Crise scolaire : d’un problème à un autre !

Décidément, rien ne semble arrêter le Premier ministre, Dr Boubou Cissé, dans sa ferme détermination à trouver une solution alternative à la crise scolaire. Pour preuve, il a instruit le Centre national pour la promotion du volontariat de procéder au recrutement de 15 000 enseignants volontaires pour remplacer les 54 425 titulaires qui observent, depuis le 21 janvier dernier, une grève de 14 jours sur toute l’étendue du territoire national. La grève a paralysé toutes les écoles publiques et exacerbe les parents d’élèves. C’une véritable bombe à fragmentation entre les mains du Premier ministre, car sa proposition de solution est en elle-même source d’autres problèmes, sur le plan technique, pédagogique, financier…

Depuis l’échec des négociations entre le gouvernement et les responsables des syndicats d’enseignant signataires du 15 octobre 2016 autour de l’interprétation de l’article 39 de la loi n°2018-007 du 16 janvier 2018 portant statut du personnel enseignant de l’enseignement secondaire, de l’enseignement fondamental et de l’éducation préscolaire et spéciale suite à la valorisation de la grille annexée au statut général, il s’est instauré un  bras de fer entre les deux parties. Et chacune  campant sur sa position.

Le fameux article 39 stipule : « toute majoration des rémunérations des fonctionnaires relevant du statut général s’applique de plein droit au personnel enseignant de l’enseignement secondaire, de l’enseignement fondamental et de l’éducation préscolaire et spéciale ».

En effet, les syndicats grévistes veulent bénéficier des 20% d’augmentation que l’Etat malien a accordé aux travailleurs, suite aux négociations avec l’UNTM. Le Premier ministre, ministre de l’Economie et des finances, Boubou Cissé n’y est pas favorable, il estime que ce statut accordera aux grévistes un  double avantage. Si la présente requête aboutit, en plus de  leur statut particulier, les enseignants bénéficieront du  statut général des fonctionnaires.

L’application de cette loi engendrait une incidence financière de plus de 24 milliards FCFA, difficilement supportable par les finances,  selon le gouvernent qui oppose  notamment des difficultés sur le plan sécuritaire.

Cependant, face à l’intransigeance des syndicats quant à l’application de cette loi , le Premier ministre, qui ne parle pas de licenciement des grévistes, a ordonné le recrutement de 15 000 enseignants volontaires. Pourquoi faire ? Comment seront-ils déployés ? Les enseignants grévistes seront-ils indifférents à cette situation ? Ce sont là autant de questions que se posent bon nombre de maliens dont certains n’hésitent pas à qualifier cette décision du gouvernement de « foutaise », car convaincus de son « échec ».

Si le gouvernement recrute des enseignants volontaires, c’est certainement pour enseigner en lieu et place des grévistes. A ce niveau déjà, il se pose des problèmes. Sur le plan quantitatif, comme pourrait-on remplacer 54 425 enseignants grévistes par 15 000 (24,67%) sortants volontaires des IFM, de l’ENSUP et autres enseignants retraités ? Au  plan financier, apprend-on, les nouveaux recrus seront payés sur  les jours de grèves coupés sur les salaires des enseignants grévistes. Sur le plan administratif, quel serait le sort de ces recrus au cas où les grévistes venaient à reprendre la craie ? L’Etat va-t-il les maintenir ? Si oui comment assurer leurs salaires ? Si non,  que vont-ils devenir ?

En attendant la fin du processus de recrutement et de déploiement, beaucoup de maliens qui sont sceptiques quant à la réussite de cette mesure  et se demandent comme un Etat qui se dit « sérieux » peut-il  confier la formation de ces enfants à des « jeunes diplômés qui n’ont aucune expérience? »

En tous les  cas, au regard de ces nombreux points d’ombre, l’alternative ne fera qu’aggraver la situation de l’école déjà confrontée à d’autres problèmes, notamment la qualité de l’enseignement, la pléthore dans les classes, etc.

Sékou CAMARA

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