Les déplacés du Centre : Entre espoir et désolation

Depuis décembre 2018, jusqu’à nos jours, on assiste un déplacement massif des populations des cercles de Bandiagara, Bankass et Koro, pour se mettre à l’abri des attaques terroristes et violences communautaires qui sévissent dans la région de Mopti, au centre du Mali. Ils sont nombreux les déplacés qui se sont retrouvés à Bamako et environs, notamment à Niamana, Faladiè, Dialakorobougou, Kalaban, Sénou, Magnambougou, Sogoniko, etc. Ces réfugiés internes vivent un véritable calvaire entre l’insalubrité des camps, la pauvreté, le traumatisme dû  à la perte de leurs proches, de leurs terres et autres biens matériels et immatériels.

La Situation des déplacés sur les différents sites d’hébergement en juin 2019 fait état de 24 ménages à Niamana et 192 à Sogoniko (dont 32 ménages venant du cercle de Bankass).  De leur arrivée à nos jours, ces déplacés ont bénéficié de plusieurs aides, comprenant entre autres des kits alimentaires (riz, mil, huile, de tentes, des habits), et d’assistance médicale envoyée par des associations humanitaires, le ministère de la Solidarité et de l’action humanitaire, l’épouse du Président de la République et des ONG. Ces organisations de bienfaisance ont été pour la plupart alertées par les médias et internautes sur la précarité des occupants de ces camps d’infortune, qui continuent d’exprimer d’autres besoins, notamment le manque d’eau potable et l’insalubrité des sites.

Le décor est lamentable sur le site de Niamana. En effet, le Comité d’accueil est constitué de mouches et des odeurs nauséabondes. Ces personnes vivent à côté des ordures, des animaux et d’un marché. Un seul endroit pour la cuisine, la vaisselle, les dépôts d’ordures. À ceux-là, s’ajoutent le manque d’eau. Aussi, sans revenus, ils sont obligés de cotiser pour s’acheter ce liquide précieux. A en croire Ali Traoré, le porte-parole des déplacés du site de Niamana Garbal (marché à bétail), ce problème d’eau est un nœud cornélien qu’ils n’arrivent toujours pas à solutionner même après le don de 3 cuves de 200 litres. « Les cuves peuvent faire des jours sans être approvisionnés. Nous sommes obligés de faire appel aux vendeurs d’eau, même cela ne suffit pas, car nous n’avons pas assez d’argent pour s’approvisionner en grande quantité».

Selon Ali Traoré, malgré les aides alimentaires qu’ils ont bénéficié depuis leur arrivée, il reste encore beaucoup de difficultés auxquelles ils font face : l’absence de toilettes et d’eau. «Les toilettes du site sont une propriété privée du marché. Il faut débourser la somme de 50 à 100 F CFA pour y accéder. Comme tout le monde n’a pas les moyens de payer cette somme à chaque besoin, beaucoup d’entre eux se soulagent à l’air libre. Ce qui n’est pas sans conséquence sur leur environnement immédiat», nous confie-t-il.

C’est le même constat sur le site officiel, doté de toilettes modernes. Là, beaucoup ne sachant pas leur mode d’emploi, préfèrent se soulager juste derrière les murs. Autres difficultés, ces déplacés n’ont aucune activité génératrice de revenus pour se distraire et s’occuper. « Ne comprenant pas le Bambara, et surtout par crainte d’être renversés par les nombreux automobilistes ou motocyclistes, les enfants comme les adultes sont obligés de rester toute la journée dans la cour », témoigne Teddy Barry, déplacée.

Autre site, autre réalité. Au centre Mabilé, certains déplacés sont sous des tentes et d’autres dans des salles de classes, où plus de trois familles se retrouvent dans une même pièce, créant la frustration de beaucoup désirant une certaine intimité. Par ailleurs, les tentes ne protègent pas assez avec les pluies abondantes enregistrées au mois de mai. En effet, couché à même le sol, l’eau pénètre facilement et endommage les vivres. Ainsi, à chaque pluie, c’est la désolation. Pour l’administrateur social du site (du Centre Mabilé), les déplacés d’ici ou d’ailleurs ont besoin de tentes plus consistantes pour être à l’abri des intempéries, notamment les fortes pluies, et de l’argent pour prix de condiment.

En tout état de cause, entre les attaques terroristes et autres violences communautaires qui les font fait fuir leurs terroirs et les mauvaises conditions de vie qu’ils subissent dans ces camps, les déplacés disent préférer rester dans lesdits camps, où ils font tous les jours des prières et bénédictions pour la fin de ces atrocités, favorisant ainsi leur retour en toute sécurité chez eux.

                                                        Assitan Siga FADIGA

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