Griot d’hier et d’aujourd’hui : entre tradition et modernité

La musique est connue de l’homme depuis à la préhistoire. Dans le passé, au Mali, la musique était une activité exercée uniquement par une catégorie d’ethnies (griots). Mais de nos jours, la musique n’est plus la marque déposée des seuls griots. Elle est devenue universelle,

Cependant, les griots, les maîtres de la parole, détiennent toujours des privilèges de chanter les éloges des nobles, leur « Djatigui ».

Que reste de la musique d’hier, généralement chantée lors des événements spéciaux à des personnes spéciales (ayant fait preuve de bravoure ou de noblesse) qui est présentement sous la forte emprise de la modernité ? Enquête !

Les chansons d’hier conseillent, orientent, réconcilient, en plus, elles étaient plus significatives et très digestes comparativement à celles d’aujourd’hui, faites généralement d’un mélange du traditionnel avec des instruments modernes.

En effet, il y a une grande différence entre les musiques d’hier et celles d’aujourd’hui. Cette différence est d’abord éducative et instructive par rapport aux musiques d’aujourd’hui.

Sur le plan instrumental, la différence est l’utilisation de nos instruments traditionnels (n’goni, tam-tam, balafon, flûte, etc.) tandis que les musiques d’aujourd’hui sont les imitations européennes, c’est-à-dire modernisé. Même si le constat est que la musique d’aujourd’hui est plus orientée vers les critiques, les provocations, les insultes ou encore les accusations.

Pour mieux comprendre, nous avons rencontré Tagare Kouyaté, une ancienne fonctionnaire sous le régime de Modibo Keita, très attachée à la culture malienne. Pour elle, les griots ont beaucoup changé. Qu’ils soient ceux de la vielle école ou du nouveau, dira-t-elle.

«Un griot est une fonction sociale et non un métier» précise la vieille Tagaré Kouyaté. Elle explique :

« La fonction sociale, pourquoi ? Dans le pays, dans les familles, peu importe les problèmes liés aux mariages, aux divorces et autres, le griot est là pour résoudre ses situations, à travers, l’éducation qu’il a réussi et son véritable rôle dans la société. Ainsi, à chaque fois qu’une situation commence à se dégrader, les griots intervenaient. C’était le principal rôle des griots et non être comme des mendiants, des profiteurs », déplore-t-elle.

Selon notre interlocutrice, dans le passé « leur grands parents et arrière grands parents ont cohabité avec les rois dans la confiance, le respect et dans le vivre ensemble. Chacun disait la vérité sans aucun intérêt derrière. Car un griot, c’est quelqu’un qui instaure la paix ».

A son avis, tous les problèmes que nous assistons aujourd’hui sont dus en grande partie ou causé par les « djatigui » appelé les nobles.

«Avant, c’était aux nobles d’aller à la rencontre de leurs griots que ce soit pour une bonne ou mauvaise nouvelle. Et face à la situation exposée, le griot n’acceptera jamais qu’une situation se détériore. Que ton djatigui te donne l’argent ou pas, vous êtes ensemble. Ça c’était les griots d’hier. Hélas ! Aujourd’hui il n y a des griots, mais pas les vrai de mère et de père griots » regrette la vieille Tagaré Kouyaté. Pour qui, le vrai «djeli» (griots) a honte qu’on parle à son sujet qu’il soit positif ou négatif.

« Hier, on prenait même des exemples sur les griots en disant que tel enfant est beau ou belle comme un griot, car les enfants des griots étaient honnêtes, respectueux, humbles et sages. Mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Et ce sont les djatiguis qui ont même bafoué cette pratique» révèle-t-elle.

Selon Tagare Kouyaté, un enfant pauvre et un profiteur ne peuvent jamais être les mêmes. Et de nos jours, ce sont les profiteurs qui sont nombreux, s’indigne notre interlocutrice du jour.

Par la suite, les griots se sont transformés en artistes. Car les artistes veulent juste avoir de l’argent ou se faire connaitre. En ce moment, les griots non qualifiés en profitent et créent certaines situations pour s’enrichir.

«Retenons juste que c’est la cupidité et le renégat qui ont amené tout ça, Sinon aucune somme et geste ne doivent impressionner un vrai griot jusqu’à lui pousser à dépasser les bornes. Un seul exemple : les djatigui qui donnent des milliards, après une fois en prison, ils ne verront aucun de ses griots. Donc, il faut qu’on arrête tous ses comportements. Que les acteurs concernés communiquent plus afin de sensibiliser la jeune génération que ce ne sont pas toutes les ethnies qui doivent chanter et demander à la vielle génération de rester sage », conseille-t-elle.

La vielle Tagaré Kouyaté invite tous que les griots du Mali et d’ailleurs à retourner en arrière et que les djaigui restent à leur place. « Il faut que chacun se redresse pour valoriser notre culture à travers notre musique », conclut-elle.

Avec notre enquête, nous avons compris que la musique, la dance et les instruments de musique étaient confiés à la classe des griots (djeli) et tous les djeli n’étaient pas des musiciens aussi. Parmi eux, il avait les conteurs ou les historiens. Puisque à cette époque, il n’était pas autorisé à n’importe qui, un noble par exemple ne pouvait pas exercer une autre fonction qui n’était pas la leur. A-t-on appris.

En effet, avec la colonisation, depuis un certain moment, un évènement est apparu dans notre société : l’indiscipline dans la fonction. N’importe qui s’est donné la fonction qu’il veut ou invente une fonction qui lui semblait mieux.

Et aujourd’hui, n’importe qui de n’importe quelle ethnie (noble soit elle) se permet de chanter ou faire de la musique, des pratiques qui étaient interdites aux nobles.

Ainsi, nous remarquons avec beaucoup de regret aujourd’hui n’importe quel genre de musique, avec des mélodies insensées à la limite des injures qui offensent, détruisent les liens, et ternissent l’image de notre société.

Ces nouvelles races de chanteurs ne vivent qu’au dépend de quelqu’un d’autre. En plus ils détruisent la noble mission des griots.

Il faut reconnaitre que la différence est criarde, et se voit partout, car il est difficile de comparer les deux musiques. Ce sont deux époques différentes, deux buts différents, deux techniques différentes.

Car autrefois, le griot était considéré comme étant la mémoire collective de la société. A ce sens, il était celui qui gardait effectivement l’histoire des hommes et des sociétés de son temps. Or aujourd’hui, les griots ne jouent plus ce rôle d’historien de la société.

L’histoire est devenue chez nous, une histoire écrite qui demande une certaine spécialisation pour ne pas dire une certaine formation académique. Et donc, on devient historien aujourd’hui parce qu’on fait les études d’histoires.

A partir de là, le statut de griot a changé. Il était considéré aussi comme le diplomate de la société, c’est lui qui était également le conseiller spécial du roi. Celui qui avait pour mission de transmettre d’un pays à un autre le message du roi. Il était donc le diplomate, le messager, le conseiller.

Le griot ne joue plus ce rôle-là et c’est pour ce rôle même qu’on disait que le griot ne pouvait être tué même dans les situations de guerre on épargnait le griot. Parce qu’il était le gardien de la mémoire collective, le conseiller rien que pour ces titres, il ne pouvait être tué. Un changement de statut que le griot a connu durant l’évolution de la société.

Les griots d’aujourd’hui sont plus dans la compétition, la vengeance, les critiques, les provocations et surtout les insultes. Et cette pratique est souvent encouragée par les djatigui (les nobles).

Des vidéos, des photos, des vocables sont produits pour s’insulter et rabaisser leurs concurrents. Pour avoir plus d’argent, ils sont prêts à insulter une noble d’une autre. Leur noble qui ne connaît même pas leur travail.

Face à la situation, le traditionaliste Traoré dira que les vrais griots se sont tus et ont laissé la place aux opportunistes et aux gens de mauvaise foi en profités.

« Ils devront défendre leur fonction pour ne pas tomber dans une situation catastrophique. Également, il faut une forte implication de l’Etat, à travers le ministère de la Culture afin de trouver une solution et rappeler aux griots maliens la vraie signification de leur profession. Auparavant, toutes les chansons  étaient contrôlées avant même leur enregistrement, mais aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, sans contrôle tout est mis en poudre », dira notre traditionnaliste.

M Diabaté, un jeune griot, à son tour, dira que les deux époques ne peuvent en aucun cas être les mêmes.

« C’est vrai, quand on écoute l’ancienne musique, elle est plus orientée sur les conseils, les interdits, les bonnes orientations pour qu’on garde nos valeurs. Aujourd’hui, c’est toujours le cas, mais avec une petite différence. Ce qui amène de nombreux jeunes griots et artistes à plus être dans la provocation, à créer les disputes, surtout à exagérer tout simplement pour avoir de l’argent rapidement ».

Enfin reconnait le jeune Diabaté, cette pratique a été encouragée par certains nobles hypocrites, ceux qu’on appelle les « djatigui ».

« Ça peut changer, mais cela prendra du temps. Il faut que les deux générations communiquent et que la jeune génération écoute plus afin de valoriser ce beau métier qu’est le griot », a-t-il conclut.

Fatoumata Koita

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