Kidal : les risques d’un déploiement politique de l’armée

Après cinq mois d’interruption, les travaux du Comité de Suivi de l’Accord pour la paix au Mali (CSA) ont repris ce 19 janvier dernier à Bamako. Au centre des débats, le redéploiement de l’armée malienne reconstituée dans les régions du Nord, particulièrement à Kidal, le fief des ex-rebelles, fait toujours sujet à persistantes polémiques. Depuis septembre 2019, les activités du CSA sont à l’arrêt. La rencontre de haut niveau, qui a réuni les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Niger, de la Mauritanie-et les représentants européen et français pour le sahel, témoigne de l’urgence à accélérer la cadence de la mise en œuvre du processus de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, objet de nombreux blocages depuis 2015.

Pour le ministre malien de la Cohésion sociale, de la paix et de la réconciliation, Lassine Bouaré, ce Comité de suivi de l’accord pour la paix au Mali issu du processus d’Alger (CSA) de haut niveau est une « redynamisation » du processus de Paix. Le chef de la partie gouvernementale a par ailleurs insisté sur les recommandations issues du dialogue national inclusif au sujet de l’accord, notamment ses aspects politiques et institutionnels qui prévoient une révision consensuelle de l’accord en vue de faciliter sa mise en œuvre.

Quant à Mahamat Salet Annadif, le Représentant Spécial du Secrétaire général de l’Onu et patron de la Minusma ; il s’est félicité de la franchise des échanges autour du redéploiement de l’armée malienne reconstituée à Kidal. Le diplomate onusien a également attiré l’attention des parties signataires et partenaires sur les programmes de développement qui vont de pair avec les efforts de réconciliation. Il s’agit de l’opérationnalisation des zones de développement du Nord, dont le fonds dédié attend d’être alimenté. La France a donné le ton avec l’annonce de 2 millions d’euros. Mais, il faudrait bien plus pour pouvoir assurer les services de base dans les régions où les populations manquent presque tout.

Dans son communiqué final, le Comité de suivi de l’accord a apprécié les avancées dans la mise en œuvre du DDR-intégration accéléré et invité les parties à parachever le déploiement des premières unités de l’Armée nationale reconstituée à brève échéance à Gao, Tombouctou, Kidal et Ménaka. Les bataillons de la nouvelle armée seront composés paritairement des forces armées maliennes et d’ex-combattants des mouvements signataires, avec un quota d’un tiers par partie.

Depuis plusieurs mois, le retour de l’armée malienne dans l’Adrar des ifoghas cristallise les débats. En marge du Sommet des cinq pays du G5 Sahel, le président français Emmanuel Macron a rappelé la nécessité du retour de l’administration malienne partout au Mali, notamment à Kidal, berceau de l’insurrection irrédentiste toujours aux mains des ex-rebelles de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). La région a la réputation d’être la base arrière de plusieurs mouvements extrémistes, dont Ansardine, le groupe djihadiste dirigé par Iyad Ag Ghaly, un natif de la région.

Si la région désertique est dans tous les viseurs aujourd’hui, un porte-parole de la CMA prévient un « déploiement politique » de l’armée à Kidal. Cet ex-rebelle qui dénonce la fixation autour de Kidal, estime que la nouvelle armée doit être une armée capable de se défendre et de défendre la population. Le déploiement devrait probablement intervenir fin janvier. Des détails techniques restent à peaufiner. Cependant la douloureuse expérience de la première unité de MOOC de Gao, visée par une terrible attaque invite à la prudence et à une vigilance accrue.

La nouvelle armée devra s’adapter à une menace permanente de groupes armés extrémistes très actifs et aux modes opératoires sophistiques. La présence de l’armée malienne à Kidal marquera un tournant dans la restauration de la paix et dans la lutte contre le « terro-banditisme ». Mais c’est avant tout un indicateur diplomatique, pour capter des financements internationaux. Ce chapitre du processus de paix mettra à rude épreuve la capacité de collaboration entre des « frères ennemis », appelés, désormais à combattre sous le même drapeau.

Aly Bocoum

 

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