Décrispation de la crise sociopolitique : vers un dialogue direct entre les protagonistes ?

Avant de quitter Bamako, jeudi soir, le médiateur de la CEDEAO dans la crise malienne, Goodluck Jonathan, a tenté d’arranger une nouvelle rencontre entre le Président Ibrahim Boubacar Keïta et les responsables du M5-RFP. Ces derniers ont opposé une fin de non-recevoir, tant que ses militants, arrêtés, jugés et incarcérés, pour « flagrant délit de troubles à l’ordre public » resteront en prison. L’opposition a, par ailleurs, dénoncé une « justice expéditive » et des « intimidations » visant à les décourager.

Lors de son séjour malien, Goodluck Jonathan a rencontré l’ensemble des protagonistes de la crise politique. En effet, l’ancien Président nigérian a été dépêché pour évaluer la mise en œuvre des recommandations issues du Sommet extraordinaire de l’Organisation régionale, tenu le 27 juillet.  Plusieurs de ces décisions ont été déjà entérinées par le pouvoir, notamment la formation d’un gouvernement restreint, le remembrement de la Cour constitutionnelle, mais aussi la démission d’une dizaine de députés parmi les 31 mal élus, à l’origine de la crise postélectorale.

Le mouvement de contestation avait rejeté cette feuille de route de sortie de crise. D’ailleurs, le mardi 11 août, le M5-RFP a de nouveau mobilisé des milliers de personnes à Bamako et à l’intérieur du pays, pour appeler au départ du Président IBK et de son régime.

Les contestataires exigent également l’ouverture d’une enquête internationale sur les violentes manifestations de début juillet qui ont causé la mort d’une dizaine de personnes et blessé plus de 100 personnes.

Si la position des figures de la contestation évolue favorablement à la demande du médiateur, ce serait l’un des premiers rounds de dialogue direct avec le Président de la République. Et après, une issue vers la sortie de crise.

L’ultime médiation du Chérif de Nioro

Après la visite du médiateur de la CEDEAO Goodluck Jonathan, c’est au tour de l’imam Mahmoud Dicko de se rendre chez l’influent Chérif de Nioro, Bouyé Haidara, dont la médiation pourrait être décisive pour l’aboutissement d’un dialogue inter-malien, comme l’ont souhaité beaucoup de nos compatriotes.

En effet, à la suite de Goodluck Jonathan qui s’est rendu mercredi dans la ville sainte de Nioro du Sahel à l’ouest du Mali, une forte délégation du M5-RFP, conduite par l’imam Mahmoud Dicko, figure de proue de la contestation, a atterri, jeudi 13 août, dans la ville aseptique, où il devrait prendre part à la grande prière de ce vendredi, au cours de laquelle, le guide des Hamallistes Bouyé Haidara devrait officialiser son nouveau statut de médiateur endogène pour une sortie rapide de la crise.

Ces dernières semaines, plusieurs protagonistes de la crise ont successivement rendu visite au guide pour l’inviter à s’impliquer ouvertement dans la résolution de la crise. Pour beaucoup d’analystes, cette figure respectée pourrait jouer un rôle de premier plan dans la normalisation de la situation actuelle et amener les contestataires à faire des concessions.

Beaucoup estiment que le Chérif de Nioro est le maitre à penser du mouvement de contestation et le seul à pouvoir l’infléchir et le pousser à des compromis. Par contre, d’autres craignent que ses prises de positions en faveur de la contestation ne soient un obstacle dans son statut de futur médiateur. En tout état de cause, il reste largement influent et dispose de lobbies politiques importants dans les sphères de gouvernance.

On en saura davantage sur les contours de cette nouvelle mission à l’occasion de son sermon de ce vendredi. C’est une tribune politique particulièrement scrutée.

Aly BOCOUM

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