Mali : La psychose de Mars

La toile malienne rappelle depuis quelques jours, avec anxiété, une série d’évènements marquants du Mali qui se serait déroulé au mois de mars. Ces rappels s’accompagnent de fortes prières pour que cette année 2019, nous connaissions un mois de mars paisible, sans bouleversement socio-politique. Qu’est ce qui pourrait expliquer cette ambiance frileuse ? Bien sûr, pas la peine d’être un génie pour savoir que notre inconscient épouse la théorie de l’histoire itérative. Celle qui veut que ce qui est arrivé hier, arrivera demain. De plus, notre conscience collective est nourrie à la casserole de la superstition. Dans le cas précis, le mois de Mars serait un mois maudit pour le Mali. La preuve serait qu’aussi loin que l’on s’en souvienne (que l’on date avec le calendrier Grégorien surtout), ce mois a été celui de la guerre et de la terreur au Mali.

Ainsi, le 13 mars 1591 a eu lieu la bataille de Tondibi, opposant les armées de l’Empire Songhai à un corps expéditionnaire du Maroc. Cette bataille a marqué la fin de l’hégémonie des royaumes ouest-africains. Ensuite, il est fait obligation de rappeler qu’en mars 1861, El Omar Tall conquérait le Royaume Bambara de Ségou. Pour des dates plus contemporaines, la plus emblématique reste sans doute mars 1991 avec la révolution malienne et  ses martyrs. Cette date porte le double symbole du « vendredi noir » (vendredi 22 mars 1991) et de la libération du joug de la dictature de Moussa TRAORE. Un autre 22 mars est tristement célèbre et plus proche de nous, c’est celui du coup d’Etat de Amadou Aya SANOGO. Ce jeune capitaine de l’armée malienne a mis fin aux mandats de Amadou Toumani TOURE en 2012 à la suite d’une mutinerie muée en coup d’état.

Ce survol historique a de quoi nourrir une psychose presque nationale. Faut-il y céder? On est tenté de dire non ! Pourtant, la situation et l’enchaînement de certains évènements ont de quoi titiller une hantise du mois de mars au Mali. D’abord, le camouflet du Chef d’État-major de l’armée de terre à Nioro qui s’est vu refuser l’accès au camp militaire de la ville par des épouses et parents de soldats. Ensuite, les marches qui se multiplient pour réclamer la reprise des cours ou encore la démission du Premier ministre et enfin, la reprise des conflits dans le centre (cf l’attaque de 3 villages peuls dans la commune de Bankass ce week-end) avec un bilan de plus d’une centaine de morts.

Pour boucler la boucle, il faut noter certains appels au coup d’état sur les réseaux sociaux. Sans pouvoir corriger la hantise que nous pouvons avoir du mois de mars, il est plus qu’important que nous réussissions à réguler l’usage de ces réseaux agrégateurs de bêtises humaines et d’ignorances notoires. Il est temps de faire savoir et de faire comprendre qu’aucun putsch ne peut arranger la situation du Mali, bien au contraire. Il est enfin temps de savoir que nous ne gagnerons pas la bataille si pendant que le Mali traverse, encore, une crise importante, on installe une psychose sans fondement réel. Il est temps de comprendre que la résilience est avant tout psychologique et pourrait même relever du psychique. Mettons à profit les prismes victorieux des combattants et Martyrs du 26 Mars 1991 pour nous déterminer face à l’avenir. Ala ka akili niuma di malienw ma!

Y. KEBE

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