Symboles de l’Etat malien : Kidal défie encore Bamako

Le 17 juillet 2019, la célébrissime localité de Kidal a encore fait parler d’elle en défiant Bamako. En effet, en marge de la visite d’un groupe de parlementaires de l’Assemblée nationale dans cette ville, des activistes se sont livrés à des actes de profanation des symboles de l’Etat malien. Ainsi, des drapeaux ont subi des autodafés ou encore été traînés dans la boue. A cela, il faut ajouter que des slogans favorables à l’Azawad, du nom de cette utopiste République, revendiquée, initialement par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), ont été scandés au nez et à la barbe des « étrangers » venus de Bamako, c’est-à-dire les parlementaires de l’Assemblée nationale.

Le gouvernement malien a vite réagi en condamnant vigoureusement des actes de profanation des symboles de la République. Le MNLA, qui s’est rendu maître absolu des lieux par la force des armes, a, lui aussi, embouché la même trompette. Mieux, il dit se désolidariser « sans ambages de tout acte contraire à ses engagements pris dans le cadre de l’Accord de paix d’Alger, y compris ceux liés aux symboles de l’Etat dans la ville de Kidal ». Cet extrait du communiqué, signé par son porte-parole, révèle une chose. En effet, pendant que Bamako préfère appeler le chat par son nom, en qualifiant les actes posés par les activistes de la société civile de Kidal, d’atteintes gravissimes à la République, les indépendantistes usent d’euphémismes du genre  «comportement inapproprié à l’égard du Drapeau national ».

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le vocabulaire employé par les maîtres absolus de Kidal n’est pas anodin. Il peut être décrypté comme traduisant une attitude de complaisance, voire de complicité avec les auteurs de ces actes de vandalisme.

Et quand les indépendantistes évoquent une « marche spontanée d’activistes de la société civile de Kidal », l’on peut avoir des raisons d’être dubitatif.

La première est que la visite des parlementaires de l’Assemblée nationale, qui a réveillé l’instinct indépendantiste des marcheurs, a été organisée de concert avec la CMA. Cette dernière avait donc les moyens d’éviter ce qu’elle qualifie de « comportement inapproprié».

La seconde raison est relative à la sincérité de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), quand on sait que la ville de Kidal est sous son emprise totale, et qu’absolument rien de grandiose ne peut s’y passer sans son consentement.  

En réalité, la CMA ne s’est jamais débarrassée de sa posture de mouvement indépendante. Mais comme elle ne peut plus l’afficher publiquement, accord de paix d’Alger oblige, elle fait porter cette revendication par d’autres structures. Et la meilleure manière de le faire sans courir le risque de se faire remonter les bretelles par la communauté internationale, est de passer par ce qu’elle appelle « activistes de la société civile ». Et l’on n’a pas besoin d’être versé dans l’art de décrypter les événements au second degré, pour savoir que derrière « les activistes de la société civile de Kidal » qui ont osé « déféquer dans le champ du chef » pour reprendre un proverbe africain, peut se cacher la CMA. Et l’autre nom de la CMA est le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad).

En effet, il n’est un secret pour aucun Malien, le MNLA, principale composante de la CMA, n’a jamais fait mystère de sa volonté de soustraire le Nord-Mali de la République malienne pour en faire un Etat indépendant.

En tout cas, au-delà des simples condamnations de principe, le Mali et la communauté internationale doivent sanctionner les responsables de ses mouvements qui ne sont pas à leurs premiers coups de sabotage de la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger dont ils sont signataires.  

Paul Y. N’GUESSAN

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