Faux griots : une nouvelle forme de mendicité

Communément appelés les Djeli à Bamako, les griots sont considérés comme des communicateurs traditionnels. Certains vont plus loin en les classant comme dépositaire de la tradition orale ou de notre histoire. Mais de nos jours, moins griots sont de cette catégorie. Le griotisme est devenu un business.

La preuve : il n’est rare de voir des griots faire l’éloge de n’importe qui pour des liasses d’argent. Une situation devenue alarmante au point d’enlever à cette noble fonction sociale sa valeur, ses principes et son sacerdoce.

C’est une réalité, à Bamako précisément, être griot est devenu un business florissant. De plus en plus, il est difficile de pouvoir faire la différence entre le vrai et le faux griot, lors des cérémonies de mariage et de baptême.

En effet, la plupart de ces griots ou « mendiants occasionnels » ou adeptes de l’argent facile, nul en art oratoire et dépourvu de toute connaissance de l’origine et de l’histoire des principaux noms de famille maliens, se permettent de raconter n’importe quoi : «tu es la plus belle» «tu fais la fierté de tes parents» (alors qu’il ne les connaît même pas) ; « tu es la circulation bloquée de tel ou tel ». Certains vont jusqu’à chercher à savoir auprès des passants, les noms ou prénoms des gens qu’ils vont quémander, oubliant que le griot ne doit pas faire l’éloge ou de quémander n’importe qui.

Si bon nombre de personnes condamnent les phénomènes d’enfants talibés, de faux jumeaux que l’on retrouve dans la rue, dans nos marchés ou sur les trottoirs, qui sont des pratiques assimilables à la vraie mendicité. Nous avons maintenant une autre forme de mendicité qui ne dit pas son nom : à savoir les faux griots. Cette catégorie de mendiant que nous voyons chez nous lors des évènements heureux.

En effet, lors des cérémonies, il est très fréquent de voir un groupe de femmes aligné le plus souvent derrière les musiciens ou la chanteuse principale. La plupart du temps, elles ne chantent pas, mais à chaque fois qu’on chante le nom d’une personne, elles se lèvent en trombe pour tendre la main.

Même si tu leur donnes 100 FCFA, elles acceptent. La plupart du temps, ces indésirables ne sont ni invités et ne connaissent personne de la famille. Elles se promènent les week-ends, à travers certains quartiers de Bamako, et quand elles voient des chaises et la sonorisation installées, elles s’incrustent directement.

Partisanes de la culture du moindre effort, et sachant qu’il aura toujours des petits sous de la part des femmes lors des mariages, elles en ont fait de leur métier. Leur slogan est : «ma mère qui est griotte, donc je le suis également ».

Certaines également se mariant dans une famille de griots s’autoproclament griottes. Ainsi de mariage en mariage, ou de baptêmes en baptêmes, on les voit se faufiler dans la foule, en train de réclamer leur part de gain auprès de ceux ou celles qui veulent se faire une renommée.

Aujourd’hui, rien n’est fait dans les règles de la tradition. Plus grave, tout le monde prétend être griot ou griotte. En tout cas, si les vrais Djélis ne lèvent pas pour mettre de l’ordre et redorer le blason de cette noble fonction sociale, léguée de génération en génération, des opportunistes ont envahi le terrain et ne semblent point l’abandonner ; car il y a à boire et à manger surtout si l’on sait qu’aujourd’hui notre pays est plein d’usurpateurs de titre, doublés de fausse identité.

ASSITAN SIGA FADIGA

 

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