Politique

Législatives à venir : Les blocs politiques, ombres et limites ?

Le tsunami s’annonce. La scène politique nationale risque de connaitre bientôt un véritable chamboulement. Les petits clubs électoraux, qui n’ont de partis que de nom, vont disparaître au profit de grands blocs. Par quel processus ? Effervescence dans les états-majors politiques où s’échafaudent plans et stratégies. Les jours prochains nous édifieront. Mais une chose est sûre, l’avenir de ces grands blocs politiques se joue et se jouera sur au moins quatre lignes de visibilité. Mais lesquelles ?

Il s’agit de la ligne de visibilité humaine, en termes de leadership. Les hommes et les femmes appelés à diriger ces blocs politiques qui en seront les atouts-maîtres. Les leaders anciens ou nouveaux, de par leur coefficient personnel, pèseront d’un poids déterminant dans la représentativité des différents blocs. Enfin qu’on ne s’y trompe pas : nos populations restent et resteront encore longtemps attachées à la personne du « fils du terroir ».

Les habitudes ont la vie dure. C’est là une donnée sociologique massive qui pourrait affecter négativement ces grands blocs, favorisant une pernicieuse guerre des chefs. En effet, le choc des personnes et des personnalités alimenterait ainsi une guerre ouverte ou larvée,  source de désordre et d’instabilité.

La ligne de visibilité idéologique, en termes de vision et  de discours. Le temps des grandes idéologies, aussi clivées que tranchées, est derrière nous. La conquête du pouvoir d’Etat est surtout rythmée par le pragmatisme des uns et l’éclectisme des autres. Cette salade, dont les ingrédients proviennent de tous les horizons, fait craindre dans ces conditions, la difficulté, avec ces grands blocs, à formuler non seulement un projet clair, mais également à dégager des idées cohérentes, et à mettre en place des plateformes programmatiques ordonnées.

L’absence d’une ligne idéologique claire favoriserait la phraséologie politicienne, synonyme de baratin et de démagogie. Qui s’étonnerait alors d’entendre que « les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient » ? La constitution des blocs, qui se focalise d’abord sur la forme et sur le contenant, reste et restera le fond, et le contenu. Quant à la ligne de visibilité organisationnelle, en termes de structures, d’activités de formation, d’animation de la vie publique, elle dépend de la loi sur le financement des partis politiques qui offrirait aux différents blocs des moyens d’existence et d’action. Désormais, les militants et les populations contribuables devraient être plus regardants sur les actions de ces blocs et surtout sur l’argent dépensé. Malheureusement, les uns et les autres ignoreraient longtemps encore leur pouvoir de contrôle.

Les blocs, en leur philosophie profonde, transcendent les anciens fiefs politiques. Pour autant,  ils ne sauraient encore les effacer. Ainsi, les blocs resteront longtemps un prétexte, sinon une couverture commode et une trompe l’œil qui cache ce qui a été. Dans ces conditions, sous prétexte de faire du neuf, on chérirait le statu quo, reproduisant et reconduisant nos mauvaises pratiques de toujours. On continuerait ainsi de s’accrocher à son patelin. On chercherait d’abord à défendre ses propres intérêts, avant de penser à servir l’intérêt collectif. En en ce qui concerne, la ligne de visibilité politique, en termes de capacité à conquérir et à garder le pouvoir d’Etat s’accorde avec le système d’élection en cours dans notre pays. En réalité, nous n’innoverons pas fondamentalement avec le régime des blocs qui est comme dirait l’autre : «blanc bonnet et bonnet blanc». Comment ?

Au Mali, comme dans la plupart des pays africains francophones, les élections législatives, sont lestées d’une certaine dose de proportionnelle. C’est un scrutin de listes au suffrage universel direct. Ainsi, le positionnement sur les listes reste encore l’un des grands défis au niveau des partis politiques. C’est une bombe à retardement. La preuve : Beaucoup, ne jouant plus en solo et n’étant plus tout à fait maîtres de leur espace, vont devoir perdre des privilèges. D’autres se verront  bénéficier de promotions inattendues, voire opportunistes. Du rififi en perspective !

Paul Y. N’GUESSAN

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