Réorganisation du territoire : les enjeux, les pièges et les challenges. Notre Décryptage.

Depuis octobre 2018, le projet de réorganisation territoriale fait grand débat au Mali. La classe politique (l’opposition et une partie de la majorité) comprise et la société civile sont hostiles à cette recommandation pourtant énoncée dans l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, et qui devrait conduire le pays à une décentralisation poussée. Cette réforme majeure présente des enjeux multiples pour le Mali qui peine encore à juguler la crise qu’il traverse depuis 2012.

D’un point de vue économique, elle nécessitera d’énormes investissements. Donc une mobilisation en amont des ressources financières indispensables à l’opérationnalisation des nouvelles régions projetées. Aussi, se pose la question du transfert des ressources et compétences aux collectivités dans le cadre de la décentralisation. Des communes ont été créées mais les ressources promises n’ont jusqu’à présent pas suivies.

L’autre obstacle auquel se heurte le projet, c’est le rejet des communautés. Mais aussi des politiques de tous bords, dont certains prêtent au projet de concourir à la partition du pays, en proposant un découpage qui ne tient pas compte de la démographie et des réalités socioculturelles notamment au nord du pays.

Autre limite du nouveau découpage, il ne prend pas en compte l’aménagement du Territoire National de 1988 selon des aménagistes. L’aménagement de 1988 découpait le Mali en 49 Zones agro-écologiques homogènes suivant ce triangle : l’homogénéité géographique, climatique, et de relief; l’homogénéité de peuplement humain, socio-culturelle et anthropologique; et l’homogénéité historique et politique.

Ce qui justifie l’inquiétude du  maire de Sikasso, Kalfa Sanogo, qui a décrié sur la radio Mikado FM un  découpage à base ethnique dans la région de Sikasso, où on propose des régions dont la majorité des communautés sont soit Sénoufo, bambara ou Myanga. Il alerte également sur les risques économiques que peuvent engendrer le projet pour la région et l’impact sur l’interdépendance des communautés.

Pour le philosophe et ancien ministre Issa N’Diaye, le projet de découpage n’est pas une urgence pour le Mali. Tandis qu’ailleurs dans le monde l’heure est au rassemblement et à la formation des ensembles, le philosophe estime le que découpage est périlleux pour le Mali. Il suggère une nouvelle forme d’administration bâtie autour d’un Etat central fort et qui prend mieux en compte les aspirations des populations.

Pour beaucoup de maliens, cette réorganisation du territoire fait la part belle aux rebelles touaregs. Beaucoup redoutent une partition de fait du pays en enclenchant ce chapitre de l’accord de paix qui fait l’objet de pression. Un dialogue national est prévu en 2019 pour un large consensus autour du projet. Plusieurs communautés ont désavoué le projet.

Aujourd’hui, le challenge pour le Gouvernement ne devrait pas être le passage en force des reformesinstitutionnelles. De nombreux acteurs politiques et de la société civile ne cessent de monter au créneau pour contester la mise en œuvre de ces réformes. Il reste évident que la majeure partie de ces personnes sont plus dans une logique de contestation stérile, voire de déstabilisation du régime en place, que de construction patriotique. Face à ces personnes de mauvaise volonté, un passage en force se justifierait tout naturellement.

Sauf que, à l’antipode de ces derniers, d’autres acteurs sont dans une logique constructive et objective. Ils sont nombreux nos concitoyens qui veulent avoir droit au chapitre dans ce débat. Ils sont nombreux, ces chercheurs, écrivains, journalistes, hommes de culture, politiques et acteurs de la société civile qui développent une autre lecture de la question. Ceux-ci, contrairement aux déstabilisateurs politiques, ne demandent qu’un débat inclusif pouvant aboutir au meilleur consensus autour de ces questions d’intérêt national.  

En d’autre terme, le véritable défi pour le Gouvernement résidera tout d’abord dans sa capacité à faire une distinction entre les différents contestataires, ensuite son aptitude à rassembler toutes les sensibilités politiques et sociales autour des débats, et enfin son objectivité en acceptant l’acceptable et refusant toute compromission susceptible de mettre en péril l’avenir du pays.

AB

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