Délestage : Le malheur des uns fait le bonheur des autres !

Au Mali, en période de canicule, les populations souffrent le martyr. Les mois d’Avril et de mai sont particulièrement les plus infernales, à cause des coupures intempestives. Entre la destruction des équipements et les difficultés de conservation des aliments, les populations subissent des heures de délestage par semaine. Quel est donc l’impact de ces délestages sur les conditions de vie des ménages et les performances économiques des entreprises ?

Cela fait des semaines que l’économie malienne fonctionne au ralenti du fait du manque d’électricité nécessaire pour le bon fonctionnement des services et des chaînes de production. Le seul opérateur chargé de la fourniture et de la distribution d’électricité, la Société d’Energie du Mali (EDM) traverse une période de crise. Depuis, cette société publique qui détient à elle seule le marché national, éprouve d’énormes difficultés dans la fourniture de l’électricité. Cette situation se traduit par d’importants délestages et diverses difficultés enregistrées dans la fourniture des services de branchement, entraînant une grogne sociale, qui s’est caractérisée par de nombreuses plaintes sur les réseaux sociaux.

Chaque jour, plusieurs quartiers de la capitale sont confrontés à ces coupures d’électricité pouvant aller jusqu’à 5 heures, selon les zones, paralysant ainsi les activités économiques. Restaurants, commerces, centres de santé et autres petites unités de production qui ne sont pas en mesure de s’offrir un groupe électrogène de relais ou se doter de plaques solaires, sont permanemment plongés dans le noir en pleine activité. Il est à rappeler que les conséquences sont nombreuses, aussi bien pour les ménages, le secteur privé ou les services publics.

Au Mali, il faut souligner que les coupures d’électricité impactent sérieusement et de façon négative sur les activités économiques à variante différente. Les feux de signalisation sont le plus souvent perturbés, multipliant les risques et cas d’accidents de la circulation routière. Les  services bancaires et les  guichets automatiques de distribution de billets (GAB) connaissent également des perturbations, ralentissant du coup l’activité économique. Les centres de santé et autres services sociaux de base se plaignent également. L’eau se fait rare dans les robinets, surtout dans les quartiers périphériques de Bamako, obligeant du coup les populations desdites zones à se rabattre sur l’eau des puits, souvent impropre à la consommation. Toutes choses qui révoltent les clients. Qu’à cela ne tienne, la situation ne fait pas que des mécontents. Il y en a qui se frottent bien les mains.

Hamadoun sow, étudiant en ingénierie financière

« Ce n’est pas un phénomène nouveau. L’EDM nous a habitués aux coupures intempestives pendant les périodes de chaleur et cela s’explique par la faible quantité d’électricité produite par les barrages hydroélectriques et la réduction des flux d’eaux sur le fleuve Niger et le fleuve Sénégal pendant les périodes de chaleur. L’unique solution pour sortir le Mali de cette crise énergétique est d’expérimenter l’utilisation des panneaux  solaires. Cette solution est moins coûteuse que l’aménagement des barrages hydroélectriques et produit encore beaucoup plus d’électricité ».

Albert Maiga, gérant d’un cybercafé 

«Face à cette situation, il n’y a vraiment pas d’autres solutions plus durables que de commencer avec l’énergie renouvelable. Nos barrages électriques ne suffisent plus en période de sècheresse. EDM-Sa doit revoir sa gestion, prendre de nouvelles mesures afin de pallier ces coupures d’électricité en cette période de forte chaleur.»

Oumou berthe, vendeuse d’eau fraiche

« Je suis vendeuse d’eau fraiche depuis plus de 4 ans. À Bamako, comme dans d’autres localités, les coupures d’électricité sont fréquentes. Chaque année, en cette période, j’embauche 3 à 4 aide-ménagères pour la vente de mes sachets d’eau. Cependant, je ne dirai pas que c’est une bonne chose mais il faut le reconnaitre, nous les vendeurs d’eau profitons énormément de cette période pour augmenter notre chiffre d’affaire même si souvent ces coupures nous pose d’énormes problèmes. Tout le monde veut acheter de l’eau bien fraiche ou glacée ».

Modibo Traoré, soudeur 

« Ces coupures d’électricité, que nous subissons tous les jours, sont dus à la mauvaise gestion au niveau de l’EDM. Avec ces coupures, je perds assez de commandes. Les clients se plaignent du retard, même si j’évoque le  problème de coupure. La coupure d’électricité me pose énormément de problème, car sans l’électricité, pas de travail et pas d’argent,  or j’ai ma famille à nourrir ».

Pap Sylla, électricien 

« C’est difficile pour nous de comprendre qu’avec les barrages de Sélingué et Manantali, il y ait encore toutes ces coupures au Mali. Comment comprendre que la Côte d’Ivoire nous fournit de l’électricité en plus de ce que nous avons sur place, et nous sommes toujours confrontés aux coupures intempestives d’électricité. Il est grand temps qu’EDM pense à satisfaire les besoins de la population en électricité ou bien de laisser la place à une autre société pour que nous puissions vivre en paix, parce qu’on est fatigué de ces coupures ».

Kemoko diarra, vendeur de groupe électrogène

« Le principal avantage pour nous est qu’on vend plus pendant cette période. Avec ces coupures, beaucoup de personnes  achètent les groupes électrogènes afin d’éviter des pertes. Il s’agit notamment des cybers cafés, des soudeurs, des tailleurs, des banques et des sociétés qui fonctionnent à 90% d’électricité. Mais aussi certaines familles aisées en achètent. Grace à cela, je gagne énormément ».

Fatoumata Koita

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