Mali : IBK répond à la colère du peuple

Le président  Ibrahim Boubacar Kéita s’est adressé à la nation, mardi 16 avril au soir. L’allocution d’une vingtaine de minutes a été diffusée sur la télévision nationale, ORTM. Dans son adresse, le chef de l’État a parlé « de nos angoisses, de nos projets, de nos aspirations, de nos problèmes mais aussi et surtout de nos solutions».

 »J’ai entendu toutes les colères, décodé tous les signaux, compris tous les messages remontant » d’un pays, introduit Ibrahim Boubacar Kéita. Parmi ces préoccupations : la situation sécuritaire, qui malgré des efforts, reste un défi majeur qu’il faut relever, concède Ibrahim Boubacar Kéita qui semble avoir pris la mesure de la gravité de l’insécurité.  »Que tout le monde prenne sa part dans cette œuvre : l’Etat malien, ses partenaires ainsi que les groupes signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation ! Plus loin, « IBK » prévient : « chaque seconde perdue pour la paix est gagnée par la guerre ! »

 »Les événements qui se déroulent au Centre de notre pays ont atteint une dimension inacceptable qui nous interpelle tous. Les mesures nécessaires ont été prises au niveau du Gouvernement pour que des contingents supplémentaires des forces armées et de sécurité soient déployés sur le terrain », informe le président Kéita, qui a été, himself face à l’indicible à Ogossagou.

Toujours selon le président malien, les partenaires internationaux – la MINUSMA et Barkhane – sont, eux aussi, engagés dans la sécurisation accrue des populations. Dans le même temps, le programme de désarmement et d’intégration des éléments armés qui ont fait le choix de renoncer à la violence, se poursuit au Centre. Selon le responsable de ce dispositif, le capitaine Oumar Dicko, à part les travaux de sécurisation du camp devant abriter les combattants, tout est fin prêt. Le programme concerne quelques 1600 combattants.  8000 combattants ont été enregistrés, avec des armes de guerre, des fusils de chasse et des munitions.

Au plan social, le président promet un fonds d’intervention d’un milliard de francs CFA,  »en faveur de nos compatriotes qui du fait de l’insécurité se trouvent aujourd’hui dans une détresse extrême. »

Sur les instructions du président , il est prévu également  un glissement de crédits de douze milliards de francs CFA vers les services sociaux de base dans le cadre du Plan de Sécurisation Intégré des Régions du Centre (PSRIC). Jusque-là les efforts du gouvernement ont porté sur des solutions militaires, une impasse que les Observateurs de la région n’ont cessé de dénoncer.

En plus de ces mesures  »concrètes » Le chef de l’Etat promet de sévira avec la même rigueur ‘’contre toutes les milices’’, tous les fauteurs de guerre ». Selon le chef de l’État, les violences intercommunautaires ne peuvent pas s’ajouter à l’insécurité entretenue par les pseudo djihadistes.

Message à la jeunesse

 »Il nous faut aider notre jeunesse, souvent en perdition, à sortir des chemins de pensée archaïque, des mimétismes politiciens stériles, des impasses des responsabilités malencontreusement assumées ou revendiquées », prêche  » Boua »(papa en bambara), surnom donné au président par les jeunes maliens. Ces derniers sont le fer de lance de la contestation contre le gouvernement.

Par ailleurs IBK, estime qu’il faut conduire cette jeunesse là sur les chemins d’un avenir viable dans un monde où les découvertes et les connaissances de tous ordres explosent et dont elle a besoin de connaître les clés pour y vivre dignement. Dans le même registre, empreint d’ironie le président entonne :  »Il nous faut aider notre jeunesse à retrouver le sens du sentiment national authentique et non simplement à en rechercher le vernis politique. »

Toutefois, Ibrahim Boubacar Kéita reconnaît le rôle de la jeunesse dans la prévention des conflits intercommunautaires.  »Nous devons faire attention et écouter, dans leur sagesse, nos enfants, stylistes ou musiciens préoccupés par le recul de la convivialité, eux qui nous rappellent, dans le slogan devenu populaire que nous sommes « même père, même mère », alerte IBK qui appelle à retourner aux pactes, aux valeurs, revenir à ce que le Mali a été et demeure.

Sur la crise scolaire

Depuis plusieurs semaines les écoles sont fermées au Mali- à cause des grèves récurrentes des enseignants, réclamant de meilleures conditions de vie et de travail. Toutes les démarches engagées n’ont abouti à aplanir les points de divergence entre les syndicats et le gouvernement. Trois points d’achoppement bloquent encore les négociations.

Pour le gouvernement, les revendications ne sont pas soutenables du point de vue financier. ‘Les moyens à mobiliser pour l’école, apprenants comme enseignants sont lourds, très lourds. Ils sont généralement au- dessus des capacités financières de l’Etat et des enseignants, même si ce secteur mérite tous les égards de la nation, tous les sacrifices possibles », reprend IBK dans la même suite que les ministres en charge du dossier, qui étaient face aux élus de la Nation, quelques jours plutôt.

 »J’ai instruit au gouvernement de trouver alors un point d’équilibre, un terrain d’entente via une négociation intelligente, et ce dans le respect mutuel, dans les limites bien comprises de ce que l’Etat peut consentir tout de suite et ce qu’il ne peut que plus tard », poursuit-il . Et d’ajouter qu’il n’est pas question de laisser l’enseignant être le parent pauvre du développement de la nation.  »Les salaires des enseignants grévistes seront débloqués : je m’y suis engagé et ce sera fait Inchallah », a réaffirmé le président. Les grévistes conditionnent la reprise des négociations au déblocage de leurs salaires. Depuis le 15 avril, ils ont entamé une nouvelle grève de 23 jours.

Révision constitutionnelle

Face au rejet de l’avant-projet de révision constitutionnelle par l’opposition, le président Ibrahim Boubacar Kéita envisage une concertation nationale pour aplanir les divergences.  »J’ai apprécié au plus haut point les échanges et les contributions qui m’ont apporté des éclairages utiles, commence IBK qui dit ne pas ignorer le fait que parmi les représentants des forces politiques et sociales rencontrés la semaine dernière figurent des interlocuteurs qui, animés de raisons positives, ont souhaité que se poursuive et s’approfondisse le débat autour des évolutions prises en charge par la révision constitutionnelle. Cela afin de renforcer le consensus populaire autour de la future loi fondamentale.

 »Mon souhait n’est pas non plus de mettre à la marge d’une entreprise aussi importante pour l’avenir de notre pays les formations politiques et les associations qui souhaitent l’organisation d’un débat national en préalable de la tenue d’un Référendum, précise le président qui en est à sa deuxième tentative. Pour la réussite de la réforme le président a décidé de confier à un  »triumvirat la tâche de diriger un cadre de concertation nationale regroupant du 23 au 28 avril 2019 les représentants de toutes les forces politiques et sociales de notre pays. »

Les remarques et propositions issues des travaux de ce cadre de concertation seront prises en compte dans l’avant-projet de loi portant révision de la Constitution du 25 février 1992, rassure IBK.Le projet aura pour but d’évaluer les forces et les faiblesses de notre démocratie, de notre vécu institutionnel d’une part, et de cerner d’autre part, les opportunités et les menaces du chemin, affirme Ibrahim Boubacar Kéita.

Tous les enseignements des processus participatifs initiés dans notre parcours immédiat seront tirés : des concertations régionales et nationales, forum politique- qui ont accompagné les premiers pas de la démocratie malienne, aux Etats généraux de la Décentralisation, aux Assises du Nord, aux Assises nationales organisées sous notre magistère, en passant par le Forum national sur l’Ecole, le Forum sur la lutte contre la Corruption, sous la deuxième décennie de la IIIè République, énumère le président qui souhaite qu’ensemble opposition, majorité, sociétés civiles, nous nous donnions-nous la main pour boucher les trous de la jarre, la jarre ne pouvant avoir pour vocation que d’étancher la soif collective. Or la soif du pays est grande ; soif de paix, soif de décentralisation effective, soif de développement, soif de reconquérir sa place dans le concert des nations, soif d’être de nouveau un centre de rayonnement et d’influence.

Le président conclut :  »Ce qu’il nous faut, c’est un format qui ne laisse personne sur le quai, qui rassemble les segments les plus divers de notre société. Ce qu’il nous faut, c’est un consensus solide pour notre avenir politique, institutionnel, social, je devrais dire sociétal. » Sur les appels à la démission de son Premier ministre Soumeylou Boubèye Maiga, Ibrahim Boubacar Kéita est resté muet.

Aly Bocoum

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