Kidal : Toujours des tensions communautaires au cœur du conflit

Encore des tensions au cœur du rapport de force entre communautés touarègues. La Coordination des mouvements armés (CMA) refuse l’entrée de Kidal à une centaine de combattants dans le cadre du processus « DDR », désarmement, démobilisation et réinsertion. Cela est dû aux rivalités entre communautés touarègues. C’est le constat que dresse Alhoudourou MAIGA, Analyste en stratégie internationale, Journaliste à RFI. Un rapport sur l’analyse des tensions entre communautés touarègues au nord du Mali dont nous publions ici quelques extraits.

« Les communautés touarègues, n’étant pas homogènes, intègrent plusieurs sources de conflictualité en leur sein. Les rivalités qui en découlent sont intrinsèques aux sociétés touarègues organisées en confédérations comportant des Imajeghens ou tribus nobles, des Ineslemens ou tribus religieuses, des Imghads (tributaires ou tribus vassales) et des Iklans (les affranchis ou Bellahs).

Les Touaregs tiennent beaucoup compte de ces différences et même au sein des nouveaux mouvements armés au Mali, cela s’exprime à travers les dissidences conduisant à des affrontements intracommunautaires meurtriers. Ce type de domination n’existe pas que chez les Touaregs mais aussi chez les Songhay, les Peulhs, les Zerma et Haoussa depuis la période précoloniale.

Concernant les disparités linguistiques, la langue tamasheq que ces communautés touarègues partagent est aussi un marqueur de différences parce que le Tamasheq, signifiant la langue touarègue ou femme noble, est parlée de façon diverse selon le statut des tribus. La contradiction est donc partout au sein des touarègues. Poursuit l’analyste.

Toute société étant appelée à évoluer, celle des communautés touarègues connait des bouleversements qui laissent présager un mauvais avenir pour le vivre-ensemble de ces communautés. D’autres motifs politiques sous-tendent cette rivalité. Etant numériquement plus nombreux que les Ifoghas (traditionnellement ‘supérieurs’), les Imghads occupent presque tous les postes politiques (la mairie, le conseil régional et le conseil de cercle).

C’est le cas à Kidal où ce sont les Imghads qui dirigent les postes électifs. Mais dans les faits, les touaregs Imghads n’ont pas de poids notable dans les prises de décision des questions locales. Ainsi depuis 2013-2014, avec la bénédiction de l’Etat central de Bamako, les Imghads sont en conflit ouvert avec les Ifoghas et Idnans pour renverser la tendance.

Toujours dans le même rapport qui révèle « qu’aujourd’hui c’est autour de Menaka que surgissent ces rivalités fratricides. Raison pour laquelle l’Etat central semble avoir plus intérêt à collaborer avec les Imghads déjà bien intégrés que des groupes Idnan et Ifoghas dont une partie reste dans l’irrédentisme ». Et rappelle qu’en juillet 2017 ses affrontements intracommunautaires dans la zone de Tarkin ont causé plusieurs morts et plus de 300 personnes déplacées vers Bourem en un seul jour.

Alhoudourou MAIGA, Analyste en stratégie internationale, conclut «  qu’en conséquence, plusieurs jeunes sont souvent obligés de prendre les armes pour protéger les siens et leurs communautés respectives.  Le recours aux armes dans tous les sens continue d’aggraver sans doute les tensions et nourrir le climat de méfiance, pousser beaucoup de jeunes à rejoindre finalement les groupes armés qui de surcroît leur permettent de vivre ».

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