Crise scolaire : Les syndicats au stade « du non-retour » ?

Au moment où le spectre de l’année blanche plane sur l’école malienne, le gouvernement Boubou Cissé a décidé de prendre le taureau par les cornes afin de trouver une solution définitive à cette crise. Et pour joindre l’acte à leur vision, le Premier ministre Cissé et les acteurs de l’école se sont réunis à la Primature, pour engager la réflexion, malgré le boycott des centrales syndicales. Le Premier ministre, Dr Boubou Cissé, à l’entame de ses propos, a remercié l’ensemble des participants pour avoir répondus à son appel afin de trouver des solutions pertinentes pour sauver de l’école malienne.

Dans sa déclaration introductive, il fera appel aux ressorts culturels de la nation malienne et à la conscience collective de l’ensemble des acteurs. « Je pense que chacun ici est conscient que notre pays, notre cher Mali, traverse une zone de turbulence. C’est une période pendant laquelle certains faits et gestes pourraient faire douter de la solidité du Mali en tant qu’Etat, même en tant qu’Etat-Nation. C’est un doute que nous devons chasser, en puisant dans le fond de nous-mêmes, pour faire vibrer le sentiment d’appartenance au Mali, ce sens patriotique qui a permis à nos ancêtres de créer l’empire du Mali, au Père de l’indépendance de nous délivrer de l’emprise du colonialisme et d’acquérir notre indépendance, et aujourd’hui à nos vaillants soldats de protéger l’intégrité de notre territoire au risque de leurs vies » a déclaré le Premier Ministre.

Le chef du gouvernement poursuit en ces termes : « chacun ici sait que ce qui est important ce n’est pas de sauver l’année scolaire mais bien de sauver l’école malienne. Mais il est difficile de sauver l’école malienne s’il n’y a pas d’écoles. Donc il est important de permettre à nos enfants de reprendre le chemin de l’école pour que la discussion sur l’impulsion du système éducatif et le sauvetage de l’école malienne s’articulent sur le réel ». L’importante rencontre décidée par le premier Conseil des ministres, qui était prévue pour le samedi 11 mai 2019 et devait regrouper tous les acteurs de l’école afin de trouver les solutions aux maux qui l’assaillent et sauver l’année scolaire 2018-2019, a donc été reportée. Motif : les syndicats des enseignants ont conditionné leur participation à la satisfaction de leurs revendications. Un baptême de feu non réussi pour le nouveau ministre de l’Education nationale, le Dr Témoré Tioulenta, dont le 1er défi est de sauver l’année scolaire en cours.

En effet, lors du Conseil des ministres inaugural du nouveau gouvernement, il a été décidé d’organiser le samedi 11 mai 2019, une grande rencontre avec tous les acteurs de l’éducation, à savoir : les syndicats d’enseignants, les parents d’élèves, l’AMSUNEM, l’AEEM, les chefs coutumières, leaders religieux, et les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale. Cette rencontre était placée sous le patronage du Médiateur de la République. Mais hélas, la panacée devant aboutir à guérir l’école malienne de son long coma est apparue très amer pour les responsables des syndicats de l’éducation, au point qu’ils ont refusé de le boire pour ne pas apporter leur caution à cette rencontre. En tout cas, le tout nouveau ministre de l’Education nationale, le Dr Témoré Tioulenta, vient de rater sa toute première sortie. Un signe annonciateur !

Selon le porte-parole des Syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016, Adama Fomba, le format proposé par le gouvernement n’était pas approprié pour discuter de revendications déjà connues de tous, à savoir la satisfaction de leurs trois points de doléances portant sur la prime de logement, la relecture du Décret 529 du 21 juin 2013 portant allocation d’indemnités au personnel chargé des examens et concours professionnels en ses articles 1, 2, et 3 et l’accès des enseignants fonctionnaires des collectivités aux services centraux. Dans l’opinion, l’hypothèse d’une année blanche est déjà intégrée. Au regard de cette grève qui paralyse le monde scolaire, on est en droit de nourrir des craintes quant au respect des 36 semaines requises pour que l’année scolaire soit validée. Pire, les inquiétudes sont d’autant plus fondées, si l’on sait que le Mali fait partie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui est régie par le principe d’harmonisation des examens de fin d’année, notamment le Baccalauréat.

Le Gouvernement qui comptait sur l’engagement, l’esprit patriotique et les propositions pertinentes de toutes les parties prenantes invitées à la rencontre de ce samedi afin de sauver l’année scolaire et l’école malienne, n’a plus que ses yeux pour constater que le patriotisme a bien foutu le camp, il y a bien longtemps de cela. Le premier test grandeur du Premier ministre Boubou et de son ministre de l’éducation pour sauver l’école malienne, a été qu’un mirage. Il leur faudra trouver d’autres solutions plus flexibles pour arriver à réunir tous les protagonistes de la crise malienne sur la même table. D’ici là, force est de constater que la position radicale des syndicats risque de porter un discrédit sur leurs revendications.

Paul Y. N’GUESSAN

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