La « Mayamaganya » : quelle utilité dans notre société d’aujourd’hui ?

La conseillère conjugale, communément appelée «Mayamaganya  » en langue bambara, est la grande dame d’une grande expérience qui accompagne le couple qui fait son entrée dans la chambre nuptiale, selon Dr Fodé Moussa Sidibé, enseignant – chercheur et traditionaliste.

Dans le processus du mariage traditionnel, la chambre nuptiale est considérée est étape importante. Après le mariage, Le couple doit passer  7 jours dans une chambre sans sortir, suite à cela, le couple est confié à une dame âgée, appelée «Mayamagan  » qui leur enseigne et leur donne des conseils sur la vie de couple, ajoute le traditionaliste.

« Auparavant, on considérait que les jeunes filles étaient vierges ; il fallait donc les préparer, les  éduquer, pour leurs premières relations sexuelles. D’où la nécessité d’une conseillère conjugale dans la chambre nuptiale. Car son rôle primordial, c’est d’aidé  le couple à rentrer dans  la vie active sur le plan sexuel,- et l’autre rôle, c’est de surveiller les rentrées et les sorties, enseigner le couple les règles coutumières.  Donc c’est comme une surveillante en même temps une enseignante, rappelle le traditionnaliste.

Quand nous prenons les groupes ethniques au Mali, la fonction est exercée par les griots qui  sont censés être les détenteurs des valeurs  de notre société et qui ont un vécu social avéré. Ce vécu leur permet de suivre et de faire observer des règles de la tradition en matière de mariage.

Selon le traditionaliste,  les couples qui refusent la pratique ont peut-être une méconnaissance de tous ce qui est lié à cette fonction. Aujourd’hui,  les séjours nuptiaux n’ont plus leur valeur, parce que ce qu’on doit apprendre au couple, le couple le sait déjà, le pratique déjà avant d’aller dans la chambre nuptiale. «  Si vous savez tout, vous n’avez besoin de personne pour vous apprendre quoi que ce soit », tranche le chercheur. Dans le même sens, il précise qu’il appartient à la jeune génération malienne de comprendre le rôle de la «Mayamagan».

Elle est là pour apprendre à la jeune mariée comment vivre avec son mari et la belle famille, lors des rapports savoir quelles positions, en un mot ce qu’il faut faire, et  éviter.  Le sexe étant un sujet tabou chez nous, ces genres de discussions ne sont pas faciles à aborder. Donc, les personnes de caste appelées « Niamakala » sont mieux placées pour en parler, car elles n’ont pas de sujet tabou.

Une personne avec qui le couple peut avoir toutes sortes de  conversation. Cette personne peut intervenir à tout moment et donner des conseils. « Ce n’est   pas une  obligation mais une nécessité », tranche Fodé Moussa Sidibé. Beaucoup peuvent  s’en passer, car  maintenant, c’est  figuratif. Mais il faut  au moins la présence d’une personne âgée qui sera  là et qui peut guider, conseille-t-il.

Pour Fatoumata Dagamaissa, il faut «  qu’on continue cette tradition. Les couples ne doivent pas la négligée ». Elle va encore plus loin en disant que « cette tradition permet d’apprendre  certaines choses à la nouvelle mariée. Des choses qu’elle est censée  savoir avant de commencer cette nouvelle vie ».

Oumou Sow, jeune mariée et étudiante  déclare avoir  accepté  la pratique car faisant partie de sa culture. Une jeune fille ne doit jamais aller chez son mari sans être accompagnée de sa ’’Mayamagan’’, chargée de conseiller et d’expliquer les bonnes manières pour mener à bien  la vie en couple. Mais de nos jours la plupart des couples maliens ont tendance à renoncer à cette tradition soit à cause de la religion ou de la modernité, conclut la jeune femme.

Pourtant Fodé Moussa Sidibé encourage la jeune génération à valoriser cette pratique. Il faut aider les couples à gérer cette semaine nuptiale.  Ils doivent accepter  non seulement la retraite nuptiale  mais également la présence d’une personne âgée, d’un adulte pour les guider, conseille le traditionaliste qui plaide pour un retour aux valeurs de la pratique, aujourd’hui travestie par sa dimension économique.

Fatoumata Koita, stagiaire

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