Kouffa :la communication du plus fort

« La victoire a mille pères et la défaite est orpheline » serait-on tenter de dire, d’un certain point de vue, tant la polémique née de l’opération qui a conduit à la mort de Amadou Kouffa, est révélatrice d’une fébrilité de la coalition des forces de lutte contre le terrorisme au Mali.

Pour les faits, retenons que la France via son ministre des armées, Florence Parly et le service de communication de l’état major de la force Barkhane, communique sur une importante opération militaire dans le centre du Mali qui a permis de neutraliser des combattants de la katiba de Amadou Kouffa. Juste que là, rien d’anormal. Le  Mali à son tour, communique sur la même opération, précisant que l’armée malienne en était et que le chef djihadiste Amadou Kouffa a été tué lors de l’accrochage.

Une spirale de communiqués s’en suit, infirmant, démentant puis confirmant l’information.

Cette rixe subtile et essentiellement par communication interposée n’est pas une première depuis le début de la crise au Mali. Cependant, elle appelle à une interrogation simple. Pourquoi?

Pourquoi la précipitation française dans l’information de l’opinion?  Pourquoi s’arroger seule le mérite de cette réussite militaire ? Pourquoi minimiser l’apport de l’armée malienne dans cette guerre contre le terrorisme?

Posons des suppositions dans la balance de l’analyse. Mais avant, il importe pour nos lecteurs de comprendre que la guerre au Mali n’est pas une guerre malienne.

L’international djihadisme a suffi à justifier la présence sur notre sol de plusieurs armés mais pas que. La nôtre,  sous équipée, moins formée a dû admettre qu’elle avait besoin de cette aide extérieure. Six ans après le début de la crise, l’armée a réduit le gap en ayant le cœur à l’ouvrage et en se formant. Aussi, l’Etat Malien a pourvu, sensiblement, aux besoins matériels et aux conditions générales du soldat.

Pendant que notre armée acceptait humblement sa condition et tentait de la corriger, notre classe politique n’a pas compris qu’elle aussi est un acteur de la guerre et qu’elle devait être à la hauteur du défi.

La stratégie politique face à nos « amis » peine à se structurer. La montée au créneau a été l’affaire de l’armée quand elle aurait dû être l’affaire des Affaires Etrangères, de la communication et du porte parole du Gouvernement. La communication en temps de guerre, a été depuis toujours notre talon d’Achille. Et, la présente situation prouve que nous avons encore beaucoup à apprendre. La guerre malienne est mondiale mais la communication malienne est bamakoise.

En un autre point, les dissensions politiques qui n’arrivent pas à se mettre entre parenthèse le temps d’une union sacrée autour de notre armée prouve que la critique s’adresse à toute la classe politique mais aussi à la presse malienne. Elle pêche allègrement par sa capacité à être une caisse de résonance de leur confrère de l’international. Sur des questions de notre pays, notre presse nationale ne devrait pas avoir des radios et journaux internationaux comme source. Tant que ce cordon ombilical existera, nous ne gagnerons pas la guerre de la communication.

Quant à la France, elle, de bonne guerre, joue son rôle en s’attribuant les mérites du sauvetage du pays, qui avait demandé l’évacuation des bases militaires françaises après l’indépendance. Ses autorités ont le devoir de rendre compte et de justifier aux contribuables que cette guerre est presque gagnée et que la France y joue un rôle crucial. Ailleurs, pensons bien que Emmanuel Macron, dans le sillage de François Hollande, fait de ce succès militaire un trampoline pour sa côte de popularité. La même logique nous fait mettre dans la balance, la nécessaire expression de la suprématie militaire de la France en Europe en une période où la question de la création d’une défense européenne autonome de la toute puissante Amérique de Trump.

Maintenant que nous savons avec certitude que « Kouffa est probablement mort », gageons d’une constance dans la lutte contre le terrorisme partout au Mali.

Y. K

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