Mali, le bal des désaveux

La semaine écoulée a connu bien d’évènements. De Bamako à Nioro, en passant par toutes les régions du pays, les effets de ces évènements sonnent comme un début de solution à maints problèmes. Au-delà, ils démystifient des règles pré-édictées, ou du moins des postures adoptées, jetant ainsi aux gémonies des hommes ou institutions dont le compte à rebours semble inéluctablement lancé.

Le bal des désaveux a été ouvert avec la déclaration du Chef de l’État, annonçant l’application de l’article 39. Dans sa déclaration du dimanche 14 juin, le Président IBK avait instruit au Chef du gouvernement de trouver une solution à la crise de l’école, donnant ainsi la latitude à ce dernier de laver un affront personnel. Quelques jours plus tard, avec la pression sociale, le Chef de l’État s’est empressé lui-même de donner la bonne nouvelle en face des forces vives de la nation, capitalisant ainsi cette mesure. C’est le premier désaveu pour le Premier ministre, fraîchement confirmé, qui se verra dans l’obligation de mettre en œuvre un engagement qu’il avait refusé pendant un semestre au moins.

Comme si cela ne suffisait pas, Boubou Cissé s’est vu opposer une fin de non-recevoir suite à sa volonté de faire annuler la manifestation du 19 juin via une injonction du Chérif de Nioro. Au finish, les enseignants ont eu gain de cause et la manifestation s’est déroulée.

Un début de mandat difficile pour le tout nouveau Premier ministre qui se positionne parmi les têtes de proue du probable sacrifice politique, se dessinant dans le cadre du dialogue social post-contestation.

Le bal des désaveux s’est poursuivi en milieu de semaine avec deux grands évènements. Le premier est relatif à la démission de 4 des 9 membres de la Cour Constitutionnelle (un étant décédé le 6 juin). Cet évènement, dans ce contexte de crise, illustre à bien des égards les dérives reprochées en son temps à cette institution et sonne comme un véritable camouflet pour son Président. Par ricochet, la démission des quatre sages met en branle la crédibilité de la Cour Constitutionnelle et conforte la thèse d’une institution inféodée qui, dans le cadre des récentes élections législatives, s’est plutôt bornée à des acrobaties politico-juridiques qu’à dire le droit.

Pour avoir cristallisé une bonne partie de la contestation, Manassa Dagnoko, la présidente de la Cour Constitutionnelle, aurait finalement, de force, rendu sa démission. Malgré tout, sa démission et celle de ses collègues et de la colère populaire, elle encourait déjà un autre désaveu, celui du Chef de l’État, qu’elle a non seulement exposé malencontreusement de par ses actes, mais également qu’elle n’a pu protéger en se sacrifiant depuis le début de la contestation populaire, dont elle serait le principal catalyseur.

Le bal des désaveux s’est refermé avec la création d’un club dit « des députés du peuple ». Ces derniers, pour contenir l’épée de Damoclès qui plane sur l’hémicycle, se sont empressés de livrer à la vindicte conjoncturelle quelques compagnons qu’ils qualifient de « mal élus ». Ils sont ainsi contre la dissolution de l’Assemblée nationale et réclament des élections partielles dans les circonscriptions, ayant fait l’objet de contestation. Ces députés, qui se réclament aujourd’hui du peuple, veulent tout simplement sauver leurs têtes et sacrifier la tête d’un président, Moussa Timbine, qu’ils ont eux-mêmes porté, au gré de leurs intérêts, en toute connaissance de cause.

L’honorable Aliou Boubacar Diallo et sa bande désavouent leur président et quelques députés. Mais en réalité, de par leur acte et les circonstances l’ayant motivé, ils se désavouent eux-mêmes.

Fousseyni MAIGA

 

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