Gestion des Fonds Covid 19 : gros déficit de transparence

Environ trois mois après son lancement par le Premier ministre Boubou Cissé, la gestion du Fonds spécial de riposte à la pandémie du Coronavirus souffre d’un manque criard de communication. Toute chose qui intensifie le flou dans la gestion du compte et n’inspire pas confiance.

Logé à la BMS-SA, le Compte spécial enregistrait un montant de 4 501 980 242 FCFA à la date du 9 juin 2020.

Selon le Coordinateur national de la lutte contre le Coronavirus, Pr. Akory Ag Iknane, le budget pour le plan de riposte est estimé à 53 milliards de FCFA.

Aussi, a-t-il révélé, le Mali a «pratiquement bénéficié d’une annonce de financement de 65 milliards».

Toutefois, reconnait-il, l’utilisation de ce fonds fait planer de véritables confusions au sein de la société civile. La preuve, malgré la mise en place d’un Comité de gestion composé de 9 membres depuis le 14 mai 2020, les Maliens ne sont pas régulièrement informés de la situation du compte et de la gestion transparente du fonds. Alors que les textes qui régissent ledit Comité indiquent qu’il doit informer hebdomadairement l’opinion nationale et internationale de la situation des encaissements et des décaissements effectués sur le compte bancaire spécial.

Certes, sur le site de la Primature, il est signalé les entrées d’argents, mais il n’y a aucune information sur les états des décaissements, constate-t-on.

Il est de la responsabilité des autorités publiques de porter à la connaissance du public les dépenses engagées dans chacun des 4 axes de la stratégie de la riposte contre la maladie.

Selon Akory Ag Iknane, pour le moment officiellement ce sont les fonds du ministère de la Santé et des Affaires sociales d’un montant de 6, 300 milliards FCFA qui sont gérés dans la transparence :

« Ce n’est qu’en avril que le Mali a reçu son premier fonds de 6,300 milliards FCFA. De ce montant, on a octroyé à chacun des hôpitaux qui s’occupe de la prise en charge des cas, notamment le Point G, l’Hôpital dermatologique l’Hôpital du Mali, l’Hôpital Gabriel Touré et de Kati, 100 millions de FCFA. Quant à l’Institut national de santé publique, il a reçu un montant de 300 millions. Nous sommes à un niveau de consommation de 90% », a-t-il précisé.

Aussi, a-t-il fait savoir, il a été mis à la disposition de toutes les régions un montant des 130 millions, dont 50 millions pour les Gouvernorats et 80 millions pour les directions régionales.

Cependant, certains agents de santé disent avoir juste entendu parler de ce pactole.

« Nous, agents de santé, qui font le plus gros du travail, avec tous les risques, ne sommes pas mis dans nos droits. Et quand on appelle à la Direction nationale de la Santé, la Directrice nous dit à chaque fois qu’elle aussi voit ce que nous voyons à la télé, sinon elle n’a rien reçu », déclare un agent de la santé à Koulikoro.

La grande interrogation est de savoir les dépenses qui peuvent justifier la consommation des 90% du montant ? Et, qui gère alors les fonds ?

Pour les spécialistes, au Mali, les comptes spéciaux sont gérés par la Paierie générale du trésor. Alors que le Trésor public n’est que le comptable de l’Etat. Donc avant que le comptable n’intervienne dans la chaîne de dépense, l’histoire montre que les risques de corruption sont toujours plus élevés au niveau des ordonnateurs.

En tout cas, les responsables de l’OCLEI estiment qu’à chaque fois qu’il y a urgence, il y a dérapage, donc il y a un besoin de recadrer. Ils proposent par exemple que chaque acteur de la Commission de gestion de crise déclare leurs biens à l’entrée et à la sortie de la crise.

Il est avéré qu’au Mali, les fonds publics mobilisés pour les crises ont tout le temps souffert d’un manque de transparence et de bonne gestion.

Après treize semaines depuis les premiers cas, le manque d’information sur la gestion du fonds Covid favorise également la propagation de la maladie au sein des populations.

Andiè Adama DARA

 

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