Réseaux sociaux : la liberté de calomnier et d’injurier

Les réseaux sociaux sont devenus, ces dernières années, de véritables instruments de contrôle et de veille citoyenne sur la gestion publique au Mali comme dans bien d’autres pays africains. Ils influencent beaucoup les décisions politiques. Cependant, ils tendent à devenir des espaces de non-droits. Ailleurs, les réseaux sociaux permettent de susciter et valoriser des créativités et des alternatives qui améliorent le quotidien et offrent des opportunités de création d’emplois et de richesses. Au Mali, ces réseaux, surtout Facebook, sont âprement disputés par les politiques de tous bords pour le contrôle ou l’influence d’une opinion minoritaire, mais extrêmement active pour ne pas dire agitée.

Certains politiques, hommes d’affaires ou prétendus leaders d’opinion recrutent des jeunes désœuvrés ou adeptes du gain facile qu’ils instrumentalisent pour flatter leur égo et distiller les discours de la haine et du déni de la vérité et de la justice, pour boxer leurs adversaires en dessous de la ceinture (pour emprunter l’expression d’un ministre burkinabé). Ces recrues ou «boxeurs en dessous de la ceinture» avec une extrême irrévérence et un manque criard de discernement insultent, calomnient, menacent et se laissent même aller à des appels à la violence et à la sédition. Ils sont constamment dans l’invective des adversaires de leurs parrains.

Le drame c’est surtout au niveau des intellectuels, où l’on est censé retrouver les plus éclairés et chargés de porter les combats du plus grand nombre, que le mal est profond. Il n’est point surprenant aujourd’hui d’entendre des intellectuels maliens s’agripper à des mensonges grotesques, applaudir et même vénérer des politiciens médiocres, menteurs et capables de commettre n’importe quel crime pour défendre leurs intérêts.

D’autres ne se gênent pas d’inventer des insanités pour ternir l’image d’honnêtes citoyens parce qu’ils ont osé se mettre en travers de leurs ambitions ou leurs business nauséeux. Comme le dirait un adage mossi, « la pluie est en train de battre les Maliens, et au lieu de se trouver un abri pour tous, mais non, ils se battent pour désigner celui qui doit s’abriter ». Ils ne sont plus capables de réfléchir au bien et à l’intérêt général. Ils pensent d’abord à eux et après eux, le déluge.

Les excitations et les discours de la haine sur les réseaux sociaux ne sont que l’expression d’une réalité des guéguerres et des inimitiés au sein d’une minorité de privilégiés à qui l’Etat a tout donné, ou du moins qui se sont tout offert sur le dos de l’Etat et de leurs concitoyens. Pour préserver leurs biens et positions mal acquis, ils sont prêts à tout. Ils sont capables de brûler le pays pour préserver ou reconquérir leurs privilèges. Malheureusement, ils peuvent compter sur d’autres Maliens dont la panse a obstrué la raison.

Pour rompre avec cette dérive dangereuse qui, comme un cancer, ronge les fondements du vivre ensemble, il faut un nouveau leadership politique et une prise de conscience au sein de la jeunesse. Les recyclages et les reconversions ne feront que retarder la descente aux abîmes !

Paul Y. N’GUESSAN

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