MALI : INEFFICACITE INSTITUTIONNELLE ET PERFOMANCE ECONOMIQUE, DE LA DESILLUTION A L’IMPUISSANCE

  1. Cadre conceptuel et théorique :

Les changements socio-économiques amorcés au début du 18e siècle avec la découverte des sources d’énergie de production comme le charbon et la machine à vapeur, ont eu un impact sur le fonctionnement de l’économie, et donc de la société. Beaucoup de sociétés occidentales, passèrent ainsi d’une société agricole dont les activités économiques sont caractérisées par l’agriculture à une société industrielle, dont l’idéologie fondatrice est rationaliste et technicienne. Ces révolutions dans la méthode d’évolution des sociétés suscitèrent des controverses autour de la notion d’« institution » qui se cristallisa au milieu du XIXe siècle avec la « jeune » école historique allemande, ayant comme chef de file l’économiste pluridisciplinaire, professeur à l’Université de Berlin, Gustave Schmoller (1838-1917). La controverse qui l’opposa à l’école dite « Marginaliste » [les protagonistes de ce courant de pensée sont entre autres Carl Menger (1840-1921), Friedrich Von Wieser (1851-1926), Böhm-Bawerk (1851-1914), et Hayek Friedrich August Von (1899-1992)] encore appelée l’école de vienne ou l’école autrichienne (la branche autrichienne de l’école néoclassique) est d’ordre méthodologique. En effet, la tradition marginaliste est fondée sur ce qu’il convient d’appeler « l’individualisme méthodologique ».

Ce paradigme tente d’expliquer en science sociale les comportements de groupe à partir des comportements individuels. L’action collective est comprise à travers le prisme de celle de l’individu que les « marginalistes » qualifient de rationnel. Est rationnel en économie, tout individu qui satisfait ses besoins illimités avec ces ressources limitées en raisonnant à la marge. L’individu étant supposé rationnel, dont le comportement permet de comprendre l’action collective, implique que l’action collective l’est également. Bien que d’apparence séduisante comme théorie, la réalité démontre qu’un humain par essence n’est pas rationnel dans tous ses choix, et quand bien même quelques-uns le seront, cela ne saurait justifier des tentatives d’agrégation des choix individuels pour expliquer le comportement du groupe : par nature comme dirait l’autre, il n’y a pas plus « controversé qu’un humain, avec ses vérités et ses contradictions, à la fois imprévisible et incertain ». Gustave et ses compagnons proposèrent alors une tradition institutionnaliste, où « l’holisme méthodologique » retrouve toute ses lettres de noblesse. Avec ce paradigme, les individus plutôt que rationnels, ont en grande majorité des comportements socialement déterminés avec des faits globalement irréductibles : ici, le tout est mieux que la somme des parties, avec comme moteur essentiel, l’histoire.

Par la suite, l’économiste américain John Roger Commons (1862-1945), considéré avec Willard Earl Atkins (1889-1971) et Douglass North (1920-2015) comme l’un des fondateurs de l’institutionnalisme moderne en économie, développe le concept de « futurité » qui sera déterminant pour appréhender l’évolution des comportements économiques dans le temps. Ce concept structuré par le comportement de groupe, est la cause de l’action économique présente : la causalité institutionnelle. Ainsi, l’économie, qui est une science de rareté des ressources et d’abondance des besoins retrouve sa substance. Les deux (rareté des ressource et abondance des besoins), doublés d’incertitude sur le futur, suffissent et justifient selon John R. Commons l’avenement des « institutions efficaces », où l’action collective incarnée par l’institution permettra de contrôler le comportement individuel à travers des mesures de contrainte sociale. Dès lors, l’équilibre macroéconomique traduisant le bon fonctionnement de l’économie, sera le fruit de l’efficacité fonctionnel des institutions de la société.

Emile Durkheim (1858-1917) grand sociologue français a également contribué dans ce sens. De lui, une institution traduit un ensemble de pratiques, d’habitudes et de règles de conduite entre des personnes, ainsi que l’ensemble des représentations qui concernent ces pratiques, qui définissent leur signification et qui tendent à justifier leur existence. Ces institutions œuvrent pour le bien-être de la collectivité.

En science économique, la notion du bien-être renvoie à l’économie du bien-être. Cette branche de la recherche économique traduit la quête des ressources qui existent en quantité limitée, à mettre en œuvre pour l’obtention des situations qui sont considérées comme les meilleures possibles pour et par la collectivité. Dès lors, la question du choix collectif prend tout son sens. C’est donc la problématique de l’adéquation optimale des moyens ou ressources disponibles aux objectifs poursuivis par les humains qui est en jeu. Ainsi compris, l’économie du bien-être ne se rapporte pas à un phénomène économique, ou du moins, il n’existe pas un phénomène spécifiquement économique pour ainsi paraphraser le brillant économiste français, Jacques Généreux (1956 -). Tout ce qui se rapporte à l’Etat, poursuit Jacques, dans une certaine mesure, touche l’économie, car, les indicateurs macroéconomiques sont avant tout des indicateurs de niveau de vie, de l’harmonie, de la cohésion d’une société dans sa globalité. L’économie, c’est comment appréhender les ressorts de la prospérité et du développement d’une société dans le dessein d’établir et de renforcer les stratégies potentielles pour soutenir la richesse et la puissance nationale : la force d’un Etat est mesurée à l’aune de sa capacité à rendre l’économie au service de la société. De fait, l’institution est qualifiée d’inefficace lorsqu’elle n’est pas capable d’incarnée l’aspiration collective. Une institution déséquilibrée et pervertie qui gère une économie produit un résultat calamiteux pour la société.

  1. De la désillusion à l’impuissance :

Les institutions de la société, en garantissant la liberté civile, le contrôle du pouvoir, et un dispositif de vote transparent et crédible, assurent aux citoyens une sécurité démocratique, et à l’agent économique une confiance au système juridique, gage de l’efficacité du fonctionnement des activités économiques. Plus l’investisseur a confiance au système juridique, mieux il est tenté d’injecter son argent dans l’économie de ce système juridique : le capital va là où il sera sécurisé dans la transparence par le droit. Cette sécurité juridique qu’offrent certains pays permet d’augmenter le niveau d’investissement dans ces derniers, et donc de diminuer le chômage source de bien-être collectif.  Mais, avec des jeux d’intérêt politique à la fois exécrables et pernicieux, la société malienne toute entière est en échec. Cette manipulation est rendue possible grâce à ce que les économistes spécialistes de l’inégalité qualifient de « capture cognitive ». En effet, ce concept traduit ici la situation où l’état d’esprit de celui qui régule la vie de la société, en occurrence le processus électoral, est capturé par certains acteurs politiques, dont celui du régulateur partage leur mépris envers les choix du peuple dans la gestion de la société : c’est un phénomène d’ordre psychologique et sociologique profond.

De cette tragédie de la macrogestion de la république, voit le jour une économie de recherche de rente qui plombe toute répartition efficiente des ressources publiques. Ainsi, le champ institutionnel n’étant plus capable de s’émanciper du joug de quelques bandes malfrats politiques pour s’autoréguler et d’incarner les aspirations de toute la collectivité, devient un facteur stimulateur de la défaillance vis-à-vis du système politique, et donc, de « la grande désillusion » des citoyens. Des groupes infimes par rapport à la taille de la population par voie d’un processus politique nauséabond, échangent des faveurs pour davantage concentrer leur pouvoir et optimiser leur intérêt minoritaire au détriment des aspirations des contribuables. Cela engendre des situations d’inégalités de redistribution des revenus.

De cette privatisation de l’appareil étatique, nait un sentiment « d’impuissance » chez le citoyen, le plongeant ainsi dans un état d’inconscience passive, ne voyant en la vie qu’une succession d’hécatombes qu’il doit subir, en se remettant à chaque fois à DIEU s’il est croyant. Il ne vote plus. Pire, s’il vote, c’est pour se détourner de ce qu’on va faire des résultats de son vote. Le politique, dans une exécution méthodique de son plan d’accaparement des ressources de la société, a réussi à rendre inactif la conscience active du peuple. Ce cercle vicieux à terme, plombera certainement l’avenir de plusieurs générations, on mettra deux siècles avant de se relever : C’EST UNE FORME DE SOCIETE D’OLIGARCHIE HEREDITAIRE.

Pour s’en sortir plus que jamais, le capital social, l’équité, l’égalité des chances doivent être au centre des décisions publiques. D’ici là, on attend, IMPUISSANT !

Khalid DEMBLE

Economiste Chercheur

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