Manifestations du M5-RFP : regards croisés de deux générations de maliens

Du vendredi 10 juillet jusqu’au lundi 13 juillet 2020, Bamako était le théâtre de violentes altercations entre les forces de l’ordre et les manifestants du M5-RFP. Le bilan est de 11 morts, une centaine de blessés et d’importants dégâts matériels (pillages et saccages des biens publics et privés). Une situation ayant provoqué un sentiment de révolte chez certains maliens qui redoutent de revivre les événements tragiques de mars 1991 contre le régime de Moussa Traoré.

En effet, pour notre premier interlocuteur, le dialogue doit être toujours mis en avant pour résoudre tous les problèmes entre maliens, quelle que soit leur ampleur, et cela est plus que nécessaire pour faire face à la crise sociopolitique à laquelle nous sommes confrontés, rétorque le second. Il estime que la nouvelle génération, notamment les jeunes doivent se battre pour un réel changement dans la gestion des affaires publiques.

Pour M. Diarra, enseignant à la retraite, rien n’est encore perdu : « le Mali est un pays de paix et de sagesse. Pendant longtemps, la puissance du verbe s’est avérée comme une puissante arme dans la résolution de bon nombre de problèmes. C’est vrai, notre pays est aujourd’hui dans l’impasse. Depuis la crise sécuritaire tout a basculé et le régime d’IBK n’a pas été tout à fait efficace. Mais malgré tout cela, la violence n’est pas une issue, car nous qui avons vécu les événements de 1991, nous ne voulons en aucun cas que cela arrive à nos enfants. Car ce fut un réel carnage, ayant fait couler le sang d’innocentes personnes. C’est pourquoi, je suis étonné de voir IBK, un homme qui a vécu cela et qui dit aimer le Mali, et les maliens, laisser les choses arrivées à un tel niveau ».

SD, un homme ayant la quarantaine, ne partage pas du tout cette pensée.

« Etant jeune, c’est à nous de lutter pour nos droits et préparer un avenir radieux pour nos enfants. C’est quel pays où les enfants font deux ans sans étude. Peut-on parler de pays où l’insécurité fait sa loi, où il n’y a pas de travail, et environ 75% des travailleurs se plaignent de leurs conditions. Le côté santé est pourri. D’un autre côté, la corruption est devenue presque normale, car les privilégiés abusent de leur situation. C’est quel pays où les fils du président prennent le pays comme héritage et au lieu de donner l’exemple s’adonnent à des comportements de bassesse et de mœurs légères. Pire, le président donne l’ordre de tirer à balles réelles sur des manifestants sans armes ? Comme le dit un adage bambara « ko do ya fissa do ye », (il y a des situations qui valent mieux que d’autres). Comme ils nous ont montré qu’ils n’entendent que le langage de la violence, ils n’ont qu’à nous tuer tous, alors, on va voir sur qui ils régneront », conclut-il.

ADAM DIALLO

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