mali est plus une promesse pour l’année 2019 qu’un acquis pour l’année finissante. La force française Barkhane et notre commandement militaire et politique se sont échaudés dans la coopération à la suite d’un succès militaire avec le décès d’Amadou KOUFFA.

Ce climat de méfiance dans la coopération militaire a eu son parallèle dans la cohabitation entre le politique et le religieux à la suite d’une révélation de l’imam Mahmoud DICKO sur une supposée tentative « d’insertion de l’éducation de l’homosexualité » dans le cursus scolaire malien. Cet épisode de la fin de l’année 2018 a eu le mérite de nous rappeler que notre pays est au bord d’une rupture qui se cherche, avec plusieurs polémiques, une légitimité.

L’orage n’est pas loin. Avant de nous souhaiter une année 2019 avec un ciel dégagé, c’est Sous l’orage que nous pleurons la perte d’un des pères de l’indépendance, mémoire vivante de ce que devrait être le Mali. Dors en paix Seydou Badian. Bonne et Heureuse année à tous !

YK

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