Dialogue social et réformes institutionnelles : Boubou bouffe ses ministres !

Depuis la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation, le Mali s’est engagé dans un vaste chantier de réformes politiques et institutionnelles. Après 3 décennies de pratiques démocratiques, il est indéniable que beaucoup d’eau a coulé sur le pont. En effet, la pratique démocratique a embrassé de nouveaux visages contemporains, qui exigent d’être en harmonie avec les nouvelles réalités sociopolitiques, économiques et culturelles du pays et des institutions de la République. Il était donc grand temps de secouer le cocotier et revoir les anciennes copies. Un passage obligé ayant conduit à la création par les plus hautes autorités d’un ministère chargé des réformes institutionnelles et des relations avec la société civile, piloté par Amadou Thiam, ancienne figure du mouvement « AN TE A BANNA ».

Ainsi, de la création de ce ministère stratégique à nos jours, au regard des nombreux défis et enjeux que suscitent la question des réformes institutionnelles ou le dialogue social sur la stabilité du pays, il y a encore du chemin à parcourir. Pour preuve, les revendications sont loin de se taire et les réformes institutionnelles sont loin d’être pour demain. Et pourtant, les réformes institutionnelles sont plus que nécessaires actuellement au Mali pour, du moins, corriger les vides, les imperfections et les dysfonctionnements tout en garantissant une paisible continuité de l’Etat, au bénéfice de sa stabilité et du mieux-être des populations.

Entre autres attentes, en matière de réformes institutionnelles, la création d’une Cour des comptes au Mali, qui revient avec acuité sur la table des discussions au niveau de l’UEMOA, qui presse d’ailleurs le Mali à cet effet, car tous les autres Etats membres de l’UEMOA ont créé cette institution, sauf le Mali. Autre réforme importante attendue du peuple, le fonctionnement des partis politiques.

En réalité, le Mali souffre d’un multipartisme effréné, avec environ 230 formations politiques, dont seulement une infime partie anime la vie politique. Alors, on pourrait donc être tenté d’assimiler la mission du ministre Amadou Thiam, en charge de toutes ces questions brûlantes, à une mission commando. Sauf que face aux nombreuses attentes, le constat reste mitigé. Rien qu’à s’attarder sur l’organisation du Dialogue national inclusif, dont les questions institutionnelles et de gouvernance ont dominé les débats.

En effet, on aurait pu s’attendre à un Dialogue national porté par le ministère en charge des Réformes institutionnelles ou encore celui chargé du Dialogue social. Avec l’organisation du DNI par le triumvirat, sous la tutelle de la primature, tout porte à croire que le ministère en charge de la réconciliation et de la cohésion sociale a raté une occasion d’exécuter une mission qui relevait de sa compétence exclusive. Malheureusement, les différents ministères précités ont brillé par leurs absences à ce grand rendez-vous indissociable de leurs feuilles de route.

Et pourtant, en confiant la plénitude de l’organisation de ce grand rendez-vous national aux départements sectoriels, la primature aurait pu se consacrer sur d’autres dossiers, notamment la question sécuritaire et la gestion de la crise financière. Dans la même dynamique, si le ministre du Dialogue social prenait les rênes des pourparlers entre le gouvernement et les différents syndicats, cela aurait produit plus d’effets.

Mais hélas ! La Primature est au-devant de la scène, en lieu et place de ces ministres, dont la présence dans le gouvernement n’a plus de sens. Cette volonté du Premier ministre de prendre en main les dossiers brûlants, salutaire à tout point de vue, l’a malheureusement exposé, sans compter l’effritement du dispositif de récupération classique des dossiers : le ministre de tutelle toujours en avant, et le Premier ministre en appoint en cas d’échec pour reprendre la main. Tel n’est pas le cas pour le moment.

Ousmane Tangara

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