2020 : La mort de la décennie, le mors de la décennie

Presqu’un rituel bien maitrisé, le changement d’année a donné lieu à un déjà-vu qui va du spectacle pyrotechnique dans certains pays aux discours bilan des Chefs d’Etat en passant par le décompte en chœur à minuit. Cependant, le passage de 2019 à 2020, ne devrait pas être vu comme le simple passage d’une année à une autre dans notre pays. 2020 marque le début d’une décennie et correspond, par analogie, aux noces de diamant de l’indépendance de notre pays. Comment entrons-nous dans cette décennie ?

Le recul historique n’est pas encore suffisamment important pour dater de façon consensuelle le début de la crise actuelle au Mali. D’aucuns le verrait depuis les premières prises d’otage en 2007-2008 et d’autres évoqueront plutôt les premiers coups de feu du MNLA en janvier 2012. Quoi qu’il en soit, la dernière décennie dans notre pays n’a pas été un long chemin tranquille. De 2010 à maintenant, ce pays a connu la célébration avec faste du cinquantenaire de son indépendance, le passage de deux Chefs d’état élus, d’un Président par effraction et d’un Président intérimaire. Durant cette décennie, l’intégrité territoriale du Mali a été lourdement menacée, la gouvernance s’est améliorée au plan conceptuel (pour preuve, les différents Programmes décennaux élaborés comme le CSRP et maintenant le CREED) mais reste défaillante au niveau pratique avec une corruption et une mauvaise gestion à un niveau jamais égalée malgré la mise en place de dispositif tel que le Vérificateur Général, l’Office de Lutte contre l’Enrichissement Illicite, la CASCA, la nomination de Contrôleur financier dans les structures étatiques. Le choc des civilisations a eu un vrai répondant dans notre pays durant cette décennie avec l’utilisation maîtrisée de l’outil informatique et l’internet. Les mœurs et certaines valeurs, caractéristiques du Mali, s’en sont trouvés ébranlés. Du moins, ce constat, non exhaustif, n’a pas entamé la capacité de résilience du peuple malien.

A quoi bon d’être résilient si nous ne faisons pas l’effort de nous projeter vers un État stratège qui pour la décennie qui s’ouvre, malgré les conjonctures actuelles, sait exactement où il veut aller et s’oblige à mettre un mors à ses politiques pour réaliser ses projections.

Cette nouvelle année et cette nouvelle décennie devront, avant tout, être placées sous le signe de l’ambition. Elle seule peut permettre d’envisager sereinement une indépendance politique de notre pays, mais aussi de l’Afrique. Seule l’ambition peut redonner au Mali ses lettres de noblesse dans le combat d’avant-garde pour une Afrique prospère. Sans ambition, nous resterons à gérer un quotidien frileux qui n’aura pas perspective que celle de l’intérêt personnel de nos gouvernants et de leurs alliés. L’ambition figurée est celle qui encourage les maliens à dépasser les petites réflexions et à entrer, enfin, de plain-pied, dans le XXIe siècle.

Il ne servira, dans ce contexte, à rien de souhaiter la bonne et heureuse année si nous ne sommes pas capables de ce dépassement nécessaire pour convertir l’énergie de notre résilience en énergie créatrice d’une émergence véritable.  `

Y.K

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