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Mali : Quand la surenchère devient la règle

La tourmente actuelle malienne semble être le terreau fertile à plusieurs types d’acteurs, qui à coup de déclarations, teintées parfois d’intimidation, tentent de faire entendre leur voix dans, ce qu’il convient d’appeler, l’impasse malienne. S’agit-il toujours d’une prise de parole dans l’intérêt du Mali? Ils sont de tous les secteurs. Ils prennent la parole quand bon leur semble et analyse à leur façon la situation politique, sociale, économique, militaire et sécuritaire de notre pays. Au fil des années, ils sont passés des discussions de quartier, aux radios, de la radio à la presse écrite, de la presse écrite aux réseaux sociaux.

L’effet amplificateur de ces réseaux fait voir sous un autre jour ces analystes de seconde zone qui, à la faveur de la notoriété du nombre de « vu » et de « like », veulent en imposer aux représentants légitimes des peuples. La liberté d’expression, plus qu’une excuse, est l’argument nourricier des prises de parole à tout va. Elle est garante de la vivacité de notre démocratie et reste, malheureusement, le refuge de bien des égarements d’hommes et de femmes politiques, de la société civile ou d’activistes de toutes les heures. Le propos n’est pas de pointer du doigt les dérives. Il s’agit surtout de comprendre le processus qui mène l’individu (au sens philosophique du terme) à surenchérir avec les Institutions de la République.

On ne citera pas le cas de la récente pensionnaire de la prison pour femmes de Bollé, Djenè Sogodogo, qui se serait rendue coupable d’injures sur la personne du Président de la République, la première institution du Mali. Mais, il nous tarde de nous intéresser au cas du journaliste/activiste Abdoul Niang, qui menaçait de rejoindre l’opposition, si le Président IBK faisait le choix du Dr Treta comme Premier ministre. Ou de cet autre animateur de radio qui menaçait de rejoindre l’opposition si le ministre Amadou Koita avait été débarqué du gouvernement. Idem des déclarations d’activistes pro-Soumaila Cisse qui, sur la base d’un  communiqué très tendancieux du parti URD, mettaient en cause le choix du Docteur Boubou Cisse comme Premier ministre pour la simple raison qu’ils (opposition) n’avaient pas été consultés par le Président.

Plus loin, les politiques de tout acabit, de l’opposition comme de la majorité, ont aussi tendance à faire montre d’une surenchère. Si ce ne sont pas les cadres du RPM ou de la majorité qui crient à la trahison, après chaque attelage, estimant avoir porté le Président de la République ; ce sont les acteurs de l’opposition, perdants de l’élection et contre-pouvoirs naturels dans toute démocratie digne de ce nom, qui exigent à ce qu’ils soient impliqués ou intéressés dans la gestion des affaires.

Que dire de la position ambigüe du président du Conseil national du patronat qui, par le biais d’une communication propagandiste, avait enfilé le costume de superman en matière de lutte contre la corruption, suscitant un grand espoir auprès des citoyens, avant de se le faire enlever à sa propre demande. La liste des fonctionnaires les plus corrompus qu’il s’était promis de dévoiler est finalement restée dans les tiroirs, au motif d’une médiation menée par des relais traditionnels qui, sans le savoir réellement, ont donné l’impression d’être plus intéressés par des intérêts personnels que les véritables défis de la société, dont ils sont les garants.

Toutes ces sorties, tant sur les réseaux sociaux que dans la presse, ainsi que les agissements des uns et des autres sont la parfaite illustration de la surenchère qui s’installe dans notre pays. Il faut que chacun revienne à ce qu’il est, ce qu’il vaut et ce qu’il représente réellement. Que chacun reste dans ses prérogatives, tout en acquittant de ses devoirs. Le rôle du Président est de gouverner, librement et en toute conscience. Il reviendra au peuple qui l’a élu de le juger. La vocation de l’opposition républicaine est de contrôler l’action gouvernementale, dans un débat contradictoire et en toute objectivité.

La mission des journalistes est d’informer dans les règles éthiques et déontologiques. Les activistes se doivent d’alerter et de dénoncer, sans tomber dans la démagogie. La société civile, dans toute sa composante, doit se limiter à un rôle de contrôle citoyen, tout en travaillant à un changement de mentalité et de comportement positif au sein de notre société en pleine dérive. Bref, chacun doit balayer devant sa propre porte : ne serait-ce qu’un temps d’observation et de comparaison, pour faire le choix entre ce que nous voulons et ce que nous devons faire.

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