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Année scolaire 2019-2020 : Les périls d’un forcing politique

Il faut coûte que coûte sauver l’année scolaire 2019-2020. Telle est l’équation que le ministère de l’Education nationale, soutenu dans cet élan patriotique par les autorités maliennes, est condamné à résoudre pour éviter à notre pays une «année blanche» qui aura certainement de lourdes conséquences sur l’école malienne et auprès des partenaires techniques et financiers.

En effet, selon l’UNICEF, il est attendu, pour cette année des partenaires de l’école malienne, un besoin d’investissement d’environ 25 197 280 000 FCFA (soit 41 978 700 de dollars) pour venir en appui à l’effort national qui est estimé à 287 175 795 000 de FCFA, inscrits dans le budget 2019. Au regard de ces efforts gigantesques et un besoin large de financement, non encore satisfait à souhait comme l’estime l’UNICEF,  «l’école malienne se trouve en difficulté, Il faut chercher des solutions pour sauver l’année scolaire», a déclaré le Premier ministre, Dr Boubou Cissé, lors de la rencontre de négociation avec le collectif des syndicats signataires du 15 octobre 2016, ayant abouti à la levée du mot d’ordre de grève qui laissait planer jusque-là le spectre d’une « année blanche ».

Ayant retrouvé le chemin de l’école, après plus de cinq mois de grève, la nécessité pour le gouvernement et les syndicats de l’éducation de sauver l’année scolaire est plus qu’urgente. L’indispensabilité de s’y prendre avec méthode et précaution l’était aussi pour que, l’objectif ultime chanté en chœur : «sauver l’année scolaire 2019-2020», n’aie une lourde conséquence qui pourrait impacter négativement le niveau des élèves et apprenants. La preuve, les écoles publiques du fondamental et du secondaire ont à peine étudié pendant 3 mois sur une année scolaire normale de 9 mois, conformément au calendrier académique.

«Nous sommes vraiment en retard cette année. 1/4 du programme est loin d’être épuisé, et il nous sera très difficile de préparer les enfants à une évaluation correcte et juste sans accélérer les pas, qu’on sait très bien au détriment des élèves », reconnaît Adama Berthé, directeur de l’école fondamentale publique de Sokorodji. Pour sauver une année étant confrontée à des exigences qui échappent au seul contrôle du Mali, la donne est encore plus inquiétante. Quand on sait que l’école malienne vit une situation compromettante, à un même moment où des examens comme le baccalauréat s’inscrit dans une logique de conformité à un nombre d’heures fixées dans l’espace communautaire UEMOA et dont chaque pays dans l’espace UEMOA se doit de respecter.

Sur ce point, « le sauveteur de l’école malienne», Dr Temoré Tioulenta, ministre de l’Education nationale rassure : « au niveau international, il y a un nombre d’heures qui doivent être dispensées à un élève pour que l’examen qu’il passe, puisse être validé. Le schéma dans lequel nous seront va respecter cela ». Toutefois, cette garantie donnée par Dr Temoré Tioulenta est loin de rassurer à l’unanimité les acteurs du monde scolaire. Abdrahamane M. Touré, enseignant à l’école technique de Bamako, reste tout de même sceptique. « Avec moins de 3 mois de cours, la logique de sauver l’année, sans incident, doit être écartée » se convainc-t-il.

S’il faut réserver des doutes sur l’effectivité des cours ou le rattrapage du nombre d’heures pour laisser planer toujours le doute d’une année blanche qui n’arrange pas les élèves ni les parents, encore moins le gouvernement et ses partenaires, faut-il aussi jeter tout de même l’enfant avec l’eau du bain sale?  Al Mahmoud Ben Haidara, promoteur de lycée privé à Faladiè Socoura, n’approuve pas l’idée d’une année blanche qui pourrait à son avis: « amener à faire perdre gratuitement une année académique à des élèves innocents et victimes d’une situation. Mieux vaut avoir une année tronquée qu’une année de retard », tranche le promoteur de lycée.

Si les parents d’élèves, dans ce jeu d’incertitude, traversent une situation angoissante, les élèves et le gouvernement risquent gros quoi qui advienne dans cette crise scolaire. En tout état de cause, s’amuser à conduire une année sévèrement bâclée pourrait amener à faire une génération académiquement déficitaire. Voilà pourquoi, face à cette situation ambiguë, en lieu et place d’une solution politiquement tronquée dont personne ne sait l’issue, il serait plutôt sage d’opter pour une résolution académiquement juste et acceptable pour tous.

Ousmane TANGARA

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