DR. Bakary Sambé, DIRECTEUR DE TIMBUKTU INSTITUTE : « Dans l’histoire de l’islam, le pèlerinage a été suspendu plus de 40 fois »

Dr. Bakary Sambé, Directeur de Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies, Expert du militantisme islamique et des réseaux transnationaux au Sahel et Bassin du Lac Tchad, Professeur au Centre d’étude des religions de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, explique que ce n’est pas la première fois que le pèlerinage de la Mecque est suspendu. Lisez !

bamakonews.net  : Qu’est-ce que Timbuktu Institute ?

Dr. Bakary Sambe : Timbuktu Institute est un Centre de recherche-action qui conseille les Etats et acteurs intervenant sur les questions de paix et de sécurité avec une approche basée sur la prévention et la promotion de la culture de la paix. Timbuktu Institute, basé à Dakar avec une représentation au Niger, donne une grande importance à la dimension genre et à la valorisation des ressources endogènes dans le renforcement de la résilience communautaire et la consolidation de la paix.

Le pèlerinage à la Mecque n’aura pas lieu cette année pour cause de Covid-19. Est-ce une première ? Quelles sont les raisons des autres reports ?

Le pèlerinage à la Mecque a été suspendu au moins 41 fois dans l’histoire de l’islam depuis 631-32 après Jésus-Christ. Les suspensions successives étaient dues soient à des troubles politiques, des guerres ou des épidémies comme lors de la peste noire et encore dans des périodes de craintes de dissémination de maladies.

Au plan de la doctrine, comment peut-on justifier ce manquement à un des piliers de la religion ?

Cette position théologique qui consiste à mettre en avant l’intérêt général (al-maçlaha) et le principe de nécessité (darûra) est en droite ligne avec la lettre et l’esprit de l’Islam qui place par-dessus tout la sauvegarde de la vie qui a un lien intrinsèque avec celle de la religion, en tant que deux maillons essentiels et complémentaires dans la chaîne des finalités ultimes de la charia (Maqâcidu Sharî’a).

Cheikh El Hadji Malick Sy du Sénégal, par exemple, avait, lors d’une terrible épidémie de peste, montré l’exemple d’un civisme ancré dans l’islam par un geste mémorable qui sauva des milliers de vies. Au moment où certains daignaient respecter les instructions sanitaires, il se vaccina le premier en donnant l’exemple aux populations et à la communauté. C’est cette même attitude qu’on espérait de la part des leaders religieux maliens.

Est-ce que ce n’est pas encore d’autres arguments pour les intégristes ?

L’argument des acteurs plus ou moins radicaux n’a pas de fondement islamique. Bien entendu, dans nos différents pays, ils s’engouffrent toujours dans la brèche des incohérences des pouvoirs politiques locaux qui sont piégés par leurs propres contradictions comme maintenir des meetings politiques et des élections alors que le risque sanitaire était bien réel.

De telles attitudes alimentent la propagande des radicaux et desservent les politiques de prévention. Mais ce qui est étonnant est que ces attitudes irresponsables de la part de radicaux religieux ont été seulement remarquées en Afrique subsaharienne où certains de nos oulémas sont complètement déconnectés des débats contemporains sur l’évolution des questions religieuses dans le monde musulman.

Vous savez le musulman africain sacralise les textes sans les comprendre. Dites n’importent quelle phrase en arabe dans un débat, personne n’osera plus vous contredire, même si ce sont des vers de poésie d’amour. Le musulman africain a complètement sacralisé l’arabe : une forme d’idolâtrie des textes qui avaient bien un contexte. C’est un vrai travail de relecture qui attend les oulémas africains.

Propos recueillis par Soumba Diabaté (Stagiaire)

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