L’exode rural : un couteau à double tranchants

Ils sont âgés entre 13 et 40 ans et sont apprentis, maçons, jardiniers, fendeurs de bois, porteurs de bagages, balayeur des rues et gardiens. Les filles sont essentiellement aide-ménagères. Ces jeunes sans diplômes qui quittent leurs villages pour les villes à la recherche d’emplois ou d’un avenir meilleur sont nombreux. Il suffit de faire le tour des carrefours du district de Bamako pour s’en convaincre. Cependant, si avant dans certaines communautés, le départ était décidé en conseil de famille  conditionné d’un retour  dès que la saison des pluies s’approche, aujourd’hui, tout est différent. L’esprit et la forme de l’exode rural ont évolué pour conduire vers une crise sociétale.

 Face aux situations de pauvreté et de malnutrition liées aux problèmes de dégradations de l’activité agricole devenant chaque jour de plus en plus alarmantes, l’unique voie envisageable pour de nombreux jeunes demeurent l’exode rural. Ainsi, chaque année, un nombre élevé d’émigrants laissent les campagnes, se dirigeant, pour la plupart, vers la capitale, même avec son désordre, son insalubrité, son insécurité, sa circulation chaotique, Bamako reste une destination rêvée pour de nombreux jeunes.

Pour mieux cerner la problématique  nous sommes allés à la rencontre du professeur Famagan Konaté. Spécialiste en géographie humaine, il est également le  Recteur de l’université privée Ahmed BaBa.

Le Flambeau : Qu’est-ce que l’exode rural ?

Professeur Famagan Konaté: L’exode rural est une forme de mobilité géographique : c’est le déplacement des individus, groupes ou populations des campagnes vers les zones urbaines.

Selon vous, Pourquoi ces jeunes fuient les zones rurales ?

A cette question, chacun tente de se justifier. Certains évoquent les difficiles conditions de vie dans les campagnes. Les causes de cette mobilité en ce qui concerne les jeunes sont d’ordre : social (poursuite des études, soins de santé, attrait de la ville, regroupement familial (dans le cadre du mariage, etc.);économique (recherche de mieux être, changement de profession, recherche de trousseau de mariage, etc.)

Certes, d’autres facteurs peuvent occasionner ces mouvements, tels que: le facteur psychologique, la politique, les contraintes culturelles etc. …, mais les causes les plus puissantes demeurent la situation socio-économique précaire des paysans. Car, très souvent, c’est sous l’aiguillon de la faim, de la misère que se produisent les mouvements des jeunes. Les ruraux ne se résignant plus de leurs situations intolérables, attirés par le mirage des villes ou de l’autre monde, se voient obligés à chercher autre part de nouvelles conditions de vie.

Car en effet, la ville,  un regroupement de nombreuses populations sur un espace relativement restreint offre de nombreuses opportunités. Pour le cas de Bamako, c’est à la fois la capitale économique, la capitale administrative et la capitale culturelle.

L’exode rural, un facteur d’insécurité ?

C’est ce que croient certains. En tout cas, nombreux sont  ces jeunes ruraux qui ont découvert la ville et qui ne retournent plus au village.  Et face aux problèmes d’emplois dans la ville, certains se versent dans le banditisme. Selon les enquêtes  si avant, les attaques nocturnes étaient faites par les étrangers, aujourd’hui, les gangs sont, de plus en plus, constitués de jeunes ruraux. Toutes choses qui signifient que la lutte contre l’insécurité à Bamako, passe également par une croisade contre l’exode rural et par  le développement des zones rurales.

Quelles peuvent être  les causes de cette mobilité ?

Aujourd’hui, nos campagnes sont confrontées à de nombreuses contraintes : le sous-emploi, la baisse de revenu monétaire consécutive aux effets néfastes des changements climatiques, le manque ou l’insuffisance des infrastructures sociales de base (école, route, centre de santé, hydraulique villageoise, absence de perspective d’emplois et d’activités génératrices de revenus), le mariage forcé, les litiges fonciers entres autres …

Les conséquences ?

 L’exode rural a des conséquences positives sur les villes : ces jeunes ruraux constituent un réservoir de main d’œuvre bon marché. Ils occupent souvent des secteurs économiques dédaignés par les jeunes citadins comme fendeur de bois, balayeur des rues, manœuvre, aide-ménagère, vendeur pour des patrons, etc. Ils contribuent à la création de richesses.

Cependant quelques-uns d’entre eux constituent parfois une source d’inquiétude : encombrement des voies, délinquance juvénile, appartenance à des réseaux mafieux, prostitution, mendicité,  criminalité…

Quelles solutions  pour améliorer la situation ? 

 Les pistes de solutions sont nombreuses et variées. Chacun a une part de responsabilité .Pour lutter contre l’exode rural, il faut motiver les jeunes à rester dans les villages. La bonne éducation de l’enfant incombe d’abord à la famille, nous devons inverser la question au lieu de se dire combien cet enfant va me rapporter? Nous devrions plutôt penser : combien vais-je mettre dans la qualité de cet enfant? Car la qualité a toujours un prix. Une bonne qualification permet d’avoir de meilleurs emplois. On a l’habitude d’entendre que l’école est le vecteur du changement social.

Les collectivités décentralisées et l’État doivent offrir un enseignement de qualité aux enfants (programme de qualité, enseignants de qualité et infrastructure de qualité). Ils doivent créer les conditions d’un bon développement local (création d’emplois, surtout la revalorisation de l’agriculture. Il faut  une véritable politique gouvernementale qui pourra stopper, du  moins ralentir, le phénomène, en créant des emplois en milieu rural et l’amélioration des conditions de vie des populations en charge.

Enfin l’État doit assurer un développement régional et national équilibré et harmonieux car l’injustice est source de frustration, la frustration est source de conflits.

Propos recueillis par

Fatoumata Koita stagiaire

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