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Taux de divorce élevé au Mali : causes et conséquences d’une tare sociale

Juridiquement parlant le divorce est la rupture du lien conjugal prononcé par un juge. Ainsi, un divorce arrangé par les deux époux ou leurs familles sans l’intervention du juge «n’est pas valable devant la loi». En effet, il existe deux types de divorce: le divorce par consentement et le divorce contentieux.

Au Mali, ces derniers temps, le divorce a connu une recrudescence sans précédent à tel point que l’on l’assimile à un phénomène de mode. Pour en raison les causes ainsi que les conséquences qui peuvent découler, notre équipe de reportage est partie à la rencontre de certains acteurs (divorcés, spécialistes de droit, etc.)

Des recherches ont confirmé que le phénomène gagne de plus en plus du terrain. La preuve : rien que pour l’année 2017, le nombre de divorces enregistrés, était de 126 286, dont la majorité des cas est à la demande des femmes avec 96 049 et les 30 236 à la demande des hommes. Ce qui montre qu’au Mali, le taux d’instabilité des unions reste très élevé, surtout chez les femmes.

D’après les chiffres de l’Institut nationale de la statistique, « les divorcés sont plus nombreux dans le District de Bamako avec 2,5%. Ensuite viennent les régions de Ségou et Sikasso avec respectivement 1,5% chacune (identique à la moyenne nationale). La région de Gao avec 0,5% enregistre la plus faible proportion de personnes divorcées, suivie de Tombouctou et Kayes avec 0,7% chacune».

En effet, rien qu’à Bamako, durant l’année 2017, les tribunaux ont eu à prononcer 2 000 divorces.

Selon Me Kadidia Sangaré, Avocat à la Cour, les causes sont multiples.

« A mon avis, cette situation est due à l’évolution des mœurs au Mali. Auparavant, la religion avait un impact très fort dans la vie sociale, mais tel n’est plus le cas. La religion a un peu perdu de son apanage. Il y a aussi le statut laïc de notre République. Les individus subissent ce que l’on appelle une dégradation des mœurs. Les femmes sont devenues plus perverties qu’auparavant et les hommes sont de moins en moins responsables. Ce qui fait qu’il y a beaucoup de divorces de nos jours », a expliqué le juriste.

K, une divorcée, précédemment mariée à un immigré, fait part des raisons de son divorce.

« On sortait ensemble avant qu’il ne parte. Une fois en Europe, on a scellé le mariage. J’avais de bons rapports avec mon époux. Mon problème c’était les membres de ma belle-famille, surtout ma belle-mère. Elle était insupportable et me rendait la vie difficile. Je n’ai pas pu supporter cette situation», a-t-elle témoigné.

Quant à Sira Samaké, elle s’est séparée de son mari pour non-respect d’un engagement:

« Quand on s’est marié, je préparais mon Baccalauréat. Il était convenu entre nous qu’une fois mon diplôme en poche, j’allais continuer mes études supérieures, car mes parents comptaient sur ma réussite, étant donné que je suis la première fille. Une fois le Bac en poche, il a voulu que j’arrête les études. Il m’avait menti. Je n’avais plus confiance en lui. Au début, je voulais céder, en laissant tomber mes études. Mais, après réflexion, je me suis dit que si jamais je laissais passer cela, il allait exiger de moi autres choses ».

Cette mère de famille enseignante à la retraite, trouvée devant le seuil de son domicile à Sotuba ACI, nous donne son avis en ces termes :

«Les jeunes filles de nos jours ne savent pas gérer un ménage. Elles ne connaissent même pas le sens du mariage. Pourtant, elles ont des avantages que nous, leurs mères, n’avions pas à notre époque, mais nos mariages ont duré grâce à notre capacité à se soumettre, à notre endurance et à notre patience. Il faut qu’elles incarnent ces valeurs ancestrales pour mener à bien leur mariage et avoir une bonne progéniture.

Pour le sociologue Diarassouba, la recrudescence des divorces «doit être une préoccupation de la communauté, car c’est une série de phénomène d’éloignement, dont le premier c’est de l’individu par rapport à la famille. C’est à l’intérieur de la famille qu’on inculque à l’individu un certain nombre de valeurs qui, par la suite, impriment une orientation dans sa vie. Le deuxième éloignement, c’est par rapport à certaines valeurs comme le sacré. Aujourd’hui, le sacré a cédé la place au matériel. Les relations sociales sont monétisées», a-t-il fait savoir.

De ces divorces peuvent découler des conséquences comme l’envie de ne plus se remarier aussi bien chez les hommes que chez les femmes divorcés ; un traumatisme chez les enfants dont les parents sont séparés.

Loin de réjouir du nombre important de cas de divorces au Mali, cependant des études ont montré que les mariages sont beaucoup plus stables au Mali que dans beaucoup d’autres pays d’Afrique. Une illustration de cet adage : «quel que soit l’éloignement de ton village, il y a toujours un autre derrière le tien».

Paul Y. N’GUESSAN

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