Aides publiques aux partis : mais, pourquoi faire?

La loi n° 5-047 du 18 Août 2005, portant Charte des partis politiques, prévoit l’octroi aux partis politiques réunissant les critères, une aide financière d’un montant annuel correspondant à 0,25% des recettes fiscales du Budget d’État. C’est ainsi qu’en 2019, un montant de 3 374 442 789 francs CFA a été décaissé par le Trésor public au titre de l’aide publique aux partis politiques pour l’année 2018, dont 66 partis politiques, notamment le RPM parti au pouvoir, l’ADEMA, l’URD, la CODEM, le SADI ou encore YELEMA avaient bénéficié.Si cette mesure est de nature à renforcer la démocratie au Mali, parce que devant permettre aux partis politiques de jouer pleinement leur partition dans l’animation de la vie politique et dans l’éducation citoyenne de leurs militants, et par conséquent revivifier la démocratie, force est de reconnaitre que l’usage de ce fonds par beaucoup de partis bénéficiaires ne se fait pas sentir sur la scène politique.

De plus en plus, des citoyens et acteurs politiques comme Aboubacar Sidick Fomba, président du parti démocrate ADEPM, estiment qu’il faut tout simplement supprimer cette aide publique aux partis politiques qu’ils assimilent à de l’argent jeté par la fenêtre. Selon ces critiques, l’argent alloué aux partis pourrait être  profitable à population malienne.  En effet, ce fonds censé contribuer à l’ancrage de la démocratie au Mali est utilisé par des responsables politiques à d’autres fins.

Lors de la Conférence nationale, organisée au lendemain de la Révolution de mars 1991, le Mali a opté pour le multipartisme intégral. Actuellement, le pays compte environ 200 partis politiques dont une  bonne vingtaine seulement est réellement représentée sur l’ensemble du territoire national. Un nombre pléthorique qui ne reflète pas le dynamisme des partis politiques dont la grande majorité n’existe que sur papier ou au plan local. La preuve : la plupart de cette pléthore de formations politiques voit le jour entre amis et ne s’active qu’à Bamako. Mieux, excepté quelques grands partis, rares sont ceux qui maintiennent le contact avec leur base, encore moins forment, éduquent ou sensibilisent leurs militants. Toute chose qui laisse à croire qu’au Mali, les partis politiques n’ont pas de militants mais des électeurs, et rares sont ceux qui ont une idéologie politique. Pour faire bouger les lignes dans un pays comme le Mali qui a accédé à la démocratie au prix du sang des Martyrs de 1991, il faut changer la donne. Avec un territoire immensément vaste et une population majoritairement jeune et illettrée, les activités  de ces nombreux partis politiques ne devraient pas se limiter à Bamako ou à certaines localités. Mais sillonner les villages et les mettre au cœur de leurs agendas en prenant en compte leurs préoccupations.

L’Etat, à travers l’aide publique annuelle allouée aux partis politiques, contribue, en portion de 0,25% du budget national. Cet effort pour la survie de la démocratie est un soutien pour appeler ou encourager les partis politiques à jouer leur mission. Mais force est de constater que, entre ce fonds et ses objectifs, il y a un très grand fossé. Et ce fossé en lui seul résume l’écart entre bon nombre d’hommes politiques et leur base. Alors, il y a à se demander: comment servir une population étant loin d’elle ou dont on ignore les vraies  aspirations et préoccupations ? Toutefois, la politique étant pour un homme, un moyen de servir l’intérêt général, et non se servir, il est grand temps que l’aide publique aux partis politiques cesse d’être des fonds de roulement de certains partis, ou ne tombent dans les poches du premier responsable (propriétaire) du parti, mais qu’elle soit investie dans la formation, l’émancipation de la base, ou encore des actions d’intérêt général utile pour le Mali.

Ousmane Tangara

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