Notre ministre de la semaine : Dr Temoré TIOULENTA

Dans tous les départements ministériels, il y a des cadres qui tirent toujours les ficelles. Ils font la pluie et le beau temps, influencent les choix, orientent souvent dans leurs propres intérêts les décisions et jouissent de la bénédiction des premiers responsables. Ils tiennent les agents, leur dictent la loi et les manipulent à leur guise. Dans la plupart des cas, ils détiennent les rênes financières, entretiennent les syndicats ou maitrisent mieux que quiconque les rouages du service. Quand un cadre de ce genre enfile, en plus, un costume de politique…il devient tout simplement intouchable. Au ministère de l’éducation nationale, Dr Temoré TIOULENTA a tout l’air de ce genre de cadre.

Du haut de ses 41 années de carrière professionnelle, dont seulement 5 en dehors du système éducatif avec son mandat de député (2007-2013), l’homme affiche à la fois sérénité et technicité. A sa nomination, il a été taxé par bon nombre d’observateurs d’homme ‘’dépassé’’ ou comme un cadre de ‘’la vieille école’’. Pour remettre en cause son choix, certains activistes n’ont pas hésité à réchauffer le plat du manuel sur l’éducation sexuelle complète dont il était porteur en qualité de directeur national de la pédagogie, un poste stratégique et très juteux qu’il occupe depuis 2016. Ce qui avait été affiché par d’aucuns comme handicap de l’homme se révèle aujourd’hui comme son plus grand atout.

La reprise des cours ce lundi, après une longue période d’instabilité, est d’abord et avant tout la conséquence d’un choix, celui du Dr Temore TIOULENTA à la tête du ministère de l’éducation, ensuite le fruit d’une approche, basée sur le pragmatisme, et enfin un retour d’ascenseur entre des acteurs qui partagent bien de combats. Les syndicats d’enseignants, contrairement à ce qu’ils tentent de faire croire, n’ont rien obtenu de plus que ce qui leur avait été promis. La posture du ‘’tout ou rien’’, adoptée à la suite du bombardement comme Premier ministre de celui qu’il considérait comme la base de leurs problèmes, a vite laissé la place à un climat d’ouverture et de compromis. Pourquoi ?

Les syndicats, pour l’une des rares fois dans l’histoire de notre système éducatif, sont restés soudés. Les tentatives pour essouffler leur mouvement et les diviser n’ont pas manqué. Elles sont restées vaines, tant la détermination d’aller au bout était partagée. Leur finalité était justement d’aller vers une année blanche, pour mettre la pression sur le gouvernement et discréditer leurs interlocuteurs (les deux ministres sortants en charge de l’éducation et du travail). Mais, fort heureusement, le départ de ceux-ci et l’arrivée d’un autochtone a changé la donne. La proximité entre les syndicats et le docteur Temoré TIOULENTA ne date pas d’aujourd’hui. Ils le connaissent. Cela a beaucoup joué.

Au-delà, ce qui vaut au docteur TIOULENTA notre coup de cœur de la semaine, le plus important reste l’approche et la posture adoptées. L’homme avait déclaré qu’il n’y aura pas d’année blanche et que l’année sera sauvée avec ou sans les syndicats. En brandissant l’hypothèse de la tenue d’examens « avec tous ceux qui peuvent apporter des contributions », l’homme a démontré qu’il avait déjà un plan et qu’au pire des cas, l’année sera validée. Cette alternative d’une année sauvée sans les enseignants aurait eu d’énormes préjudices sur la crédibilité des enseignants grévistes. Ils l’ont compris.

Les problèmes, dans un pays comme le Mali, se poseront de manière crescendo. Les défis auxquels le gouvernement devra faire face se présenteront avec acuité, compte tenu de la situation conjoncturelle nationale et mondiale. A défaut de les résoudre, nous attendons des gouvernants des alternatives. Bravo à monsieur le ministre de l’éducation nationale et à l’ensemble des acteurs de l’école. Maintenant, une précision de taille : c’est le mot d’ordre de grève des syndicats d’enseignants qui est sauvé. NON l’année scolaire. NON le système éducatif. NON l’école malienne. Le plus dur, pour le ministre TIOULENTA, doit commencer maintenant.

La réalité hivernale impose un nouveau calendrier scolaire. La préservation des acquis obtenus lors de la commission de conciliation, tenue les 13, 14, 15, 17 et 18 mai 2019, nécessite le respect des engagements pris par l’Etat et la poursuite du dialogue social. Les jalons pour la construction d’une nouvelle école, fondée sur les erreurs du passé et nos ambitions de développement, doivent être posés maintenant. Les apprenants ont droit à une formation de qualité. Mais avant, il faudrait d’abord former leurs enseignants incapables de rédiger une déclaration sans commettre des ‘’crimes grammaticales et orthographiques’’. Vivement l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants !

Fousseyni MAIGA

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