Mali : une semaine décisive

Tous les observateurs de la scène politique malienne, des piètres auto-proclamés aux plus nantis, annoncent cette semaine comme décisive dans la vie de la nation. Les acteurs politiques, de l’opposition comme de la majorité, prédisent un dénouement de la grogne anti-Soumeylou Boubeye Maiga. La frange de la société civile conduite par le duo Mahamoud Dicko-Bouyé Haidara, à la base de la fronde ouverte contre l’actuel Premier ministre, crie déjà victoire. Les familles fondatrices et notabilités de Bamako, reçues à deux reprises en moins d’une semaine par le chef de l’Etat, se targuent_sans crier gare_ d’avoir été à la base de l’apaisement tant attendue qui s’annonce. Bref, en cernant la situation qui prévaut actuellement au Mali sous l’angle de la communication sociologique et politique, l’on serait tenté d’affirmer que l’opinion a été préparée au départ du Premier ministre.

Au-delà de tout ce qui précède, qu’en-est-il réellement ?

Les derniers évènements, dans leur succession chronologique, apportent quelques éléments de réponse et de réflexion. Les faits, pour une fois, apportent plus d’éclaircissements que les mots et les interprétations. Premier élément d’analyse : le Président, à la demande des familles fondatrices et notabilités, cède à une revendication_la plus subjective_des enseignants : le déblocage des salaires retenus légalement. Ce faisant, il remet en question la posture rigoriste adoptée jusque-là par son gouvernement. C’était le contraire avec la grève des magistrats. Les contextes varient certes, mais la notion de principe reste la même. La réalité politique ici est que, si le Président gagne en capital de sympathie en se faisant passer par un homme d’écoute et de consensus, le gouvernement perd en crédibilité pour avoir été lâché par le président.

Deuxième élément d’analyse : l’adresse à la nation du Président. Annoncée pour hier, l’exercice a été reporté à ce mardi. Une énième promesse du Président à l’endroit des notabilités de Bamako qui s’étaient, sous d’autres cieux, engagés auprès des partisans de la fronde contre le Premier ministre à intervenir afin que leur objectif recherché soit atteint sans les mouvements sociaux dans la rue. Cette prise de parole, logiquement, ne devrait intervenir qu’en réponse objective à la grogne sociale qui s’est amplifiée autour du départ du Premier ministre. Pis, toute déclaration contraire ne ferait qu’attiser les tensions car le Chef de l’Etat a manqué le moment de s’adresser à la nation et de calmer les ardeurs. La contestation a pris une nouvelle tournure. Ses marges de protection de son Premier ministre, contre vents et marrées, sont désormais réduites. Au risque de ne compromettre le processus de réformes institutionnelles en perspective, le président IBK est dans l’obligation de démettre le gouvernement. Le temps est on ne peut plus favorable pour ce faire. Les ingrédients sont-ils réunis ?

Troisième élément d’analyse : la motion de censure. Portée par l’opposition et soutenue par la majorité présidentielle, cette motion de censure fera plus de mal au Président IBK qu’au Premier ministre Soumeylou Boubeye Maiga. Une première dans l’histoire politique du Mali et certainement l’ouverture d’une boite de pandore dont il devra consacrer le reste de son mandat à fermer. Malgré les tentatives de mise en échec et menaces, la motion de censure est annoncée pour cette semaine (dépôt mercredi et vote probablement vendredi). Entre cet affront de sa propre base politique, qui vient donner une légitimité sans conteste à une fronde que le Premier ministre a voulu faire passer comme une tentative de déstabilisation d’adversaires politiques non fair-play, et la possibilité de redonner un nouveau souffle à sa gouvernance par le biais d’un gouvernement d’ouverture…le Président IBK devra faire un choix. Wait and see !

A ces trois éléments de réflexion, s’ajoutent trois faits anodins qui pourraient justifier la fin d’une époque cette semaine. Le premier est le conseil de cabinet de ce lundi. Une rencontre classique qui se fait régulièrement, mais dont l’annonce en grande pompe a cristallisé toutes les actions. Plusieurs sources, sans convaincre, indiquent une réunion aux allures ‘’d’au revoir’’. Toutefois, le communiqué posté sur la page officielle de la primature, léger tant dans sa forme que son contenu, présage à n’en point douter d’un effet de relâchement. Les recommandations annoncées, ou du moins le contenu du communiqué, mettent en question l’opportunité de son effectivité. Autre fait, les sources indiquent ces dernières heures plusieurs huis clos entre le Chef de l’Etat et son Premier ministre. Et enfin, l’atmosphère qui prévaut dans les différents états-majors politiques et départements ministériels donnent l’impression que les dés sont jetés. Les jours à venir nous en diront plus.

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