Gouvernement Boubou CISSE : Les attentes des politiques, syndicats et OSC

Par décret présidentiel, l’ancien ministre en charge de l’économie et des finances, Dr Boubou Cissé a été nommé Premier ministre, le dimanche 21 avril 2019, en remplacement de Soumeylou Boubèye Maïga. Hommes politiques, syndicats et acteurs de la société civile apprécient la nomination de celui qui est qualifié de Technocrate et économiste chevronné.

Abdoulaye dit Allaye Koita, homme politique

«Qu’il sache donner l’impulsion d’une réconciliation nationale »          
« Je présente mes félicitations et beaucoup plus mes encouragements au nouveau Premier ministre, parce que ce ne sera pas une mince affaire. C’est un homme très sérieux, très travailleur et qui a le sens de la responsabilité. La tâche ne sera pas du tout facile parce que ce n’est pas seulement la compétence et l’esprit de responsabilité qui comptent. Il y a également le fait d’évoluer dans un système qui vous permette de mettre à profit cette compétence et cette responsabilité. Hors, le système actuel est très difficile comme cadre d’évolution pour lui. Mais enfin, je suppose qu’il saura s’adapter. Quels que soient le gouvernement et la compétence de ses membres, si le système lui-même ne s’engage pas dans une voie originale pour résoudre nos problèmes, je crains fort que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets.

C’est donc pourquoi la première attente des hommes politiques comme nous, c’est d’abord qu’il sache donner l’impulsion d’une réconciliation nationale. Il est inutile de dire que quand la pluie vous bat, vous n’avez pas le droit de vous battre. Si notre Etat est devenu fragile, si nos frontières sont devenues poreuses, c’est moins parce que nous n’avons pas les compétences, que parce que nous ne nous entendons pas sur la manière de gérer nos compétences, nos forces, nos faiblesses et nos ressources. Je pense que c’est un problème de gouvernance qui est posé et qu’il y a un besoin nécessaire que tous les fils et filles du pays se tiennent la main et qu’ensemble, on repousse l’adversaire, l’ennemi n°1 qui est le terrorisme hors de nos frontières ».

Belco Bah, député UM-RDA

« Un choix de sérénité et de confiance »
« Je pense qu’il faut restituer cette nomination dans le contexte actuel, marqué par une crise sécuritaire et une fronde sociale sans précédent. Il faut des hommes d’expérience qui vont aller au charbon pour faire avancer le pays en tenant compte de tous les Maliens. Il y a lieu de restaurer la confiance que le contexte sécuritaire a quelque peu effrité entre les Maliens. C’est au regard du parcours de Dr Boubou Cissé, de son expérience de ministre, et de son passage à la Banque mondiale que le président IBK a porté son choix sur lui. C’est un choix que nous sommes prêts à soutenir pour que le reste du mandat du chef de l’Etat soit couronné de succès.

Le défi du nouveau gouvernement est de stabiliser le pays sur le plan de la sécurité, de la fronde sociale et de poursuivre l’œuvre de développement. Le Premier ministre a un background assez solide qui va l’aider à relever également le défi économique. Concernant les domaines sociaux de base comme la santé et l’éducation, deux branches de la social-démocratie que nous défendons, Boubou Cissé a les atouts nécessaires. Tout le monde le considère comme quelqu’un de pondéré et qui a de la poigne. Nous attendons que ce gouvernement se jette à l’eau et produise des résultats. Il n’est plus question de tâtonner parce que le peuple attend des résultats concrets.»

Dramane Coulibaly, acteur de la société civile

« Vivement qu’il puisse être l’homme de la situation »
« Nous nous gardons de juger les hommes avant de les voir à l’œuvre. Nous considérons que le président IBK a pris toute la mesure de la situation que connaît notre pays, en choisissant son homme. Tout ce que nous pouvons lui souhaiter est qu’il puisse être à la hauteur des attentes du peuple malien. Nous l’attendons sur les chantiers de la sécurité, de l’emploi des jeunes, de la santé, etc. Qu’il puisse mettre le peuple malien au travail et insuffler un nouveau dynamisme à l’économie malienne. Et qu’il travaille surtout à la cohésion sociale.»

Kalifa Koné, syndicaliste

« Nous sommes habitués à ce jeu de chaises »         
« En tant que personne physique, je ne vois pas en quoi mon avis pourrait revêtir un intérêt particulier. Par contre, en tant qu’élément faisant partie d’un système depuis des dizaines d’années, et donc ayant déjà agi au nom de ce système, et encore remis en jeu par le même système, c’est cela qui m’invite davantage à un renouvellement accru de vigilance. Et c’est pendant sa gestion du ministère en charge de l’économie et des finances que la crise scolaire s’est aggravée avec la retenue sur salaire des grévistes. De ce qui précède, la démission et la nomination d’un Premier ministre, n’est pas un évènement, d’autant que nous sommes habitués à ce jeu de chaises et par conséquent, sachons aller au-delà de l’émotionnel.

Ce qui serait un évènement, c’est un Premier ministre qui pourrait faire fi des intérêts d’un système qui l’envoie en mission et servir ceux de son peuple. Ce qui ressemblerait à un rêve, et je ne souhaite pas me réserver un réveil douloureux, ne serait-ce qu’en osant somnoler. En tant que missionnaire d’un système, j’ignore évidemment les qualités et critères qui ont prévalu à son choix, encore moins de sa lettre de mission. Donc, ce serait prétentieux de ma part de m’engager dans de telles appréciations. Par contre, il y a des préoccupations qui sont sur la table du gouvernement qui l’attendent au nom de la continuité de l’Etat.»

Dr Modibo Soumare, Président de l’URP

« Une occasion pour le chef de l’Etat de rectifier le tir »  « Ce choix n’est pas totalement surprenant comme en 2014 où il avait déjoué tous les pronostics en nommant Moussa Mara. Contrairement à ce dernier, Dr Boubou Cissé n’est pas politique. Il arrive dans un contexte particulier et il aura fort à faire pour sortir le pays de la situation dans laquelle il se trouve. Depuis 2014, les Maliens attendent une rupture dans la gouvernance du pays et cela s’entend dans les différents aspects. Les hommes qui auront la charge de conduire les affaires doivent être des gens au-dessus de la mêlée, dont la compétence est avérée et à la hauteur des responsabilités qui leur seront confiées.

Il faut revoir la gouvernance sous ses différents aspects, à savoir la gouvernance politique, administrative, socio-économique et sécuritaire, sans oublier la corruption contre laquelle il va falloir sévir. C’est ainsi que le régime pourra redonner espoir au peuple malien. Ce serait donc l’occasion pour le chef de l’Etat de rectifier le tir en privilégiant cette fois-ci d’autres critères que les liens d’amitié et de proximité que lui reprochaient certaines opinions. Il faut qu’il se débarrasse de certains amis qui commençaient à paraitre plus ou moins gênants».

Propos recueillis par Paul Y. N’GUESSAN

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