Financement de la Culture : Boubou Cissé, le culturophobe ?

Sous la gouvernance Boubou Cissé, en qualité de Premier ministre et de ministre des finances, le secteur de la culture a connu une appréciation en yo-yo. Tantôt, il est donné le sentiment que des efforts sont faits pour ce secteur, tantôt il apparaît clairement que le Premier ministre ne compte pas sur la culture pour développer le Mali.

Nommé en 2019 Premier ministre en remplacement de Soumeylou Boubèye Maïga, le Dr Boubou Cissé a illustré son mandat par une absence de Déclaration de Politique Générale. Partant, il est impossible d’établir un parallèle entre son projet de gouvernance et ses actions durant son année de gestion, avant sa reconduction par le Président Ibrahim Boubacar Keïta, en juin 2020.

Cependant, il est aisé de constater que le Premier ministre n’a pas fait de la culture sa priorité. En effet, contrairement à son prédécesseur Boubèye Maïga, qui participait aux évènements culturels (le lancement de Bama’Art pour exemple), Boubou Cissé n’a pour ainsi dire jamais pris part à une manifestation purement culturelle. Pire, il est connu pour avoir bloqué un certain nombre de dispositions financières pour le secteur de la culture.

Pour rester dans le contexte de cette comparaison, il faut souligner que lors des 100 jours d’IBK après sa réélection, le Premier ministre d’alors, Boubèye Maïga, avait révélé un projet d’envergure pour la culture malienne : la construction de la Cité de la Culture à Bamako. Malheureusement depuis son départ, son successeur n’a jamais fait cas de ce projet. Il était pourtant ministre des finances quand ce projet se budgétisait pour être partie intégrante des promesses présidentielles.

Prenant le contexte actuel de la Covid 19, l’on se souviendra de cette lettre de la FEDAMA (faitière des artistes du Mali) qui a circulé sur les réseaux sociaux pour dire que le ministère de la culture s’en était référé à la primature pour la gestion du cas des artistes et des acteurs culturels maliens dans le contexte de cette crise sanitaire. Depuis bientôt 5 mois que perdure cette situation, aucun son de cloche n’est venu de la Primature pour les artistes. Victimes directes des mesures prises, les acteurs culturels ne comprennent pas ce silence à leur égard. Ils ne comprennent pas leur exclusion du schéma des dispositions d’appui aux acteurs économiques du Mali. Est-ce à penser que pour le Premier ministre et son équipe, la culture n’est pas un secteur économique ?

Pour ceux qui suivent l’actualité culturelle du Mali depuis 2018, ils remarquent que malgré l’adoption de la Loi portant création du Fonds d’Appui à l’Industrie Cinématographique du Mali, qui devait être doté de 2 milliards chaque année sur 3 ans, ce fonds n’a encore rien reçu de substantiel en dehors d’un léger budget de fonctionnement. Selon nos informations le blocage viendrait de l’hôtel des finances qui, sous Boubou Cissé, se refuse à appliquer les dispositions légales votées à l’Assemblée nationale. Les cinéastes broient du noir sans savoir vers qui se tourner pour valoriser, avec leur travail le Mali à l’international.

Le seul geste à l’actif du Premier ministre est sans doute le don de vivres à quelques artistes, choisis suivant des critères loin d’être objectifs, et dont la distribution a donné lieu à une vraie polémique.

Il est assez paradoxal que le Président IBK, désigné champion de la culture, voit ses efforts pour ce secteur piétinés par son Premier ministre. Pour rappel, le Président IBK s’était engagé à ramener le budget de la Culture à 1% du budget national. Hélas, la culture attend toujours l’exécution de cette directive présidentielle.

 

Y.KEBE

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