Manifestation du M5-RFP : La Parole au peuple

En marge de la manifestation du 10 juillet, nos équipes de reportage ont recueilli les impressions de certains militants. Le discours est, on peut s’en douter, monochromatique et incisif à l’endroit du Président IBK. Notre rédaction a tenté de faire réagir les leaders de la CFR tout le long de la semaine dernière, en vain

Fatoumata Sow, 30 ans, ménagère : « J’appelle les uns et les autres à la sagesse et à l’esprit patriotique»

« Je suis pour la marche, mais je désapprouve certains comportements des marcheurs qui veulent transformer cette désobéissance en vandalisme des lieux publics. Je ne suis pas du tout d’accord avec cela. J’étais de la marche, mais d’autres profitent pour piller des magasins, des édifices publics. Il y a quelle différence dans ce cas-là entre leurs actes de vandalisme et la mauvaise gouvernance qu’ils sont en train de condamner ? Cela n’est pas une désobéissance civile. Il faut que le bon sens guide les uns et les autres, à ne pas vouloir résoudre une faute par une injustice. Vraiment ce que je viens de voir, ne m’a pas rassurée, ne m’a pas rendue fière. Et je condamne fermement ces actes de vandalisme et appelle les uns et les autres à la sagesse et à l’esprit patriotique.

 Adama Diarra, chauffeur de taxi : « Vous savez, rien ne va au Mali »

« Aujourd’hui j’ai laissé mon taxi à la maison pour venir participer à cette marche patriotique et historique. Vous savez, rien ne va au Mali, IBK a enterré notre héritage commun. Depuis son élection, on ne fait qu’assister à la corruption, des vols du denier public, et des détournements. Il se croit roi, il n’est pas du tout un bon Président. Il ne fait que tromper les Maliens avec ses louanges à Dieu. Donc, trop c’est trop, il doit démissionner parce qu’il n’est pas arrivé à rendre heureux le peuple malien. On va suivre ces marches jusqu’à ce qu’il démissionne et avec son régime ».

Moussa Ouédraogo 36 ans, boucher résidant à Sotuba,

« Nous avons marché pacifiquement, on voulait aussi observer la désobéissance civile de la manière la plus pacifique, sans violence sur aucune personne et sur aucun bien de l’Etat. Nous avons voulu marcher pour manifester notre mécontentement et notre désapprobation de la gouvernance du régime actuel, qui a prouvé toutes ses limites.

Et on ne peut donner que ce qu’on a, IBK n’a plus rien à donner aux Maliens. C’est pourquoi, nous lui demandons de démissionner. Mais malheureusement, lui et ses amis, notamment les policiers, n’ont pas compris l’appel du peuple. Et voilà que la situation risque de se transformer en drame ».

Oumou Touré, ménagère : « Personne ne doit rester en marge de cette désobéissance civile ».

« IBK n’a pas la capacité de faire sortir le Mali de la crise, au contraire chaque jour ; on voit le pire. Nos enfants sont en train d’être tués sur le champ de bataille au Nord et au Centre du pays. Les civils sont massacrés par les hommes armés sans qu’ils ne soient traqués et jugés. Entre temps, lui et son fils Karim font la belle vie et le pays régresse de jour en jour. Nous voulons qu’il démissionne aujourd’hui même ».

 Alassane Sylla, fonctionnaire : « IBK n’arrive pas à trouver des solutions aux problèmes des Maliens »

« Je suis sorti pour participer à cette marche car ça ne va pas dans notre pays. IBK n’arrive pas à trouver des solutions aux problèmes des Maliens. Dans aucun secteur on peut dire Dieu merci. Ca se dégrade chaque jour. Alors, je demande aux Maliens de soutenir afin qu’on puisse avoir un pays normal. Et la marche serait un message fort pour tous les politiciens qui prétendent être président de la République s’ils n’arrivent pas à tenir leur projet de société ou s’ils n’arrivent pas à satisfaire le peuple malien, ils trouveront ce peuple sur leur chemin. Vous voyez aujourd’hui c’est notre troisième sortie et vous voyez le monde donc IBK doit forcément rendre sa démission ».

Moustaph Djiré, 19 ans, bachelier : « Plus rien ne va dans ce pays ».

« Je pense que cette marche vaut sa raison d’être. Plus rien ne va dans ce pays. Nos soldats tombent chaque jour au front, des jeunes femmes de moins de 20 ans portent le deuil parce que leurs maris sont tombés au front. Nos mamans souffrent le martyr. Nos papas n’en parlons-pas. Nous-mêmes, nous ne voyons plus un avenir certain car nous ne parvenons pas à aller à l’école. Et récemment, c’est une vidéo du fils du président de la République qui circule en train de vivre une vie de pacha à l’extérieur pendant que rien ne va dans son pays. Trop c’est trop. Mais, jusqu’à présent, on aime IBK et nous ne voulons pas que la situation dégénère davantage pour tourner au drame. Le Mali a trop souffert pour ça. C’est pourquoi, sa prochaine adresse à la nation ne doit pas être longue. Qu’il sorte tout bonnement pour annoncer sa démissionne ; c’est tout ce qui peut calmer cette révolution. Sinon, à partir de cet instant, tout sera en rouge. Nous allons tout mettre à l’arrêt, tout comme il a lui-même mis le pays à l’arrêt ».

Dramane Traoré, étudiant : « IBK doit écouter et comprendre le cri du peuple »

« Je pense que le président de la République doit écouter son peuple. On ne peut gérer un pays sans un peuple. Et maintenant, c’est son peuple qui lui a tourné le dos. Nous lui demandons de nous rendre la responsabilité qu’on lui avait confiée, et qu’il n’a pu honorer. Un point c’est tout. Ça ne vaut pas la peine de laisser la situation s’envenimer. IBK doit écouter et comprendre le cri du peuple. Puisque, ce mouvement de révolte n’est pas parti pour plaire à un homme ou à une femme. Mais c’est un mouvement populaire pour une cause bien déterminée. Qui peut dire que ça va dans ce pays ? Il faut que ça change. Et même si Mahmoud Dicko nous demande de rentrer, nous allons lui dire, Imam, vous méritez notre respect, vous pouvez rester à la maison, nous allons continuer cette lutte jusqu’au bout ; nous sommes prêts à mourir pour le changement non pas seulement d’IBK, mais de la façon de gérer ce pays. Et cela tant pour le président, que pour le dernier employé de l’Etat. Désormais, plus de facilité dans la gestion des affaires publiques, plus jamais ça. ».

 

Propos recueillis par Seydou K Koné et Ousmane Tangara

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