Opération « MALIKO » : Une ambition politique face à la réalité militaire

Instituée par le président de la République, chef suprême des armées, Ibrahim Boubacar Kéïta, par le  décret n°2020-0034/P-RM du 30 janvier 2020, au lendemain de l’attaque meurtrière contre le camp de la gendarmerie à Sokolo qui a fait une vingtaine de morts au sein de l’armée, «Maliko» est présentée comme une opération militaire de grande envergure avec pour mission de restaurer l’autorité de l’Etat, protéger les personnes et leurs biens et faciliter la libre circulation des citoyens.

Déjà, nombreux sont les maliens qui se demandent si «Maliko» réussira là où les précédentes opérations ont échoué dans leurs missions de mettre hors d’état de nuire les terroristes au Mali. En effet, « Maliko » qui abroge l’opération «Dambé», instituée par le décret N°2019-0200/P-RM du 8 mars 2019, se veut une riposte à hauteur de la recrudescence des attaques terroristes qui continuent de faire des victimes civiles et militaires, particulièrement au Nord et au Centre du Mali.

Il ressort dudit décret présidentiel que l’opération « Maliko » comprend deux théâtres d’opérations (l’Est et le Centre). Ainsi, le théâtre d’opération Est couvre les régions de Gao, Ménaka et Kidal avec son PCIAT à Gao. Celui du Centre couvre les régions de Ségou, Mopti, Tombouctou et Taoudéni avec son PCIAT à Sévaré. Contrairement aux opérations militaires précédentes, les troupes seront commandées par des officiers supérieurs et des officiers généraux sur le terrain. Une première au Mali qui compte plusieurs généraux.

L’article 4 du décret présidentiel stipule : « le chef d’état-major général des armées est le commandant de l’opération « Maliko ». A cet effet, il reçoit les moyens nécessaires pour la conduite de l’opération et est chargé de fixer les dispositions complémentaires permettant l’application correcte du présent décret.

Il propose les moyens supplémentaires qu’il estime indispensables à l’atteinte des objectifs assignés ».

Quant à l’article 5, il stipule : « les forces engagées sur les théâtres sont commandées respectivement par des officiers généraux ou supérieurs qui prennent le titre de commandant du théâtre. Ils sont nommés par décret du président de la République sur proposition du chef d’état-major général des armées. Ils sont secondés par des officiers généraux ou supérieurs appelés commandant en second du théâtre, qui les remplacent en cas d’absence, d’empêchement ou de vacance. Les commandants en second sont nommés dans les mêmes conditions que les commandants de théâtres ».

Ledit décret présidentiel note : «en coordination avec les représentants de l’État, les Commandants de théâtres prennent toutes les mesures correspondant aux besoins de la défense et de la sécurité, y compris les restrictions de liberté de circulation, l’interdiction de certains moyens de déplacement, les limitations d’accès à certaines zones du théâtre ainsi que les actions de bouclages et de fouilles de tout ou partie dans les localités situées sur le Théâtre de l’opération Maliko. Les Commandants des zones de défense sur les théâtres relèvent de l’autorité des Commandants des théâtres. Les Commandants de zones commandent les secteurs au sein des Théâtres d’opérations dont ils relèvent ».

 Aussi, précise-t-il, pour mener à bien l’opération, les autorités maliennes vont s’appuyer « sur l’action des Forces Armées et de Sécurité maliennes, soutenue et accompagnée par une administration publique disponible et performante, afin de répondre aux aspirations légitimes du peuple malien ».

A l’instar des autres opérations militaires, (secret défense oblige), le nombre de militaires devant faire partie de cette nouvelle opération n’est pas précisé. Cependant, le Premier ministre, Dr Boubou Cissé, a annoncé, le 28 janvier 2020 à Ansongo, le recrutement de 10 000 hommes pour renforcer la présence des Forces armées maliennes (FAMa) sur l’ensemble du territoire, dans le cadre du nouveau concept opérationnel adopté par le Conseil supérieur de la défense.

 Ainsi, face aux attaques terroristes quasi-quotidiennes des forces armées et de sécurités ainsi que les civils, les autorités maliennes invitent « les populations à plus de vigilance, et les appelle à plus de collaboration et de soutien aux Forces Armées de Défense et de Sécurité, dans leur missions de défense de l’intégrité territoriale et de protection des populations civiles ainsi que dans leur combat  contre les forces obscurantistes qui œuvrent à mettre en mal la cohésion sociale et à annihiler tous les efforts de développement».

 Si « Maliko » se distingue des précédentes opérations militaires par la responsabilisation des officiers supérieurs et des officiers généraux sur le terrain, outre le déficit d’équipements, l’armée malienne est malade dans son mental. En effet, selon un militaire à la retraite, les soldats maliens de nos jours n’ont plus l’âme au combat. Pour preuve : un petit groupe de terroristes en motos met en débâcle un contingent militaire équipé de blindés et autres. Sans cette âme au combat, première arme d’un soldat au front, on a beau mettre toutes les stratégies en place et doter les FAMa de tous les équipements, le résultat escompté ne sera jamais atteint.

Sékou CAMARA

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