Bamako: ces jeunes qui hésitent à se marier

Le mariage est considéré comme un moment de joie, une étape importante du passage à la vie d’adulte. Mais, sa célébration, pour certains, n’est pas des plus aisées. Si bien que de plus en plus des jeunes ont tendance à préférer le célibat qu’à la vie de couple.

Oumar Diakité est un jeune de 25 ans, domicilié à Missabougou. Il est titulaire d’un Master 2 en Économie, obtenu dans une Université privée de la place. L’unique garçon de la famille Diakité qui est en quête d’emploi, nous raconte : « il y a environ deux ans, sous l’incitation de ma petite amie, j’ai décidé de me marier avec ma copine. La date de notre mariage est en passe d’être définie. Afin de convoler en justes noces, nous avons décidé d’informer nos familles respectives.

Après les discussions, nos deux familles ont donné leur accord de principe pour qu’on se marie. Jusque-là, il n’y avait pas de problème. Le hic s’est produit lorsqu’on a voulu faire une estimation du coût du mariage. Seul, j’avais tout plafonné à un million de FCFA. Mais, quand j’ai mis ma copine et mes parents au courant, tout a chamboulé», se rappelle encore le jeune sans-emploi de 25 ans.

Assis sur un banc, les yeux assombris par l’émotion, le jeune homme s’efforce de puiser dans son passé un brin d’histoire à raconter. Les échanges se passaient bien jusqu’à ce que, tout d’un coup, notre interlocuteur se mette à pointer un doigt accusateur sur sa copine, ses parents et ceux de sa dulcinée. « Chacun a mis sa touche et ils ont alourdi la tâche. Au finish, je me suis retrouvé avec une estimation de plus de 2 millions de FCFA », explique l’économiste en herbe, qui a décidé alors de renvoyer son mariage à une date ultérieure.

« Après réflexion, j’ai décidé de reporter le mariage, le temps de réunir encore plus d’argent. Ma copine n’a pas accepté l’idée et nous nous sommes quittés. Et depuis lors, l’idée du mariage ne me vient plus en tête ». Et c’est la fin d’une aventure amoureuse.

Comme Oumar Diakité, ils sont nombreux les jeunes citadins qui préfèrent rester dans le célibat. Certes, certains veulent se marier, mais les multiples conditions protocolaires, généralement exigées dans notre société, n’encouragent pas les jeunes sans emplois décents.

N’ont-ils pas raison d’avoir peur de se lancer dans cette aventure aléatoire, au regard des nombreux mariages éphémères. En tout cas, il ne faut pas confondre le jour du mariage (où les mariés sont des princes et princesses), qui est fait de haut et de bas.

D’autres personnes avancent des raisons liées au manque de moyen financier et matériel. « Il y’a des jeunes qui nourrissent l’envie et même le besoin de se marier, mais c’est difficile lorsqu’on n’arrive pas à joindre les deux bouts », est convaincu Aziz Bathily, la trentaine révolue et  étudiant en droit.

Mais le véritable problème ne se trouve-t-il pas au niveau du faste des célébrations ? « Actuellement, le mariage en tant que tel n’est pas un problème. Le véritable problème, c’est la réception et les préparatifs », tente d’expliquer une jeune fille d’environ 29 ans ayant requis l’anonymat.

Dans le processus du mariage, elle explique que les difficultés sont beaucoup plus criardes au niveau de la célébration des mariages : « demoiselles et garçons d’honneur» à habiller, invités à loger,  salles et équipements à louer, entre autres. Une mode de célébration visiblement devenu « viral » qui rebute cependant les jeunes célibataires.

L’après-mariage est aussi une étape pointée du doigt par des confidents que nous avons rencontrés. « Même si tes parents cotisent pour les dépenses du mariage, tu vas vivre comment avec ta famille ? Vont-ils toujours cotiser pour que tu nourrisses ta femme et tes enfants ?», s’interroge Oumar Diakité. La question, pour lui, n’est donc pas seulement le « boucan » du mariage, mais surtout la suite, la vie en famille et les dépenses qui s’en suivent.

Autres raisons

« Non, les problèmes liés aux préparatifs du mariage, à la célébration et à la vie de couple ne sont pas les seules raisons qui maintiennent les jeunes dans la vie de célibataire », répond Aziz Bathily.

« Il y a le manque de confiance en soi et le manque de confiance en la personne qu’on croise », ajoute-t-il. Pour lui, la confiance est la « clé » de toute relation humaine. Une chose devenue très rare, voire impossible, chez les jeunes d’aujourd’hui.

Une autre raison avancée est l’interprétation des relations entre hommes et femmes.

« Les jeunes prennent le sexe comme de l’amusement », s’alarme un autre homme visiblement âgé, avant d’ajouter que la carrière professionnelle compte souvent beaucoup plus que le foyer.

Une observation partagée par Aziz Bathily qui déplore le fait que le caractère sacré du partage ait disparu dans les sociétés. L’aîné frôlant la cinquantaine affirme : « si déjà tu te maries tôt, c’est comme si c’est un frein. Et c’est tout à fait normal, parce qu’il est difficile d’avoir une vie de couple et de continuer à étudier, à te battre dans certains domaines ».

Autant de raisons qui feraient que beaucoup de jeunes aujourd’hui se montrent de plus en plus réticents à se mettre la corde au cou.

Paul Y. N’GUESSAN

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