Fonds spécial contre la Covid-19 : quel gage de transparence ?

«Rien ne sert de courir, il faut partir à point», disait le poète français Jean de la Fontaine. En effet, l’essentiel n’est pas de mobiliser des fonds pour lutter contre le Coronavirus, qui sévit au Mali et à travers le monde, mais surtout réussir la dissémination et l’utilisation judicieuse desdits fonds dont notre pays bénéficie sur la chaîne de solidarité nationale et internationale.

La victoire du Mali sur le Coronavirus passera par une bonne orientation des politiques nationales, et surtout une parfaite utilisation des fonds spéciaux consacrés à la lutte contre la pandémie.

Aussitôt les premiers cas du Coronavirus enregistrés au Mali, la mobilisation nationale et internationale n’a pas tardé en faveur du Mali.

Ainsi, le Fonds monétaire international, (FMI), et la Banque mondiale ont mis la main à la poche, pour respectivement 13,702 milliards et 3,673 milliards de FCFA.

En plus de ces partenaires financiers, l’Etat du Mali avait également contribué pour 100 milliards de FCFA dans la lutte contre la Covid-19. A ceux-ci, s’ajoutent au quotidien, des contributions indirectes, mais aussi l’effort de solidarité des Maliens dans la cagnotte dédiée à la lutte contre la pandémie sanitaire dont le montant se chiffre à un peu plus de 3,7 milliards de FCFA.

A ce jour, le total des fonds mobilisés au Mali s’élèverait à plus de 334 milliards FCFA.

Le plan national de riposte contre la pandémie est estimé à environ 700 milliards FCFA, pour lutter efficacement contre le Coronavirus. On peut le constater, il y a un écart entre le fonds disponible et la valeur du plan de riposte.

Mais le plus important est de garantir la transparence autour de la gestion du fonds déjà disponible. Soucieux de la bonne gestion, réclamée par bon nombre d’organisations de la société civile, qui ont un grand rôle à jouer sur ce plan, le gouvernement a décidé, le 14 mai dernier, la mise en place d’un Comité de suivi du «fonds concours», présidé par le secrétaire général du ministère de l’Economie et des finances, afin d’assurer le suivi et la transparence autour de ce fonds.

Sur la base des fâcheux antécédents, beaucoup d’observateurs estiment que la mise en place d’un simple Comité est loin d’être suffisant pour «garantir la transparence requise et protéger » ledit fonds.

C’est dans ce cadre, apprend-on, que Accountability Lab, dirigée par Moussa Kondo, a non seulement initié des campagnes de sensibilisation et d’informations, mais aussi mis en place des mécanismes pour suivre en temps réel les mouvements (dons et aides) du fonds spécial malien.

Par ailleurs, la mise en place du Comité de suivi du fonds a galvanisé le Conseil national de la société civile du Mali, qui était au début de la pandémie, très sceptique à l’annonce des mesures de protection et d’assistance à l’endroit des populations maliennes :

«On a gardé un mutisme pendant longtemps. Ça ne s’expliquait pas. C’est comme si on ne jouait pas notre rôle de veille citoyenne. Et nous étions vraiment sous pression», a fait savoir Boureima Allaye Touré, président du Conseil national de la société civile.

Pour qui connait le rôle crucial de cette organisation nationale en ces périodes, elle est comme une sentinelle pour assurer la distribution équitable et une gestion transparente des fonds : « Nous avions présenté un plan de riposte au gouvernement. Maintenant, nous pouvons dire que c’est le départ et les citoyens sauront l’état de l’évolution, la mise en œuvre des mesures très rapidement. Nous allons suivre ce fonds à travers la mise en place d’une Commission, cela est notre devoir, » insiste le président du CNSC. Et de poursuivre: « Nous n’avons l’intention de cacher quoi que ce soit, nous serons autant fidèles et transparents, nous sommes là pour ça, et nous allons jouer ce rôle. Nous allons assurer le suivi des mesures auprès des départements concernés » a-t-il souligné au cours de la rencontre entre la société civile et le Premier ministre Boubou Cissé.

Lors de cette rencontre, le CNSC a été associé au suivi du fonds de solidarité pour la lutte contre le Covid-19. Aussi, a-t-il été invité par le gouvernement, à présenter un plan de décaissement, pour l’octroi d’un fonds qui va permettre à la société civile malienne de jouer son rôle de sensibilisation, de mobilisation et de veille citoyenne, afin de minimiser les impacts de la Covid-19.

Au Mali, il est avéré que les fonds publics, notamment ceux mobilisés pour faire face à des crises  ont tout le temps souffert d’un manque de transparence et de bonne gestion.

Alors, il faudrait cette fois-ci, abandonner ces mauvaises habitudes, car la Covid-19 se propage très rapidement et nécessite une prise en charge rapide par les professionnels de la santé.

Ousmane Tangara

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