Dichotomie malienne : l’énigme Mahmoud DICKO !

Faut-il gérer le cas Mahmoud Dicko? Si oui, comment? Voici sans doute les interrogations faites au Sommet de l’Etat depuis que le Président du Haut Conseil Islamique s’est trouvé dans une posture de contestataire au pouvoir en place. Le leader religieux, dans son rôle de garant moral et porteur d’opinion, garde t’il la bonne distance d’avec la chose politique? Ses prises de position ne sont-elles pas signes de division ? Notre décryptage.

Notre pays a, depuis toujours, eu du scrupule à prendre ses distances avec la chose religieuse dans la gestion politique de la cité. Notre histoire, nos traditions et notre culture politique encouragent, sans doute, une proximité (salvatrice par moment) avec la religion. Cependant, le pouvoir politique, quand on l’entend sous le prisme des penseurs tels que Machiavel, s’exerce en réfutant toute morale du pouvoir.

C’est pourquoi, il n’est pas rare de voir un double positionnement. Celui du politique qui « utilise » le religieux pour ses ambitions et celui du religieux qui outrepasse ses prérogatives pour plonger dans l’arène politique afin de se protéger. Dans le cas de Mahmoud Dicko, la ligne entre les deux mondes est assez fine parce que Président du Haut Conseil Islamique, donc membre et porte-voix d’une grande partie de la société civile.

L’énigme Mahmoud Dicko commence pour le pouvoir actuel avec la création d’un ministère en charge des affaires religieuses et du culte sans que sa gestion soit, de fait, la chasse gardée de son magistère. L’on se souvient de cette fameuse cérémonie de présentation de vœux au Chef de l’Etat, le 11 janvier 2016, au cours de laquelle l’Imam Dicko a fustigé la gestion du ministre Thierno Hass Diallo, et au-delà, la gestion du pays par le Président Ibrahim Boubacar KEITA. Cette sortie lui a valu un isolement sur la scène publique.

Avec les élections de 2018, il était attendu une prééminence de sa prise de position dans le cercle fermé des religieux mais à la surprise générale, il a sacrifié sa voix à celle du Cherif de Nioro. Ceci a eu l’avantage de renforcer la complexité de l’énigme Dicko qui semble vouloir être dans la lumière et se met à l’ombre d’un autre alors que le soleil politique brille au plus fort. Quel que soit sa prise de position, Mahmoud Dicko divise. Ça peut être le propre du leader d’opinion (ne rappelle-t-on pas souvent que même le Prophète Mohamed PSL avait eu des détracteurs?).

Seulement, beaucoup d’observateurs de la scène politique malienne lient ses récentes prises de position et sa manière de les médiatiser (live Facebook, interview radio, audio WhatsApp etc.) à une volonté de liquider un conflit personnel avec le Chef de l’Etat IBK. Dans ce conflit supposé, un embarras certain est créé chez les autres chefs religieux. Une première dichotomie s’applique ainsi dans le cercle religieux musulman. D’un côté, Dicko et le Cherif de Nioro et de l’autre tous les autres qui ne cautionnent pas forcément les supputations de la gouvernance IBK par Mahmoud Dicko.

La seconde dichotomie, pas naturellement imputable à l’imam, est au niveau de la société civile et de la classe politique. L’opposition n’a pas hésité à suivre la polémique lancée sur le programme d’éducation sexuelle à l’école. La société civile elle est restée timide sur la question n’ont pas qu’elle accepte la lettre de cette réforme souhaitée pour l’école malienne mais bien qu’elle prend ses distances avec le lanceur d’alerte non moins Président du Haut Conseil Islamique.

La dernière des dichotomies liées à Mahmoud Dicko est bien la fente qui se crée entre le Président de la République et son Premier ministre. La fabuleuse mise en scène du refus d’un appui de 50 millions de Francs CFA, apporté par le gouvernement, via un envoyé du Premier ministre Soumeylou Boubeye Maiga, est sans doute une volonté manifeste de renforcer le malaise au plus haut sommet de l’exécutif.

La marche de ce dimanche a été un coup de force politique d’un religieux qui y a prôné cependant la paix et la cohésion sociale. Mahmoud Dicko est un porteur d’arguments d’autorité mais sa complicité avec la chose politique lui fait coller à la peau la double chéchia du religieux politique, ce qui dénature ses intentions aux yeux de beaucoup.

Pour dépasser cette « dickotomie », il est temps de remettre dans leurs prérogatives les lois sur la laïcité de notre République. Cette laïcité passe sans doute par moins de signes ostentatoires du fait religieux au sommet de l’Etat, par une régulation de la présence des religions dans les médias nationaux et surtout par une application stricte des lois de la République à tous, sans distinction de pouvoir de mobilisation.

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